TUNISIE
17/04/2019 17h:34 CET | Actualisé 18/04/2019 16h:10 CET

[Hkeyetna] Résister en laissant faire: Le choix d'Ines, harcelée par son patron

Le patron devient de plus en plus explicite, multipliait ses invitations pour un déjeuner ou un dîner...

ANDRIANO_CZ VIA GETTY IMAGES

Parce que la violence sous toutes ses formes est souvent pernicieuse, parce que faire des choix n’est pas aussi simple, parce que l’Humain porte en lui plusieurs contradictions, parce que personne n’est exempt d’erreurs, le HuffPost Tunisie a décidé de vous raconter des bouts de vie, des histoires de Tunisiens et de Tunisiennes lambda, ceux qu’on croise dans la rue, qu’on côtoie au travail, etc, mais dont on sait très peu sur leurs tourments dans cette nouvelle rubrique: Hkeyetna. Voici l’histoire d’Ines.

Laisser faire un temps par ambition ou par nécessité, c’est le parcours pas si professionnel d’Ines (pseudonyme). 

En quittant les bancs de la fac, Ines, 25 ans, comptait mener une carrière professionnelle brillante. De nature souriante et sociable, la jeune femme n’a pas eu de mal à intégrer l’ambiance du travail. Ines partageait son bureau avec trois collègues, toutes des jeunes femmes. 

Dévouée, Ines se plaisait dans son travail. “C’était une petite famille, l’ambiance était décontractée. Notre rapport à la hiérarchie était convivial mais respectueux”. Une atmosphère de travail presque parfaite jusqu’au jour où débarque un nouveau supérieur hiérarchique.

“Il me convoquait souvent au bureau. On parlait du travail, de tout et de rien, puis de notre vie privée, on rigolait. Il était bien plus âgé que moi. Au départ, je ne voyais pas d’inconvénients. J’étais spontanée et de bonne foi”, raconte-t-elle. Il l’était beaucoup moins. Les barrières entre vie professionnelle et vie privée tombaient au rythme des convocations individuelles de plus en plus fréquentes au bureau. Puis, les paroles s’accompagnaient de quelques touchers: “Il était tactile, me suis-je dit. Il avait un regard pernicieux.Je relativisais”. 

Ines devine les intentions de son boss mais essaye de les contourner par le sourire, des prétextes pour couper court à des entrevues en tête à tête: “Mon outil de défense était de faire la naïve, de faire semblant de ne pas comprendre ses allusions, de sourire gentiment. Mon rempart était aussi de relativiser en permanence, je croyais que je pouvais le faire”. 

Une manière d’esquiver son patron qui s’est avérée inefficace lorsqu’un jour ils se sont retrouvés au 6 ème étage d’un ascenseur lors d’une sortie pour une réunion de travail. “Il m’a dévoré de regard, j’évitais de le fixer, je parlais de choses insignifiantes, je souriais nerveusement, il s’est approché, m’a pris dans ses bras, il m’a serré très fort contre lui, en posant un long baiser sur mon cou. C’était la plus longue descente d’ascenseur de ma vie, éternelle, pénible”. 

Le patron devient de plus en plus explicite, multipliait ses invitations pour un déjeuner ou un dîner: “J’inventais toujours des excuses, avec le temps, je ne trouvais plus rien à dire de tenable”, explique-elle. 

Ayant peur d’offusquer son patron, Ines prend un congé. À son retour, les invitations de son patron reprennent de plus belle, toujours aussi vives, toujours aussi insistantes.

Ines, la passionnée, a de plus en plus du mal à tenir. “Je n’avais plus envie d’aller au bureau, ça m’angoissait”.

Pourquoi ne pas avoir était aussi explicite avec son patron en refusant clairement ses avances? “J’avais peur de perdre mon emploi. J’avais des charges à payer et plus encore; il était un homme influent dans notre secteur, je risquais de le recroiser un jour. Il pouvait le prendre mal, ternir ma réputation professionnelle”, explique-t-elle. 

Ines finit par quitter sans préavis son poste et par changer son numéro de téléphone. “Je me suis évaporée”.

La jeune femme trouve un autre emploi, puis un autre. “Lors de l’entretien d’embauche, je le retrouve. Estomaquée, je brandissais mon large sourire hypocrite habituel. Lui, il était content de me revoir, puis il m’a reproché avec un sourire sinistre mon éclipse, puis a fini par renouveler son invitation pour un dîner”. Retenue pour ce poste, Ines finit par le refuser et reprend sa fugue. 

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