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01/05/2019 15h:49 CET | Actualisé 01/05/2019 15h:49 CET

Honnête et corrompus (1/64)

Pourquoi “honnête” au singulier et “corrompus” au pluriel ? N’allez surtout pas croire que la décision a été prise par quelque observateur contemporain.

En fait elle vient de bien plus loin, d’un éminent esprit, Voltaire, écrivain et philosophe qui racontait il y a environ deux siècles et demi, des histoires très sérieuses sur un mode très plaisant. Celle qui va suivre se présente comme un conte, sous le titre Zadig, et ce petit fragment malicieux, néanmoins précieux conseil en matière de politique, est connu comme Le Corridor de la tentation.

C’était il y a longtemps mais il se pourrait que la tentation dont il est question soit toujours présente aujourd’hui, en tout cas chez les aspirants à un pouvoir politique. Quiconque a un peu d’expérience a déjà deviné de quelle tentation il s’agit : celle du vol bien sûr et de l’enrichissement par ce moyen aussi illicite qu’apprécié, ou plutôt apprécié parce qu’il est illicite et donc supposé secret.

Lorsqu’on doit  recruter des membres pour un gouvernement, et principalement s’il s’agit de ceux qui auront directement accès aux finances publiques, on ne saurait être trop prudent ; mais comment faire, dira-t-on, pour tester leur honnêteté ? Eh ! bien c’est justement ce moyen infaillible que propose Le Corridor de la tentation.

Imaginons la scène qui nous est contée : Soixante-quatre candidats se sont présentés pour devenir “trésorier du roi”, autant dire Ministre des finances : l’histoire est transposable et comme le dit Zadig au Roi, de la plus grande simplicité. On leur annonce qu’ils sont conviés pour un bal, ce qui au premier abord peut paraître surprenant, et pourtant Zadig n’est pas l’homme des plaisanteries gratuites, mot qui prend tout son sens dans le contexte :

“Tout était préparé pour le bal; mais la porte de ce salon était fermée, et il fallait, pour y entrer, passer par une petite galerie assez obscure. Un huissier vint chercher et introduire chaque candidat, l’un après l’autre, par ce passage dans lequel on le laissait seul quelques minutes. Le roi, qui avait le mot, avait étalé tous ses trésors dans cette galerie. Lorsque tous les prétendants furent arrivés dans le salon, Sa Majesté ordonna qu’on les fît danser”.

Et c’est à ce moment qu’on retrouve les soixante-quatre moins un, c’est-à-dire  l’honnête homme et les soixante-trois voleurs. Comme ces derniers ont bourré leurs poches des joyaux exposés dans le corridor, ils sont si lourds qu’ils ont toutes les peines du monde à danser. Seul l’honnête homme, celui qui n’a rien pris, peut le faire avec grâce et légèreté !

C’était pourtant simple mais il fallait y penser. Gageons que les Algériens auront de telles trouvailles pour former leur nouveau gouvernement !

En tout cas, si vous connaissez des gens qui  cherchent un ministre des finances, n’hésitez pas à leur passer le message.