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13/09/2018 15h:04 CET | Actualisé 13/09/2018 15h:04 CET

Héritage, droits des femmes, liberté de culte… le pas en avant de la Tunisie

Et la Tunisie n’est pas n’importe quel pays, il doit être et rester un modèle de clairvoyance, de fraternité et de tolérance.

NurPhoto via Getty Images

La France qui est la 5ème ou 6ème puissance mondiale comptait 8,8 millions de pauvres en 2016, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En d’autres termes, 8,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire - qui s’élève donc à 1026 euros par mois en 2016. En 2016 toujours, le taux de pauvreté était de 14%. Enfin, selon l’Insee, qui s’intéresse à la pauvreté selon la composition familiale, les familles monoparentales sont les plus exposées à la pauvreté: 34,8% d’entre elles étaient considérées comme pauvres en 2016. La crise économique et sociale que connait la France engendre bien des tensions et des doutes politiques et autres.

Mes amis tunisiens connaissent également cette situation, cette précarité, ces difficultés. En Tunisie, la crise économique et sociale s’éternise. Dans une certaine mesure, il n’est pas faux de dire non plus que la Tunisie se trouverait comme au milieu du/d’un gué, parce qu’elle est atteinte par un climat d’incertitude. Ce climat est caractérisé par des tensions politiques, économiques et sociales, mais la Tunisie n’est pas le seul pays à éprouver de telles difficultés, nous venons de le voir plus haut. Tout cela est vrai, certes. Cependant, “la crise économique et sociale que connait le pays ne doit pas priver les tunisiens de leur droit général à la liberté et l’égalité”, avait estimé en son temps Bochra Belhaj Hmida, présidente de la commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE), lors d’une conférence tenue au centre des études méditerranéennes et internationales (CEMI) sur le rapport.

J’ai été sensible à cette déclaration parce qu’elle porte sens. Bien sûr, je ne suis qu’un observateur lointain (puisque je vis en France) de ce qui se passe chez vous, mais j’aime fermement la Tunisie, pays de ma mère. Et, je crois fermement qu’il faut dire les choses car mal les nommer ne résout rien.  

Prenons un exemple. Le projet de l’égalité dans l’héritage. Quelle révolution que voilà, en vérité mes chers amis tunisiens. Je lisais dernièrement un article de Jeune Afrique du 13 août 2018, je cite: “ce projet bouleverse les traditions ancrées dans les pays arabo-musulmans. Il permet au légataire d’opter pour l’égalité entre ses héritiers ou de préférer la formule édictée par la loi coranique. Un système à la carte qui permet de satisfaire l’ensemble des partis. La démarche n’en demeure pas moins audacieuse au regard d’une mesure aussi taboue que clivante pour la société. Depuis la publication, en juin 2018, du rapport de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), qui met en conformité les lois en vigueur avec les principes d’égalité et de libertés inscrits dans la Constitution et les conventions internationales paraphées par la Tunisie”. Pour la journaliste Inès Oueslati (Le Monde, 15 juin 2018) ce rapport, remis vendredi 8 juin au président Béji Caïd Essebsi, ouvrait la voie à des avancées sociétales dictées par une Tunisie qui doit plus que jamais entrer dans l’air du temps, qui a des engagements internationaux à tenir et une image à préserver. La journaliste ajoute que les propositions de la Colibe permettront d’en finir avec de nombreux anachronismes légalisés, aberrations juridiques et violations de toutes sortes.

Je sais qu’au mois d’août, plus de mille personnes ont manifesté par exemple à Sfax, dans l’est tunisien, pour protester contre les réformes sociétales récemment proposées par cette commission présidentielle. Le rapport suscite également des protestations véhémentes. Pour autant, quel pays voulez-vous? Vu de France, comment la Tunisie, pourrait-elle se passer de l’annulation de l’obligation de la dot dans le mariage, de la viduité, de l’égalité dans l’héritage, de l’abrogation de la peine de mort, de la liberté d’expression et à tout un chacun de pouvoir disposer de son corps, ainsi que la décriminalisation de l’homosexualité. Ces avancées et ces mesures distingueront la Tunisie d’autres pays plus rigoristes et intransigeants, ceux qui bafouent les libertés élémentaires et individuelles, quelquefois vos proches voisins.

Héritage, droits des femmes, liberté d’expression voilà les atouts de la réussite, d’un pays éclairé qui accorderait les droits auxquels chaque tunisien a le droit, minorités et femmes comprises. Bien évidemment, ce débat vous appartient. Vous le trancherez d’une manière ou d’une autre. Mais les propositions donnent tout leur sens aux revendications de liberté et d’égalité de la révolution. Et la Tunisie n’est pas n’importe quel pays, il doit être et rester un modèle de clairvoyance, de fraternité et de tolérance. À cette condition, il sera un phare de lumière en Afrique du Nord. Reste que pour être un phare, il faut avoir une  image pacifiée et la préserver. C’est possible, croyez-moi.

 

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