TUNISIE
11/10/2019 14h:09 CET

Homophobie, test anal..."Enquête exclusive" revient sur la situation de la communauté LGBT en Tunisie (INTERVIEW)

Celui-ci sera diffusé dimanche 13 octobre sur M6 sous le titre "Homophobie dans le monde: Aux racines de la haine"

 

Auteure du livre « “L’amour interdit : Sexe et tabous au Maghreb”, la journaliste française Michaelle Gagnet met de l’image sur les maux des personnes LGBT en Tunisie à travers son nouveau documentaire “Homophobie dans le monde: aux racines de la haine”, qui sera diffusé, dimanche 13 octobre, dans l’émission “Enquête exclusive“ sur M6.

La journaliste a suivi le parcours du combattant de Skander, un des six jeunes de Kairouan, condamnés en 2015 pour sodomie et atteinte à la pudeur. Le documentaire parcourt les quatre coins du globe, en Tunisie, aux Etats Unis d’Amérique, en Ouganda, pour enquêter sur les différentes formes d’homophobie à travers le monde, des théories de conversion, en passant par la violence morale et physique. La lutte pour la dignité pour les personnes LGBT est encore tenace. Michaelle Gagnet en parle au HuffPost Tunisie. Interview.

HuffPost Tunisie : Comment vous avez eu l’idée de réaliser ce documentaire sur l’homophobie? 

Michaelle Gagnet : C’est le producteur Bernard de la Villardière qui a initié et proposé ce documentaire à la chaîne M6.

Je lui ai demandé de le réaliser car ce sujet me tient à cœur. Je pense qu’il nous concerne tous. Se battre contre l’homophobie c’est se battre contre des discours de haine et d’intolérance. C’est aussi un combat pour l’égalité et les droits de l’homme. En outre, lors de mon dernier documentaire “Sexe et Amour au Maghreb” (diffusé en février 2018 sur M6), j’ai mesuré à quel point la situation des homosexuels était dramatique en Tunisie et dans toute l’Afrique.

Selon quels critères vous avez choisi les pays concernés? 

32 pays en Afrique pénalisent encore l’homosexualité, c’est le continent le plus répressif. Il me paraissait donc évident d’aller comprendre ce qui s’y passait. J’ai choisi la Tunisie car je voulais aborder cette pratique barbare du “test anal”, un examen sensé prouver la sodomie mais qui n’a aucune valeur scientifique et n’a cours que dans huit pays au monde.

Curieusement, alors que la Tunisie est un pays pionnier dans le monde arabe, concernant le droit des femmes, c’est un pays très répressif envers les homosexuels. Selon l’association Shams, 127 homosexuels auraient été arrêtés en 2018. J’ai suivi et filmé le parcours d’un jeune homme, Skander, qui a subi cet examen anal, a connu la prison et décide de fuir son pays. Nous avons filmé son exfiltration par l’association Shams et notamment l’avocat Mounir Baatour.

 

J’ai également voulu me rendre en Ouganda, qui est un des pays les plus répressifs d’Afrique car les homosexuels risquent la perpétuité en cas de “récidive”. Là-bas, ils sont appelés les demi-morts car ils doivent se cacher pour survivre. Ils sont régulièrement agressés, les Ong sont sous pression, les manifestations ou réunions d’associations LGBT sont interrompues par la police. Enfin, je suis allée enquêter aux Etats-Unis et en France. 

Qu’est-ce qui différencie un pays d’un autre dans les formes d’homophobie et quels sont les points communs entre eux, s’il y en a?

En France, l’homosexualité est dépénalisée depuis 1982, le mariage gay est autorisé et bientôt la PMA (Procréation Médicalement Assistée) le sera pour toutes les femmes. Mais l’homophobie n’a pas disparu: 231 agressions physiques ont lieu soit une toutes les 36 heures. Une minorité refuse ceux et celles qui sortent du schéma traditionnel. Cette homophobie se situe au niveau des mentalités alors qu’en Tunisie et en Ouganda ce sont les lois qui sont très répressives: Jusqu’à trois années de prison en Tunisie, la perpétuité en Ouganda.

Dans ces deux pays, le poids de la religion aussi est important. En Ouganda, ce sont en majorité des chrétiens évangéliques (84%), en Tunisie, des musulmans. Les religions, ne sont malheureusement pas, en général, bienveillantes avec l’homosexualité. 

En outre, il y a dans ces deux pays un machisme très fort: les homosexuels ne sont pas considérés comme de “vrais hommes”. Ils menacent la virilité. Mais l’homophobie prend parfois un autre visage: aux Etats-Unis, nous avons infiltré une thérapie de conversion, initiée par des évangéliques qui tente de changer des homosexuels en hétérosexuels. Les conséquences sont dévastatrices: suicide, dépression. 700.000 américains sont passés par là. C’est une autre forme d’homophobie. 

Quels sont les pays où la situation est la plus critique? 

Dans les pays qui appliquent la peine de mort. Selon l’ILGA (Association Internationale des Personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Trans et Intersexes) les homosexuels sont passibles de la peine de mort dans 12 pays, dont le Nigéria, le Soudan, l’Iran, la Mauritanie. Dans certains pays les homosexuels sont aussi fouettés en public comme en Indonésie. Dans la majorité des pays, ils n’osent pas s’exprimer.

Ce documentaire dresse un tableau un peu noir de la situation des homosexuels mais il y a aussi d’immenses progrès partout dans le monde. Les homosexuels sont de plus de plus acceptés et des pays très traditionnels dépénalisent l’homosexualité comme le Mali ou l’Inde.

J’espère sincèrement que la Tunisie, pays auquel je suis attachée pour y avoir vécu trois années, arrivera bientôt à ce stade: dépénaliser l’homosexualité, libéraliser les mœurs comme le souhaite une partie de la jeunesse. J’ai quitté la Tunisie en juillet 2018 avec beaucoup d’espoir mais les discours conservateurs entendus lors des dernières élections présidentielles et législatives m’ont un peu inquiétée.

Je veux cependant croire en la combativité des Tunisiens qui tiennent plus que tout à leurs droits et leur liberté.

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