MAROC
23/06/2018 10h:43 CET

Hoba Hoba Spirit: "On a duré 20 ans parce que ce n'était pas prévu" (ENTRETIEN)

Le groupe culte casablancais était au festival gnaoua à Essaouira.

Karim Tibari/A3 Communication

GNAOUA 2018 - Cette année, le groupe culte casablancais a à nouveau mis le feu pendant le Festival Gnaoua. Quinze ans après leur premier show à Essaouira, Hoba Hoba Spirit était sur la scène principale du festival, place Moulay El Hassan, jeudi 21 juin.

La bande de copains a interprété des titres de leur dernier opus “Kamayanbaghi”, sorti cette année, mais aussi des classiques comme le fameux “Bienvenue à Casa” rebaptisé à l’occasion “Bienvenue à Essaouira”.

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En 20 ans, Hoba Hoba Spirit a accompagné l’évolution musicale marocaine, pour le meilleur comme pour leur pire. Avec le chanteur du groupe, Reda Allali, nous sommes revenus sur la longévité du groupe et du festival, qui célèbre cette année sa 21e édition, ainsi que sur l’état de l’industrie musicale marocaine.

HuffPost Maroc: Hoba Hoba Spirit fête ses 20 ans cette année. Comment expliquez-vous la longévité du groupe?

Reda Alalli: Je pense que ça a tenu 20 ans parce que ce n’était pas prévu. Cela ne s’est pas construit autour de l’idée de faire carrière mais d’une passion: faire de la musique, la partager. La passion de l’amitié aussi, et l’amour de la scène. Donc ça a duré car on a construit le groupe autour de ces valeurs.

Et la longévité du festival d’Essaouira?

Parce qu’il est cohérent! La musique est au coeur de la préoccupation des programmateurs. L’idée est simple, claire et belle et n’a jamais changé. Mettre à l’honneur la musique gnaoua et la faire voyager à travers des fusions. C’est un festival de musique, ce qui n’est pas le cas de tous les festivals au Maroc qui sont très compliqués à comprendre en terme d’identité, car faits pour d’autres raisons, politiques ou commerciales. Mais celui-là est pour la musique et c’est pour ça qu’il est facile à vendre à l’international. Quand la presse vient, elle sait qu’elle va trouver un truc extraordinaire dans une ville extraordinaire. On y a fait notre premier concert en 2003, et c’est un moment qu’on n’oubliera jamais.

L’univers musical marocain a bien changé depuis vos débuts: on est passé du CD au tout digital. Comment vivez-vous cette évolution?

Nous n’avons jamais profité de l’ancien système de distribution sur les CD. Très vite, nos albums ont été mis sur Internet, car même dans le système ancien, quand le CD se vendait à 10 dirhams et qu’il fallait redistribuer ça par nombre de musiciens, c’était très peu rentable. Il valait mieux mettre ça sur Internet en espérant que ça voyage pour que le groupe puisse aussi voyager et faire des concerts un peu partout.

Mais je reste partagé car si je dois ma carrière à Internet, en même temps, la façon de consommer la musique aujourd’hui ne me convient pas. La musique a perdu beaucoup de son prestige, la gratuité enlève de la valeur, la magie de l’art. On se retrouve coincés sur un réseau social entre deux blagues, une infographie sur Messi ou un test stupide! Je ne sais pas si c’est le bon endroit pour se faire entendre. Mais bon, on le considère comme nécessaire aujourd’hui.

Les jeunes présents hier pour votre concert devaient être très jeunes à vos débuts. Comment expliquez-vous que le groupe ait réussi à conquérir ce nouveau public?

Je n’en sais rien du tout, je m’abstiens même d’y réfléchir car dès qu’on commence à y penser, on commence à réfléchir à des formules à reproduire et décliner. Je ne suis pas dans cette logique, j’essaye d’être sincère avec moi-même et notre musique. Je ne sais pas si ça touche toujours autant ou qui, je ne veux pas réfléchir à ça parce qu’après on rentre dans une logique de marketing, comme si on vendait du savon.

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Quels sont vos prochaines dates au Maroc?

On vient de terminer 6 mois de tournée, on va lever le pied et voir ce qu’on va faire à la rentrée!