MAROC
27/08/2018 18h:10 CET

Affaire Khadija: En attendant que la justice se prononce, les soutiens comme les accusations se multiplient

La mobilisation se traduit notamment par un appel au don et l'ouverture ce lundi d'un compte bancaire.

Chouf TV

JUSTICE - L’affaire Khadija a pris une nouvelle tournure. L’histoire de Khadija, une fille de 17 ans qui aurait été kidnappée, violée et tatouée contre son gré par une quinzaine de jeunes hommes à Oulad Ayad dans la région de Béni Mellal, bouleverse la toile depuis une semaine.

Si plusieurs internautes ont rapidement affiché leur soutien envers la jeune fille et sa famille sur les réseaux sociaux, en appelant à l’arrestation des violeurs à travers des hashtags, des partages et des signatures de pétitions, d’autres ont remis en question les accusations de Khadija suite à la publication dans quelques médias de plusieurs témoignages émanant des parents des accusés.

L’autre version

Les parents des jeunes hommes arrêtés désignent ainsi Khadija comme une jeune femme connue dans le village pour ses moeurs légères, ajoutant qu’elle aurait fui sa maison depuis trois ans et qu’elle se serait faite tatouer de son plein gré.

″Tout le monde la connait à Oulad Ayad. [...] Elle se balade dans les rues, elle demande toujours aux garçons de lui donner de l’alcool, des cigarettes, des drogues... Après, elle va accuser des innocents”, assure à Chouf TV la mère d’un des accusés.

“Elle boit, elle fume, elle nage dans la rivière [...]. Elle traîne avec les dealers de drogues, et elle éteint elle-même la cigarette sur ses mains”, déclare une autre mère au site arabophone.

D’autres parents affirment que Khadija se prostitue pour venir aux besoins de sa famille. “Elle se mutile avec un rasoir et dit aux autres que c’est sa mère qui lui fait ça. Sa mère est d’ailleurs une traînée à Oulad Ayyad [...] et pousse sa fille à se prostituer. [..] Si la fille était vraiment une victime, moi-même j’aurais présenté mon fils à la justice”, raconte une autre mère au micro de Soltana.

“Si la fille a disparu depuis deux mois, pourquoi son père n’est jamais allé à la police pour déclarer sa disparition ?”, demande le père d’un des accusés à Soltana.

Les proches de Khadija réagissent

Des témoignages qui ont choqué la famille et les proches de Khadija, nous confie Youssef, l’un de ses voisins qui joue, depuis que l’affaire a éclaté sur les réseaux sociaux, le rôle d’intermédiaire entre la famille et les associations.

“Si elle se prostituait vraiment, elle et sa famille ne vivrait pas dans des conditions aussi médiocre”, invoque Youssef auprès du HuffPost Maroc. “Contrairement à ce qu’ils [les parents des accusés] prétendent, tout Oulad Ayad soutient Khadija. Les 400 villageois ne seraient pas sortis manifester samedi dernier devant la municipalité pour défendre Khadija si elle était vraiment comme ces gens-là la décrivent. Ils se sont mis d’accord pour raconter la même histoire sur Khadija”, poursuit Youssef.

Quand une fille est vive, curieuse, qu’elle ne reste pas enfermée chez elle, on dit tout de suite que c’est une pute.

Mohammed Okorro, le père de Khadija, dément également les propos des parents des accusés. “Je comprends qu’ils réagissent comme ça, ce sont leurs enfants, je ne veux blesser personne, mais il faut que justice soit faite et je ne peux pas accuser quelqu’un à tort”, déclare le père de Khadija au HuffPost Maroc. Il assure par ailleurs qu’un représentant du ministère de la Santé est venu leur rendre visite pour prendre en charge les frais d’hospitalisation à Beni Mellal de la jeune fille.

Les contre-accusations ne surprennent pourtant pas Laila Slassi, une avocate basée en France qui n’a pas hésité à prendre la route vers Oulad Ayad pour venir en aide à Khadija. “Quand une fille est vive, curieuse, qu’elle ne reste pas enfermée chez elle, on dit tout de suite que c’est une pute, et donc une cible à abattre”, s’indigne Slassi. “Oui, elle parlait aux garçons, elle n’est peut-être l’archétype d’une nonne mais c’est une fille battante, et ses traits de caractère font qu’elle est encore debout aujourd’hui”, assure Laila Slassi. 

La société civile se mobilise

Jusqu’à présent, 12 jeunes hommes ont été arrêtés par la police locale et présentés au procureur général, rapporte Mohammed, le père de la victime. Deux autres avait été interpellés mais ont été relâchés après que Khadija ait affirmé qu’ils ne faisaient pas partie de ses violeurs.

“Si elle ne faisait qu’inventer cette histoire et voulait juste créer des problèmes, elle ne les aurait pas innocentés”, souligne Youssef, son voisin.

Plusieurs entrevues avec le procureur général sont prévues pour éclaircir quelques points avant l’audience qui aura lieu le 6 septembre à Beni Mellal, selon les proches de Khadija.

En attendant que la justice se prononce, plusieurs associations, médecins, avocats et simples citoyens marocains et étrangers croient en la version des faits de Khadija et veulent lui venir en aide.

Des psychologues se disent prêts à suivre la jeune fille pour l’aider à surmonter cette épreuve. Des dermatologues de leurs côtés proposent d’aider à faire disparaître les tatouages, notamment une croix nazie. Un tatoueur tunisien essaie également de faire venir la jeune fille dans son studio pour enlever ses traces d’encre.

Laila Slassi a également aidé le père a ouvrir un compte bancaire (voir photo ci-dessous) pour qu’il puisse recevoir des dons. 

Accompagnée de membres de quelques associations locales, Khadija est allée faire des analyses de sang pour s’assurer de son état de santé, selon son père. La jeune fille a également fait un test de grossesse qui s’est avéré négatif, ajoute Slassi. 

“Aujourd’hui, Khadija sourit de nouveau, son état de santé est stable. Grâce au soutien des associations et de toutes les personnes qui sont venues nous voir, elle a repris espoir”, assure Mohammed Okorro.