MAROC
24/05/2018 15h:58 CET | Actualisé 28/05/2018 10h:59 CET

Hamza Idrissi, fondateur de Careers in Morocco: "Il faut une réelle stratégie pour accompagner le retour des talents au Maroc"

En matière d'environnement de travail, "les jeunes générations sont encore plus exigeantes."

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INTERVIEW - De nombreux Marocains diplômés à l’international, qui ont souvent eu une première expérience professionnelle, choisissent de rentrer au Maroc. Selon une récente étude de Rekrute.com, près des trois quarts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) interrogés pensent rentrer au Maroc un jour. Qu’est-ce qui les pousse à revenir? Quelles opportunités s’offrent à eux? Pourquoi certains choisissent de repartir à l’étranger? Hamza Idrissi, fondateur de l’initiative Careers in Morocco, organisateur de forums à l’étranger sur les opportunités de carrière au Maroc, répond à nos questions.

HuffPost Maroc: S’il n’y a pas de chiffres officiels sur le retour de ces jeunes expatriés au Maroc, peut-on dire que cette tendance s’accentue depuis quelques années, notamment chez les 25-35 ans?

Hamza Idrissi: Effectivement, beaucoup de jeunes marocains diplômés à l’étranger ayant une expérience professionnelle à l’international choisissent de rentrer au Maroc pour plusieurs raisons. Des enquêtes réalisées dernièrement par Careers in Morocco font ressortir que 75% des Marocains installés en France souhaitent revenir au bercail dans une période s’étalant jusqu’à quatre ans après leur première expérience. Le Maroc connaît depuis ces dernières années une dynamique économique importante et le lancement de plusieurs projets sous l’impulsion du roi, d’où l’intérêt de ces talents de revenir au Maroc et de participer à ces projets. Nous constatons cette dynamique depuis plus de 10 ans à travers les forums que nous organisons à Paris, Londres, Montréal et Dubaï.

Pourquoi, selon vous, les jeunes diplômés marocains, après avoir vécu 5, 10 ou 15 ans à l’étranger, choisissent de revenir au Maroc?

Nous avons plusieurs situations. Certains Marocains souhaitent rentrer juste après leurs études parce qu’ils n’ont pas trouvé d’opportunités correspondant à leur aspiration professionnelle à l’étranger et peuvent avoir des difficultés à décrocher un emploi. Nous avons aussi ceux qui optent pour revenir au Maroc après quelques années d’expérience, surtout pour des raisons familiales, un mariage, un enfant... Et d’autres enfin rentrent au Maroc parce qu’ils souhaitent avoir des opportunités intéressantes en terme d’emploi et de projet, dans le cadre de leur parcours professionnel. Mais le retour aussi est devenu circulaire: il ne s’inscrit plus dans une vision de retour définitif. Souvent, ces gens disposent de plusieurs nationalités et peuvent se déplacer agilement dans le cadre de leur projet professionnel.

Quelles opportunités s’offrent à eux lorsqu’ils rentrent? Quels secteurs embauchent le plus ce type de profils?

Beaucoup d’opportunités s’offrent aux compétences marocaines lorsqu’ils rentrent au pays. Le secteur de l’automobile par exemple est en forte croissance, surtout avec les projets Renault et récemment PSA qui recrutent aujourd’hui plusieurs profils, de même que les sous-traitants de l’écosystème automobile. Nous avons aussi les domaines de l’offshoring, des systèmes d’information (SI) et de l’informatique, qui sont en pleine croissance avec de belles opportunités pour les jeunes diplômés mais aussi pour ceux qui disposent de plusieurs années d’expérience. Aujourd’hui, plusieurs projets SI d’envergure sont sous-traités aux filiales marocaines d’entreprises françaises, ce qui offre des opportunités intéressantes d’apprentissage. Enfin, le secteur des énergies renouvelables, la banque et la finance, surtout avec le développement du secteur au-delà du Maroc dans plusieurs pays africains, offrent des opportunités intéressantes, notamment pour l’expatriation en Afrique.

Quels conseils donneriez-vous à ces jeunes diplômés ou cadres lorsqu’ils rentrent au Maroc?

La majorité des recruteurs l’atteste: une expérience à l’international valorise une candidature. Ouverture d’esprit, autonomie, adaptabilité, enrichissement culturel et progrès linguistique sont autant d’atouts à mettre en avant, aux côtés des compétences techniques et des connaissances de marché acquises pour renforcer la chance devant les recruteurs. Il faut néanmoins s’attendre à des salaires relativement moins élevés par rapport à ceux qui sont donnés a l’étranger. L’idée, c’est de regarder le package offert en globalité, pas uniquement le salaire.

Certains, déçus de leur retour au Maroc, envisagent de repartir à l’étranger. Quels sont, selon vous, les principaux motifs qui les poussent à repartir? Et que faudrait-il faire pour inciter ces jeunes à rester au Maroc?

Les motivations de ceux prêts à s’expatrier ne sont pas d’abord pécuniaires. Leurs priorités consistent à accéder à une qualité de vie plus confortable, à une évolution de carrière plus intéressante et à un meilleur environnement de travail. Comme vous le savez, le retour au Maroc n’est pas toujours une réussite, car beaucoup trouvent de la difficulté à s’adapter au milieu de travail ou à accéder à un logement de haut standing. De même, la cherté de la scolarité des enfants et les difficultés de lancer des projets au Maroc à cause de l’administration peuvent être des freins. Les jeunes générations sont encore plus exigeantes. Elles sont plus portées sur l’équilibre entre vie privée et professionnelle, à la recherche d’un cadre stimulant et en quête de liberté et de flexibilité, elles ont du mal à s’intégrer dans le cadre local. Il faut donc une réelle politique et stratégie pour accompagner le retour de ces talents au Maroc.