TUNISIE
01/04/2019 15h:12 CET

Hausse des prix du carburant: Les réactions oscillent entre indignation et mises en garde

L'UTICA met en garde contre "des conséquences graves", Mongi Rahoui qualifie cette augmentation d' "escroquerie gouvernementale", et Al-Jomhouri appelle à la création d'une haute instance pour l'Energie.

Zohra Bensemra / Reuters

Dans un communiqué publié sur sa page facebook, l’UTICA s’est dite ”étonnée” de la décision du gouvernement d’augmenter les prix du carburant, une augmentation entrée en application le dimanche 31 mars à minuit.

L’Union Tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) rappelle que le ministre de l’Industrie et des PME, Slim Feriani, avait pourtant nié, le 05 mars dernier, toute hausse des prix du carburant, affirmant que tout ce qui se disait à ce sujet n’était que des rumeurs.

Ainsi, le patronat dénonce cette décision, estimant qu’elle “représente un nouveau choc pour l’industrie tunisienne, en particulier pour les secteurs dépendant des combustibles.”

 

Pour l’UTICA, cette nouvelle augmentation aura des répercussions graves sur la compétitivité des entreprises industrielles, “dans une indifférence totale face aux difficultés que traversent les chefs d’entreprises, et aux mises en garde répétées de l’UTICA contre les conséquences catastrophiques de telles augmentations”.

Elle explique que la hausse des prix du carburant aura un impact direct sur les transporteurs, qui se retrouveront incapables de couvrir leurs dépenses, et d’honorer ainsi leurs obligations.

Certains s’exposeraient, selon l’UTICA, au risque de faillite à la suite des multiples augmentations des prix du carburant.

S’ajoute à cela la chute de la valeur du dinar face aux devises étrangères, ce qui entraîne une augmentation du coût de la maintenance à cause de la hausse des prix des pièces de rechange.

Pour l’UTICA, augmenter les prix du carburant ne constitue guère une solution économique, bien au contraire, cela engendrerait des prix plus élevés, et donc une hausse de l’inflation.

Le patronat met également en garde contre la menace que représente cette décision sur la croissance économique et le développement régional.

L’UTICA dénonce par ailleurs une prise de décision unilatérale, en dépit de la présence d’un comité mixte réunissant le gouvernement et l’organisation patronale, qui sert entre autres choses, à trancher sur les prix de l’énergie.

“Il aurait fallu chercher des solutions radicales à la réduction significative de la production de pétrole, et de cesser d’accorder des licences pour l’exploration pétrolière” note l’UTICA dans son communiqué, soulignant l’importance d’investir dans les énergies renouvelables.

Pour conclure, le patronat appelle le gouvernement à geler immédiatement toute les hausses de prix du carburant prévues en 2019, et l’invite à entrer en dialogue avec l’Union afin de prendre les mesures nécessaires en faveur des secteurs touchés, afin de pallier aux répercussions négatives qu’aura cette augmentation sur l’économie du pays.

“Escroquerie gouvernementale”

Le député de l’opposition, Mongi Rahoui, a pour sa part qualifié cette décision d’ “escroquerie gouvernementale”.

Sur les ondes de Mosaique FM, celui-ci a estimé que l’ajustement automatique n’est pas appliqué puisque, dit-il, “que la valeur du baril de pétrole augmente ou baisse, les prix du carburant en Tunisie ne font qu’augmenter.”

“Au vu de ce qui se passe, j’estime que le gouvernement est en train d’escroquer les citoyens” déclare-t-il, précisant que la loi de Finances 2019 s’est faite sur la base du prix du baril de 75$, et qu’il n’y a pas lieu de procéder à une quelconque augmentation.

“Ceci constitue un pillage de l’argent des Tunisiens. On ne peut pas le qualifier autrement” a-t-il ajouté.

De son côté, le parti Al-Jomhouri, un publié un communiqué dans lequel il a exprimé son opposition à la décision du gouvernement.

“Le parti s’oppose à ces augmentations et porte au gouvernement la responsabilité de la détérioration du pouvoir d’achat des citoyens” écrit Al-Jomhouri.

Al-Jomhouri

Il note également l’ “incapacité du gouvernement à favoriser les mécanismes du développement économique”, qui selon lui, ne trouve d’autres solutions que d’avoir recours aux augmentations et à l’endettement.

Le parti appelle par ailleurs à la création d’une haute instance pour l’Energie, avec la participation d’experts et de spécialistes, et qui aura pour mission d’élaborer les stratégies nécessaires à la bonne gouvernance de ce secteur.

Pour rappel, le ministère de l’industrie et des PME avait annoncé samedi soir une majoration des prix du carburant de 80 millimes pour l’essence sans plomb, 80 millimes pour le gasoil sans soufre, et 90 millimes pour le gasoil ordinaire.

En 2018, le gouvernement avait augmenté à trois reprises le prix du carburant, expliquant ces hausses par le mécanisme d’ajustement régulier.

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