MAGHREB
28/11/2015 08h:13 CET

Le Tunisien Houssam Abdelli, un paisible fan de foot devenu kamizaze

ASSOCIATED PRESS
A police van parks in downtown Tunis, Thursday, Nov. 26, 2015. Tunisian authorities have identified a suicide bomber who targeted presidential guards in a deadly attack, saying he was a 27-year-old local street vendor. The Islamic State group claimed responsibility for Tuesday's attack on a bus in central Tunis, which left 12 dead plus the attacker. (AP Photo/Hassene Dridi)

Mardi, Houssam a "bu rapidement son café" puis est parti sans un mot, comme souvent depuis qu'il s'était "replié sur lui-même". Quelques heures plus tard, cet ancien fan de foot, affable selon ses voisins, se faisait exploser en plein Tunis, tuant 12 personnes.

Houssam Abdelli, vendeur ambulant de 26 ans, a été formellement identifié jeudi par les autorités tunisiennes comme l'auteur de l'attentat contre un bus de la sécurité présidentielle, revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI).

Sur la photo accompagnant la revendication, il apparaît habillé de blanc, portant une ceinture d'explosifs, le doigt levé et le visage couvert par un foulard.

Soixante-douze heures plus tard, dans son quartier de Cité al-Joumhouriya, à Mnihla, une localité dans l'agglomération du grand Tunis, ses voisins sous le "choc" peinent encore à croire la nouvelle. Même si beaucoup avaient noté un changement radical dans son comportement.

"Houssam était fan de foot, en particulier du Club africain", l'une des deux grandes équipes de Tunis, raconte Walid, 27 ans. "Nous allions souvent au café pour jouer aux cartes et regarder le championnat espagnol (...). C'était un très bon joueur de foot aussi, au point qu'on le surnommait Pereira", du nom de l'international brésilien Fabio Pereira, qui évolue en Premier league anglaise.

Selon plusieurs témoignages, la famille de Houssam Abdelli n'est "pas particulièrement pauvre". Si le jeune homme avait abandonné l'école dès le secondaire, son père avait construit une dépendance à l'étage du domicile familial afin qu'il puisse "s'y installer et se marier".

'Jeune homme poli'

Une autre voisine, qui souhaite conserver l'anonymat, décrit "un jeune homme poli, qui saluait toujours les gens".

"Mais depuis un an environ", ce garçon unique -il avait une soeur- "ne parlait plus à personne, enchaîne-t-elle. J'en ai parlé à son père, qui m'a dit qu'il avait changé depuis qu'il était devenu très pieux".

"Il s'était totalement replié sur lui-même", confirme Walid. "Avant, on prenait des verres ensemble et on fumait du cannabis. Et puis, il est devenu une autre personne en fréquentant une mosquée sous contrôle des salafistes jihadistes", dit-il. "Mais nous ne pouvons quand même pas croire qu'il ait commis une telle atrocité".

Au cours des derniers mois, Houssam avait eu des accrochages dans le quartier.

"Un jour, il m'a rencontré et m'a traité de 'diable' parce que je buvais de l'alcool. J'étais très énervé mais je n'ai pas répondu parce que je connais son père qui est un homme bon", explique à l'AFP Mehdi qui préfère taire son nom de famille.

"Un jour, il s'est bagarré avec un de ses voisins, qui travaille pour la sécurité présidentielle, après l'avoir qualifié de 'taghout'", tyran en arabe, le terme utilisé par les extrémistes pour qualifier les forces de l'ordre, dit encore le serveur d'un café où se rendait Houssam Abdelli.

"Mardi dernier, il est venu comme d'habitude le matin, a bu son café rapidement et il est parti sans rien dire", affirme-t-il.

'Espionner les domiciles'

Ce soir-là, le quartier de Cité al-Joumhouriya a lui-même été endeuillé: un des gardes décédé dans l'attentat, Amor Khayati, 26 ans, était un voisin du kamikaze. Interrogés par la chaîne Nessma TV, des proches de cette victime ont soupçonné qu'il était suivi depuis plusieurs jours par Houssam Abdelli.

Sous couvert d'anonymat, un responsable sécuritaire assure à l'AFP que le futur kamikaze faisait "semblant d'être vendeur ambulant pour espionner les domiciles de policiers".

"Au début du mois, il avait photographié la maison d'un gradé de la Garde nationale à Cité el Intilaqa et marqué l'endroit. La femme de ce gradé l'avait vu et il s'était enfui. En voyant la photo du kamikaze, elle l'a reconnu", assure-t-il.

Autre signe troublant, selon une voisine, le jeune homme avait été un temps détenu par la police en août. "Nous avions entendu dire qu'il envisageait d'aller en Syrie mais qu'il en avait été empêché", ajoute-t-elle.

Une autre source sécuritaire confirme à l'AFP que des "livres takfiris", un terme désignant généralement les groupes jihadistes sunnites, avaient été saisis lors de cette descente policière. "On arrête les terroristes potentiels mais la justice les libère", déplore-t-elle.

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