MAROC
04/06/2018 15h:43 CET

HRW dénonce les répressions à l'encontre des manifestants de Jerada

L'ONG regrette "le recours à une force aveugle et excessive”.

Youssef Boudlal / Reuters

RAPPORT - “Usage excessif de la force contre des manifestants”. C’est le constat que Human Rights Watch (HRW) dresse des manifestations qui ont secoué la ville de Jerada en mars dernier. Dans son rapport publié ce lundi 4 juin, l’ONG estime que les autorités marocaines ont mené “une campagne de répression de plusieurs semaines”. Résultat: le 14 mars, un garçon de 16 ans, Abdelmoula Zaiqer, a été gravement blessé, après avoir été percuté par une fourgonnette de police “conduite de manière irresponsable”. Des leaders du mouvement de protestation arrêtés auraient été également “maltraités en détention”, ajoute l’ONG.

Quels que soient les délits reprochés aux manifestants interpellés, pour HRW, aucun argument ne peut justifier “le recours à une force aveugle et excessive”. “La répression à Jerada est allée bien plus loin qu’un simple effort visant à traduire en justice des manifestants prétendument violents”, a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW, relayée dans ce rapport. Et d’ajouter que cette répression viserait, en fait, le droit de manifester pacifiquement contre la situation socio-économique de la région.

HRW précise aussi, dans son rapport, que ses chercheurs en visite à Jerada le 4 avril n’ont pas eu la tâche facile. Ils ont été interrogés à deux postes de contrôle, puis suivis de près toute la journée par une voiture avec trois hommes en civil à son bord. Ce qui, pour l’ONG, expliquerait l’annulation par des témoins ainsi que par les familles des détenus de leur rendez-vous avec les chercheurs.

Sur les lieux, ces derniers, ajoute le rapport, ont pu, toutefois, observer une importante présence des forces de sécurité: des policiers en uniforme et armés déployés dans chaque rue et place centrale de cette petite ville, et plus de 100 fourgonnettes de police et autres forces armées stationnées dans les alentours.

Citant l’avocat de plusieurs manifestants, Abdelkak Benkada, ainsi que des activistes, HRW précise qu’à partir de l’incident du 14 mars, “des agents de police ont forcé les portes et brisé les fenêtres de plusieurs maisons à Jerada, frappant et interpellant plusieurs hommes sans présenter de mandats d’arrêt ni de perquisition”.

Des opérations similaires se seraient poursuivies jusqu’à très récemment, indique l’ONG, précisant que 23 arrestations ont été recensées entre le 12 et le 27 mai. Au 31 mai, 69 manifestants, dont trois mineurs, étaient en prison ou en détention préventive. Relayant l’avocat Benkada, 4 d’entre eux, dont 2 leaders des manifestants, seraient détenus en isolement depuis plus de deux mois.

Au total, après les affrontements du 14 mars, les forces de sécurité ont arrêté 88 hommes dont huit mineurs, indique le rapport de HRW. Plusieurs chefs d’inculpations ont été retenus contre eux, dont violence à l’encontre d’agents de la force publique, destruction de propriété publique, possession d’armes et rassemblement armé et incendies de véhicules. 10 ont été condamnés, dont 4 à des peines de 6 mois à un an de prison ferme, et les 6 autres à des peines de six mois à un an avec sursis.

Certains des manifestants auraient subi des mauvais traitements. HRW cite, entre autres, Tahar Kihel, qui a comparu le 17 mars devant la Cour d’appel d’Oujda avec un bandage sur la tête suite à “une blessure infligée par la police”. Selon Benkada, cité dans le rapport de HRW, le juge d’instruction n’a fait aucun commentaire et n’a pas ouvert d’enquête.

HRW ajoute que 2 meneurs de manifestations arrêtés, Mostafa Dainine, 28 ans, et Amine Lamqallech, 27 ans, ont informé le procureur du tribunal de première instance d’Oujda et le juge d’instruction de la Cour d’appel au sujet de blessures dues à des coups de pied portés à la tête, au dos et au cou pendant leur arrestation. Mais aucun des deux n’a accepté de les faire examiner par un médecin, d’après l’avocat.

Saisie par l’ONG, la Délégation interministérielle aux droits humains (DIDH) a nié que les deux hommes aient dit au tribunal qu’ils avaient été battus, ou qu’ils aient réclamé un examen médical. La DIDH a aussi précisé au sujet des affrontements du 14 mars, que 6 voitures de police avaient été incendiées et que 280 membres des forces de l’ordre avaient été blessés. Quant à Abdelmoula Zaiqer, la DIDH a déclaré à l’ONG qu’il avait été “blessé accidentellement”.