TUNISIE
05/10/2018 20h:34 CET

[Hkeyetna] Sarra: Un mariage arrangé, des infidélités, puis l'amour

Le souffle de liberté d’après mariage devenait étouffant faute d’amour.

fizkes via Getty Images

Parce que la violence sous toutes ses formes est souvent pernicieuse, parce que faire des choix n’est pas aussi simple, parce que l’Humain porte en lui plusieurs contradictions, parce que personne n’est exempt d’erreurs, le HuffPost Tunisie a décidé de vous raconter des bouts de vie, des histoires de Tunisiens et de Tunisiennes lambda, ceux qu’on croise dans la rue, qu’on côtoie au travail, etc, mais dont on sait très peu sur leurs tourments dans cette nouvelle rubrique: Hkeyetna. Voici l’histoire de Sarra.

Son récit est ponctué d’éclats de rire nerveux et de moments de silence. Tantôt gênée, tantôt mélancolique, son récit oscille entre son père très présent, puis sa famille entière. Elle parle beaucoup de sa réputation, de la peur de la perdre.

Sarra (pseudonyme) avait une vie toute tracée...par son père. “Je l’aime autant que je le crains, je ne peux pas lui dire non”, confie-t-elle.

C’est donc sa famille qui lui a choisi la spécialité à faire pour ses études, mais aussi son mari. “Dans notre famille, une fille âgée de 24 ans est bonne à marier, elle doit le faire”, raconte-t-elle. Ayant refusé plusieurs prétendants, Sarra devait accepter; enfin, un. 

“Ma famille me disait qu’il était temps, que si je continuais à refuser des prétendants, cela va entacher ma réputation”, explique-t-elle.

“J’ai terminé mes études et je cherchais un emploi, mon père me disait qu’un mari, un statut, me préserveront dans le métier où j’étais amenée à rencontrer beaucoup d’hommes”. 

C’est donc sans résistance que Sarra scelle sa vie avec un homme. Et pas n’importe lequel. Sa famille exigeait qu’il soit de sa région, d’une “bonne famille”, ayant fait de longues études; “un ingénieur, un professeur universitaire, un médecin, un avocat”. Les conditions remplies, la jeune femme fut mariée. 

Se marier était aussi une échappatoire pour la jeune femme: “Tout au long de mes études, c’était mon père qui me déposait et venait me chercher pour rentrer avec lui, bien sûr à des heures fixes. Je n’avais pas le droit de sortir au-delà du cadre familial, pas le droit de passer la nuit chez une copine. Mon père me disait ‘quand tu te marieras, tu feras ce que tu voudras’ ”. 

Le mariage sonnait donc comme la fin des contraintes, la liberté.

Sarra a eu les mains libres, elle respirait. “La première chose que j’ai faite après mon mariage, c’était de voyager, enfin, je pouvais le faire”, lance-t-elle.

La jeune femme dit avoir la “chance” d’avoir un mari “super cool”. Il est aussi “très indifférent”, déplore-t-elle. “Pas de mots doux, pas d’attention. Quand je tardais, il ne m’appelait pas, par exemple”. 

Son mariage arrangé, dénué d’amour, sera vite mis à l’épreuve. “Même notre vie sexuelle était fade, je m’ennuyais de le faire”, dit-elle. À l’aube de ses 35 ans, elle a déjà 3 enfants. “Avant je ne savais pas pourquoi je restais avec lui, maintenant je dis que c’est pour mes enfants”. 

Le souffle de liberté d’après mariage devenait étouffant faute d’amour. 

Les enfants chez ses parents, Sarra tardait parfois pour rentrer chez elle. Puis, elle commençait à voir ailleurs. À chaque fois, ce sont des hommes “intéressants”. “Ils n’étaient pas n’importe qui, je les choisissais, c’étaient des hommes avec qui je ne m’ennuyais pas, avec qui je sentais que j’avais de la valeur”. 

Et ce n’était pas le sexe qui primait pour elle: “Ils n’étaient pas top au pieux”, “rien de spécialement jouissif”, décrit-elle ses ébats avec ses anciens amants. Elle ne les aimait pas non plus. “J’étais impressionnée, j’aime l’être et j’aimais leur attention”. 

Sarra ne vivait pas bien ses transgressions. “À chaque fois, je me lamentais, je pleurais, je priais...puis je recommençais”, raconte-t-elle, avec une voix sombre, le visage ravagé par la tristesse.

La culpabilité, Sarra, ne la sent plus depuis qu’elle est tombée amoureuse. “C’est mon premier amour”, lance-t-elle, les traits aussitôt égayés. Depuis des années, elle est avec un homme (celui-là est aussi marié), “je découvre l’amour, la sexualité, je me découvre”, s’émerveille-t-elle.

Elle découvre aussi les tumultes de l’amour jusqu’à ses excès: la jalousie, la possession, les disputes. “Je n’ai jamais autant pleuré pour un homme”, dit-elle, attendrie, tout de même. 

Pourquoi ne divorce-t-elle pas et n’épouse-t-elle pas cet homme? “Impossible de le faire. Le divorce est inconcevable par ma famille”, explique-t-elle.

Elle y a pensé pourtant, elle y pense toujours: “Je n’ai pas l’audace de le faire. Je sais qu’il ne pourra pas laisser tomber sa femme, qu’on ne sera jamais ensemble. J’ai des enfants aussi, très attachés à leur père”, argumente-t-elle.

“Comment dois-je faire pour en finir?”, lance-t-elle, résignée à rester avec son mari mais incapable de se projeter dans l’avenir ni avec lui, ni avec son amant. Pour le premier, elle dit sentir de l’amitié et l’effet de l’habitude, pour le deuxième, les vacarmes d’un amour condamné au secret et à ses aléas.

 

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