TUNISIE
14/08/2018 12h:25 CET | Actualisé 14/08/2018 12h:50 CET

Hamma Hammami regrette la demi-mesure de Béji Caid Essebsi et tire à boulets rouges sur Ennahdha

“Sa référence n’est donc pas la Constitution, ni l’intérêt des femmes, ni faire avancer la Tunisie” affirme-t-il expliquant que le président de la République avait peur de la réaction d’Ennahdha.

Invité de la radio Shems FM, le porte-parole du Front Populaire Hamma Hammami a tiré à boulets rouges sur Ennahdha et sur le président de la République Béji Caid Essebsi après son discours du 13 août, au cours duquel il a lancé l’initiative de réformer la question de l’héritage au sein du Code du Statut Personnel.

“La majorité des femmes travaillent aujourd’hui et on discute encore de leurs droits (...) Je trouve cela étrange qu’au 21ème siècle, nous soyons encore, dans les pays arabes, en train de débattre de la question de l’égalité, qui est déjà enracinée depuis le 19ème chez d’autres peuples” a-t-il débuté avant d’ajouter que “cela montre que les valeurs de l’égalité, de la dignité et de la liberté ne sont encore entrées dans notre culture”

Rappelant le communiqué de son parti qui a soutenu le rapport de la Colibe et la participation de nombreux militants et militantes du Front à la manifestation du lundi, il déplore la demi-mesure de Béji Caid Essebsi.

“Le président de la République était confus, hésitant, tremblant dans son discours parce qu’il (...) était prisonnier de calculs politiques” dit-il citant en exemple “le travail d’une année” réalisé par la Colibe qu’il “a mis de côté” pur ne retenir qu’une partie du rapport.

“Notre peur dès le départ au Front Populaire était, que sous la pression populaire, du parti Ennahdha ou d’autres, les principes généraux des libertés (...) soient inscrits dans la Constitution mais qu’ensuite ils se concrétisent pas. Et c’est ce qui est en train d’arriver” regrette Hammami.

Concernant l’initiative présidentielle sur l’égalité dans l’héritage, Hamma Hammami déplore: “D’un côté, le président dit que la Constitution est claire, de l’autre, il s’arrête à la moitié du chemin”.

“62 ans après le Code du statut personnel, on se retrouve avec une moitié de solution. Oui, c’est un pas en avant mais la raison de cette moitié de solution, c’est les calculs politiques. Pendant 3 à 4 minutes, le président n’a fait que parler d’Ennahdha” a-t-il indiqué.

“Sa référence n’est donc pas la Constitution, ni l’intérêt des femmes, ni faire avancer la Tunisie” affirme-t-il expliquant que le président de la République avait peur de la réaction d’Ennahdha.

Selon lui, le problème de la solution proposée par Béji Caid Essebsi est que “les Tunisiens ne seront pas obligés par les mêmes lois” expliquant que certains appliqueront l’égalité tandis que d’autres appliqueront la loi actuelle issue de la Chariaa.

 

“Ce qui a manqué au président, c’est sa volonté de se cramponner à la Constitution” Hamma Hammami

 

Et cela s’explique par le fait que le président de la République, ne soit pas lui même convaincu par une telle initiative selon lui: “Je me rappelle très bien en 2016, lors du 13 août quand les femmes manifestaient pour l’égalité dans l’héritage, il leur avait répondu que ce n’était pas le moment”.

“Ce qui manque, c’est sa profonde conviction sur la question de l’égalité”.

Concernant la position d’Ennahdha, Hamma Hammami appelle les Tunisiens ”à ouvrir les yeux sur l’hypocrisie et les faux semblants” arguant notamment le fait que les députés d’Ennahdha aient voté en mai dernier sur l’adhésion de la Tunisie au protocole additif à la Convention Africaine des Droits humains et des peuples concernant les droits des femmes qui dispose clairement l’égalité dans l’héritage ente femmes et hommes.

“Je veux qu’on m’explique. Au parlement, on adopte l’égalité dans l’héritage, pour l’image de la Tunisie à l’étranger, mais quand la question se pose au niveau national, là plus personne ne soutient” a-t-il fustigé.

“Beaucoup de personnes dont Béji Caid Essebsi, ne savent pas réellement ce que sont ces mouvements comme les frères musulmans, ces mouvements islamistes et généralement ces mouvements tyranniques et fascistes. Ce sont comme des toupies, elles ne font que tourner et changer d’avis. Ils ont un but stratégique qu’ils veulent atteindre” décrypte le porte-parole du Front Populaire.

Selon lui, “Ennahdha ne renoncera pas à la mise en place d’un État tyrannique ayant une connotation religieuse mais la situation aujourd’hui lui impose de faire un pas en arrière, et elle l’a fait. Sauf qu’après, elle va de nouveau attaquer quand la situation le permettra”.

Il a ainsi affirmé qu’Ennahdha a participé à lancer les manifestations anti-colibe, dont celle organisée samedi: “Allez sur les réseaux sociaux et vous verrez!”

Le président de la République Béji Caid Essebsi a affirmé lundi, en marge la journée de la femme tunisienne, qu’une proposition de loi modifiant les dispositions du code du statut personnel relatives à l’héritage sera présentée dans les plus brefs délais par la présidence de la République à l’Assemblée des représentants du peuple.

Une proposition qui n’a pas manqué de faire réagir, notamment du côté d’Ennahdha. Estimant que ce n’était pas le moment pour une telle initiative, le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha Abdelkrim Harouni a lancé lé débat sur l’interprétation de la Constitution en affirmant que Béji Caid Essebsi a “interprété” la Constitution, une interprétation jugée différente de celle d’Ennahdha.

 

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