ALGÉRIE
08/12/2015 09h:03 CET | Actualisé 08/12/2015 09h:14 CET

Hanoune met en garde contre "une destruction du pays"

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Le discours de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs et signataire de la lettre des "19-4", redouble de férocité de jour en jour. Sans parler de l'article 88 de la constitution, elle l'évoque. Le chef de l'Etat est "diminué" et "tributaire des autres". C'est pourquoi, selon elle, il ne serait pas au courant de tout ce qui se passe dans le pays.

Mme Hanoune est catégorique. "Lorsqu’on est diminué par la maladie et qu’on ne peut pas se déplacer, on devient tributaire des autres. On peut lui présenter une revue de presse tronquée pour lui faire lire ce qu’on veut. Je suis convaincue que la loi de finances 2016 n’est pas son œuvre".

Dans un entretien paru aujourd'hui, dans le quotidien El Watan, la bête noire du secrétaire général du Front de Libération Nationale (FLN), s'attaque frontalement à ses adversaires politiques. Elle parle de coup d’Etat, de coup de force, de ministres au service d’intérêts étrangers et d’une oligarchie prédatrice.

Animée d'une volonté tenace pour "alerter l’opinion publique sur les graves menaces qui pèsent sur le pays", Mme Hanoune parle sans la moindre réserve.

Pour "le coup de force", Mme Hanoune est formelle. "On peut lui présenter un texte que l’on discute et après on en présente un autre à l’APN. Rappelez-vous les déclarations du Président en début d’année. Le président de l’Assemblée avait refusé le comptage des voix lors du vote en plénière, parce qu’une majorité des députés avait voté l’abrogation de l’article 59 (qui autorise l’endettement extérieur des privés). Lui aussi fait partie de la machine qui a réalisé le coup d’Etat. Bouteflika ne peut pas se suicider", explique-t-elle.

Pour Mme Hanoune, "c’est l’oligarchie et ceux qui servent les intérêts étrangers, notamment français, qui l’ont rédigée. Lorsque j’ai vu le Président en 2014, j’ai remarqué qu’il n’était pas au courant de beaucoup de choses. Comment la situation a-t-elle évolué ? Je ne le sais pas. Le Président était totalement contre l’endettement extérieur et, aujourd’hui, la loi de finances le met en avant".

L'auteur du "coup d'état"? Mme Hanoune l'identifie sans détour. "Le ministre de l’Industrie et des Mines est le véritable chef d’orchestre du coup d’Etat qu’il dirigeait à partir des Etats-Unis. D’ailleurs, il s’était vanté devant les membres de la commission des finances d’être l’auteur de tous les articles qui portent l’empreinte de l’oligarchie."

Pour elle c'est une preuve de plus que Bouteflika ne serait pas au courant de tout ce qui se passe dans le pays. "lui a délégué ses prérogatives. Quel mensonge. Dans d’autres pays, ce ministre aurait été démis. Cela veut dire que lui et ceux qu’il sert ont mis le Président en incapacité, et qu’ils se sont érigés en tuteurs. C’est le message qu’ils nous transmettent en parlant en son nom.", affirme la secrétaire générale du PT.

Mme Hanoune soutient, dans la foulée que "la Constitution ne permet pas au Président de déléguer ses prérogatives», pour attester que "la loi de finances 2016 est anticonstitutionnelle".

Chargeant les membres de l’exécutif, Louisa Hanoune les taxes de "ministres au service de l'oligarchie". Le ministre des Finances Abderrahmane Benkhalfa ne pouvait y échapper. " Il a réduit les impôts au profit des multimilliardaires, et au même moment il a accablé la majorité des citoyens". Nul doute pour elle, "il y a une fusion entre l’Exécutif et une partie de l’Assemblée au profit d’une minorité d’hommes d’affaires. Je tiens à préciser que je ne vise pas le privé algérien, qui représente les vraies PME-PMI, menacées par la loi de finances. Le patron des oligarques a fait la tournée des ministres, du Parlement et du Sénat. Il s’immisce dans toutes les affaires institutionnelles. Il fait partie de ceux qui confisquent les prérogatives du Président. Il y a aussi des ministres qui font partie de cette oligarchie prédatrice ou sont à son service".

Mme Hanoune en arrive même à accuser "un ministre à la tête d'un ministère de souveraineté" qui aurait été antérieurement limogé pour "intelligence avec l'ennemi" sur rapport de l'actuel directeur de cabinet du président de la République.

Mme Hanoune ne pouvait rater le patron des Patrons dans sa mise à l'index de ceux qui "détruisent le pays" . Ali Haddad a eu aussi sa part des critiques. La chef du parti des travailleurs rappelle les propos "honteux" qu’il a tenus publiquement. "Il a demandé de confectionner les tenues militaires, alors que l’armée fabrique ses propres tenues. Quelle relation une entreprise de goudron peut-elle avoir avec l’habillement militaire ?", s'offusque-t-elle.

L'occasion pour elle de parler de la "cuisine interne des militaires". "Ils sont en train de détruire les facteurs d’immunité de la nation algérienne sur tous les plans, y compris dans le domaine sécuritaire, où l’on constate des coups fatals. Quand on jette en prison un homme comme le général Hassan, héros de la lutte antiterroriste, c’est qu’on lance une invitation à Daech et Al Qaîda.

On l’accuse d’association de malfaiteurs alors que ce sont ces oligarques et ces prédateurs qui sont en train de détruire le pays et de le livrer à la rapine. Je doute fort que le Président soit au courant de ces décisions", accuse la signataire du contrat de Rome.

La responsable du PT évoque, cependant, la "restructuration" du DRS, qu’elle qualifie de "démantèlement". «A la longue, cette restructuration s’est avérée n’être qu’un démantèlement des services de lutte contre le terrorisme et contre la corruption. C’est un appel à la dilapidation et à la prédation.

Su la démarche à suivre pour sortir le pays de cette crise, Mme Hanoune répond : "Il y a la mobilisation des groupes parlementaires malgré les divergences politiques". Et de préciser que cette alliance est "une première". "C’est la première fois que cela arrive. Tout le monde a compris les enjeux qui sont le sauvetage de l’Algérie de la "somalisation".

Selon Louisa Hanoune, "ces gens veulent que la situation reste comme elle est. Que le Président ne guérisse pas, qu’il ne puisse pas être mis au courant des affaires de l’Etat ou recevoir les gens. Cela leur laisse le terrain libre pour disposer des richesses. Ils paniquent parce que le prix du baril ne cesse de dégringoler. C’est la course contre la montre. Il faut qu’ils prennent tout et maintenant."

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