MAROC
21/02/2016 06h:41 CET

Handicapés mentaux: Rencontre avec les jeunes travailleurs au Centre d'insertion et d'aide pour le travail

HANDICAP - Salé, jeudi 18 février, 10 heures. Trois jours après son inauguration par le roi Mohammed VI, le Centre d’insertion et d’aide pour le travail (CIAT), qui vise l'intégration socio-professionnelle des jeunes en situation de handicap mental, nous ouvre ses portes.

Production agricole et horticole, services de restauration et de boulangerie-pâtisserie, espaces de conditionnement et de commercialisation des produits du centre, atelier de montage de chaises roulantes... Diverses activités professionnelles sont proposées aux 41 jeunes hommes et femmes (14 trisomiques et 27 en situation de retard mental) qui ont intégré le centre pour le lancement cette année. Rencontre.

"Je veux rendre heureux mes parents"

Hassan, 30 ans, est un exemple d'ambition à toute épreuve. Ce nageur professionnel a déjà une médaille d'or à son actif, après avoir participé aux Special Olympics (jeux paralympiques) organisés à Los Angeles aux Etats-Unis en juin 2015. Actuellement, il travaille en salle, en tant que serveur dans le restaurant du CIAT. Le sourire aux lèvres, il s'applique. "Je veux travailler. Je veux rendre heureux mes parents qui ont beaucoup fait pour moi", explique-t-il. Le CIAT dispose d’un restaurant qui propose au grand public des plats entre 10 dirhams et 60 dirhams. Sur chaque table, un bon est disponible pour que les clients puissent commander et cocher ce qu'ils souhaitent. Le service en salle est impeccable, des bonnes odeurs s’échappent de la cuisine, et les mets sont raffinés.

"J'ai trouvé mon bonheur dans le contact avec la terre"

Nous rencontrons ensuite Marouane, animé par la même ambition de réussite, malgré un léger retard mental. A 20 ans, Marouane travaille dans la ferme du centre. Abrité sous la serre, il manie avec rapidité des pots qu’il remplit de terre. Originaire de Sidi Bou Knadel, il a connu un long périple avant de trouver sa voie: "j'ai fait beaucoup d'études, dans des écoles privées et publiques, mais je n'y arrivais pas", explique-t-il. "Heureusement, j'ai rencontré un médecin qui m'a conseillé de me diriger vers le Centre national Mohammed VI des handicapés (CNMH). J'ai été formé à beaucoup de métiers, dont la cuisine et la restauration. Mais j'ai trouvé mon bonheur dans le contact avec la terre."

"Plus qu'une famille"

Dans le centre, une équipe de professionnels a été mise en place: quatre éducateurs spécialisés, dix techniciens, une assistante sociale et deux infirmiers se chargent d'encadrer les jeunes. C'est le cas de Mounir, 35 ans, technicien dans la partie réservée au montage des chaises roulantes du centre, qui affiche un sourire franc. Et pour cause: il a travaillé pendant dix ans au contact d'handicapés au CNMH avant d’être muté récemment au CIAT et avoue: "au fil du temps, ils deviennent plus qu'une famille. La clé, c'est de leur faire ressentir qu'ils ne sont pas différents de nous. Ce sont des personnes qui ont à cœur leur travail et qui sont dotées d'un perfectionnisme sans égal".

Un projet qui pourrait faire des émules

Certains critères sont nécessaires pour pouvoir intégrer le centre. Les handicapés doivent être âgés de plus de 20 ans et avoir un dossier médical qui détermine leur degré de handicap mental. Il faut aussi qu’ils aient bénéficié d’une formation qualifiante. Après avoir passé une commission disciplinaire composée de psychologues et d'éducateurs spécialisés pour valider leur dossier, ils peuvent enfin commencer à travailler au centre.

Le centre, qui dispose de différents services, est ouvert aux visiteurs qui peuvent avoir accès au restaurant et aux magasins de vente de paniers bio, plantes, produits du terroir et poulets fermiers. D'autres points de ventes des produits du centre sont en train d'être créés dans la région à Salé, Rabat et Temara.

"Ce modèle existe pour démontrer que c'est faisable d'intégrer des jeunes en situation de handicap. Bientôt, d'autres centres verront le jour à Casablanca et Agadir", confie Khalid Benhassan, directeur du Centre national Mohammed VI pour les handicapés (CNMH). 36,5 millions de dirhams ont été nécessaires pour lancer ce projet, qui vise à accueillir 150 jeunes en 2017.

"Unis pour aider les démunis"

Telle est la devise revendiquée par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, à l'origine de ce projet pilote. L’intégration des handicapés, que ce soit socialement ou professionnellement, est l’objectif principal de cette campagne. Les handicapés sont formés au CNMH pour avoir ensuite un travail rémunéré (au Smig) ainsi que des droits sociaux, tels que la mutuelle et la retraite.

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