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20/06/2018 14h:49 CET | Actualisé 20/06/2018 14h:49 CET

H'mida et Abdelkader

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C’était il y a 62 ans et un jour. C’était un 19 juin de l’année 1956. La “Drôle de justice” - pour reprendre le livre de l’historienne Sylvie Thénault - passait à la vitesse supérieure : l’usage de la guillotine comme stade (macabre) suprême de la guerre sans nom. La France coloniale, la France de Guy Mollet et ses ″pouvoirs spéciaux″, cette France là était décidée. Aucune limite à la guerre !

Au soir du 18 juin 1956, les noms de plusieurs de dizaines d’Algériens étaient déjà consignés sur le registre des condamnés à mort , tenu, place Vendôme, par la chancellerie de François Mittérrand, le plus ″finga″/le plus ″⁣exécuteur” des Garde des Sceaux !

A l’aube du 19 juin 1956, deux nationalistes étaient extraits de leurs cellules. Direction : la cour lugubre et fatale de Barberousse/Serkadji. Selon un rituel qui va devenir une facette emblématique du vécu de cette prison, des Allah Akbar, Tahya El Djazair surgissent des cellules pour accompagner deux frères vers la forme la plus tragique du martyr : l’exécutation. Ahmed Zabana, “H’mida” pour ses géniteurs et ses intimes, et Abdelkader Ferradj “inauguraient” la chronique de la guillotine à l’épreuve de la guerre d’indépendance.

Zabana passe en premier, suivi -trois minutes plus tard- de Ferradj. “Soyez fiers de moi”, écrivait Zabana dans une missive destinée à ses parents. Une lettre qui continue de résonner encore dans l’Algérie sur fond de mensonges sur les parcours nationalistes fabriqués. Sur fond des polémiques suscitées par la “hikaya” de “Djamel El condamné”, la victime de la ’“finga” virtuelle !

 

DR

 

Lettre de Zabana à ses parents :

Mes chers parents, ma chère mère.

Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir.

Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi. Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine.

Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être équitable.
Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur H’mida