MAROC
06/08/2018 18h:12 CET

Hamidine propose au RNI de quitter le gouvernement "de son plein gré"

"C'est mon avis personnel!"

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CRITIQUE - “Mon idée est toute simple, elle ne relève d’aucun courage exceptionnel”. Abdelali Hamidine, un des leaders du PJD, qualifie ainsi au HuffPost Maroc l’idée qu’il a partagée sur sa page Facebook. Dans son post, il pose, en prélude, une question: “Quel intérêt pour le Maroc de maintenir le RNI dans le gouvernement?” La réponse que développe le leader PJDiste, ensuite, exprime sa conviction que le RNI représente “un fardeau” pour la majorité gouvernementale dont “la crédibilité et l’efficacité” attendues se sont révélées être une “illusion citoyenne”.

Rappelant les turbulences qu’a connues la constitution du gouvernement avant de prendre forme “sous les conditions de Aziz Akhannouch”, Hamidine estime que les rêves et les ambitions prématurés de ce dernier sont désormais “finis”. 

L’heure du changement a sonné, soutient donc le responsable politique qui légitime sa critique par la préoccupation que suscite le contexte actuel. “Notre pays vit une crise politique et sociale en ce moment et les développements survenus récemment ne peuvent nous laisser insensibles”, nous confie-t-il. Et ces développements concernent, d’abord, le boycott populaire qui a ciblé certaines sociétés comme Afriquia dont le patron est Aziz Akhannouch. Aux yeux de Abdelali Hamidine, ce boycott est un signal fort qui traduit “le vaste refus social de marier la fortune au pouvoir”.

Au boycott vient de s’ajouter le limogeage par le roi Mohammed VI, le 1er août, du ministre de l’Economie et des Finances, le RNIste Mohamed Boussaid, après consultation du chef du gouvernement. Un limogeage qui intervient “conformément aux dispositions de l’article 47 de la Constitution”, avait précisé un communiqué du cabinet royal. “Les circonstances ayant permis au RNI de rejoindre la majorité au tout début pour en être un maillon fort ont changé”, estime ainsi le leader du PJD.

Et ce changement devrait, pour Hamidine, offrir au gouvernement l’occasion de tourner la page pour “trouver sa force”. “Le discours du roi à la fête du Trône a mis en place un programme de travail alliant force et réactivité et il est donc nécessaire de se doter d’un gouvernement fort qui sache absorber la pression sociale”, nous assure-t-il. Et d’expliquer que face à cet état des lieux, “le pays a besoin d’un séisme politique fort” basé sur “un remaniement élargi du gouvernement”.

Abdelali Hamidine propose ainsi que le RNI se retire de la majorité de son plein gré et que le processus de remaniement soit enclenché “conformément aux principes de la constitution pour permettre au parti de l’Istiqlal de le remplacer”.

Hamidine estime que le RNI est appelé à faire son “mea culpa” auprès des citoyens et à montrer que “les messages du peuple ont été assimilés”. “Le plus important des problèmes dont souffre ce parti reste celui de joindre fortune et pouvoir”, tient-il à préciser. Et d’ajouter: ”au delà des personnes de Akhannouch et Moulay Hafid Elalamy pour lesquelles j’ai du respect et de l’estime, cette fusion entre l’homme d’affaire et l’homme politique s’avère mauvaise pour le pays”.

L’importance du remaniement tient aussi, pour Abdelali Hamidine, à l’importance de préserver la monarchie et de contenir les manifestations ayant créé une tension sociale sans précédant. Pour agir, la recette, selon Hamidine, est claire. Reste à savoir si le parti de l’Istiqlal (PI) serait prêt à rejoindre la majorité. “Le PI a rejoint l’opposition parce qu’il n’avait pas d’autre choix. Il a été au gouvernement et a souhaité le soutenir avant de rallier l’opposition. Mais, avec Nizar Baraka à la tête du parti, je pense que la majorité y gagnera des compétences et des leaders responsables”, estime-t-il. Et de préciser que l’essentiel reste que le gouvernement soit “politique et fort”.

Pour Hamidine, les priorités ne permettent plus des excuses au gouvernement mais lui imposent d’agir. L’homme critique a tout de suite interpellé son parti suite à son post sur Facebook. Par le même moyen, le numéro 2 du PJD, Slimane El Omrani, a réagi pour préciser que la proposition de son leader n’engage que lui, précisant qu’elle “n’émane pas des institutions du parti”.

Virulent, El Omrani accuse le post de Hamidine d’être “contraire à la charte de la majorité que le PJD a signée” et au nom de laquelle son “camarade Hamidine” préside une commission permanente au sein de la Chambre des conseillers. 

Au HuffPost Maroc, Hamidine ne conteste pas les propos du secrétaire général adjoint dans leur intégralité. “C’est vrai que c’est mon avis personnel qui n’engage pas les institutions de mon parti”, nous déclare-t-il, estimant toutefois qu’il ne s’agit pas d’une violation de la charte de la majorité: “Cette charte stipule la critique constructive et c’est un droit que j’ai exercé pour le bien du gouvernement”.

Autre point que Hamidine conteste, c’est le fait de lier son opinion à la présidence qu’il assure à la tête d’une commission permanente à la 2e Chambre du parlement: “Cette présidence n’a aucun lien avec la charte du gouvernement mais avec la représentativité partielle des groupes parlementaires et leur répartition selon le règlement interne. Et mon élection à la majorité à la tête de cette commission remonte à 2015 avant l’adoption de la charte de la majorité”, nous explique-t-il.

Hamidine assure, par ailleurs, qu’il ne cherche pas à porter atteinte au RNI. “La démocratie offre à tous les partis politiques l’occasion de se construire continuellement”.