ALGÉRIE
15/04/2019 12h:17 CET | Actualisé 15/04/2019 13h:30 CET

Hamrouche salue le "hirak impressionnant" et met en garde contre "l'illusion" de la solution constitutionnelle

AFP via Getty Images

L’ancien chef du gouvernement Mouloud Hamrouche a estimé lundi 15 avril 2019 que dans le contexte de la crise actuelle, l’armée algérienne doit permettre l’émergence de véritables institutions pour se prémunir d’être impliquée politiquement.

“Le commandement militaire doit maintenant contribuer à l’achèvement de la l’édification de l’Etat-nation, à l’élaboration d’une constitution et à la mise en place d’institutions qui possèdent réellement les pouvoirs d’autorisation, d’habilitation et de contrôle. Elles pourront mettre définitivement l’armée à l’abri des conflits politiques partisans et de toute instrumentalisation comme base de pouvoir politique ou comme outil dans la main de quiconque”, a expliqué M. Hamrouche dans une contribution publiée dans la presse.

L’ancien candidat à la présidentielle de 1999 est revenu dans cette longue tribune sur le “Hirak impressionnant” qui se poursuit depuis le 22 février 2019, le qualifiant d’une “révolution pacifique et ferme contre le système et contre les années de blocage et de dégradation sociale et politique et de recul dans le domaine des droits et de la citoyenneté”. 

Mouloud Hamrouche, qui a sèchement fermé la porte fin mars à tout rôle politique qu’il pourrait jouer, estime que c’est une “illusion” de se limiter à la solution constitutionnelle appuyée par l’armée, à savoir la démission de Abdelaziz Bouteflika, la désignation d’un chef de l’Etat par intérim et l’organisation d’une présidentielle dans 90 jours.

“Les illusions de ce genre pourraient nous empêcher de prendre en compte les précieuses leçons de nos expérience historiques et qui nous a conduit là où nous sommes aujourd’hui et nous faire oublier de ruineux gaspillages, en temps, en ressources humaines et financières”, a affirmé l’ancien chef de gouvernement.

Concevoir l’édification de l’Etat-nation uniquement sous la perspective de préserver l’armée serait “fâcheux”, selon M. Hamrouche. Il estime que la construction de véritables institutions servira à “ancrer la démocratie et la faire fonctionner, ouvrir le gouvernement à la compétition et à l’alternance sans remise en cause des fondements de l’Etat et du rôle de l’armée, ni perturber le système de défense et de sécurité nationales, ni remettre en cause ou négliger nos devoirs et engagements internationaux”.

Aussi, explique le chef du gouvernement réformateur de 1989, une démocratie fonctionnelle ne peut pas exister sans la consolidation de l’Etat national. 

“Il faut que les règles d’accès, d’exercice et de contrôle soient identifiées et affichées pour qu’elles soient respectées. C’est pourquoi il est urgent de commencer par identifier les rôles et les missions de l’Etat qui ne feront pas l’objet de disputes ni de compétitions à l’avenir”, a-t-il expliqué. 

Cela passe par le rétablissement de la norme légale pour que l’Etat puisse imposer sa force légale à tous. Comment? “Pour pouvoir prétendre modifier et remplacer des pratiques et des habitudes en vigueur, il faut les identifier, les corriger et les imposer”, indique M. Hamrouche. 

Remplacer ces pratiques de fraude, de cooptation, d’allégeance et de délégation d’exercice du pouvoir, par des normes et des règles est une opération “plus importante et plus difficile mais plus efficace que le changement d’hommes”, préconise-t-il.

“A la condition qu’elle se déroule sous l’œil vigilant d’une vraie justice, de militants du projet Algérie et de la démocratie, de la presse, de citoyens et de l’opinion”, explique M. Hamrouche. 

“Les semaines à venir seront critiques et décisives pour démontrer si les élites politiques seront capables d’aller de l’avant en mettant à l’abri l’Etat et l’armée par le développement de vrais instruments et mécanismes d’une démocratie gouvernante et d’un vrai contrôle par de vraies institutions et de vrais élus”, a-t-il indiqué.