MAROC
16/10/2018 17h:00 CET

Hamidine: "Les partis de la majorité ne devaient pas voter pour l'opposition"

L'élection du président de la Chambre des conseillers soulève des questions quant à la cohésion de la majorité.

Abdelali Hamidine/Facebook

OPINION - “C’est une élection sans surprise, mais sans écrasante majorité pour l’élu”. La réélection du président de la Chambre des conseillers, Hakim Benchamach, hier après-midi, n’a pas laissé indifférent Abdelali Hamidine, un des leaders du PJD. Son parti avait décidé, la veille de cette élection, de présenter son candidat Nabil Cheikhi, président du groupe du parti à la Chambre des conseillers. Le secrétariat général du PJD avait agi ainsi suite au retrait du Parti de l’Istiqlal (PI) de sa candidature à ce poste, et pour ne pas laisser Benchamach faire cavalier seul, “ce qui est contraire aux règles d’une compétition démocratique”.

À la fin du vote secret, Nabil Cheikhi n’ a récolté que 19 voix sur les 91 valides, tandis que Benchamach a eu droit à 63. Mais au delà du simple résultat, Abdelali Hamidine soulève plusieurs questions liées au déroulement de l’élection en postant sur sa page Facebook ses impressions avec pour leitmotiv le mot d’ordre du discours royal de la rentrée parlementaire: “responsabilité et travail sérieux”.  

Pour lui, le choix de son parti de présenter un candidat est à la fois “sensé et logique” dans la mesure où il s’inscrit dans le cadre de la “concurrence politique” et assure au parti sa pleine “indépendance”. Au HuffPost Maroc, le leader PJDiste, bien connu pour son franc-parler, met l’accent sur des chiffres “porteurs de messages”. “Sur 120 membres, 28 ont choisi de s’abstenir de voter à cette élection, ce qui est un message en soit”, estime-t-il, soulignant que Benchamach n’a pas remporté l’écrasante majorité avec 63 voix sur 120. “Ce sont les voix de l’opposition et de la majorité à l’exception du PJD et du PPS qui lui ont permis de remporter cette élection”, fait-t-il remarquer avec regret. 

Hamidine ne cache pas sa déception. “Si la majorité n’a pas présenté de candidat commun, elle n’avait pas le droit non plus de voter pour l’opposition”, insiste-t-il, brandissant “un devoir éthique”. “Que les trois partis de la majorité, MP, USFP et RNI, s’accordent à voter pour l’opposition montre simplement que la majorité a un problème”, affirme-t-il. Et d’ajouter que ces partis de la majorité ont créé un obstacle en refusant de proposer leur candidat, mais aussi de voter pour le PJD arguant que ce dernier assure déjà la présidence du gouvernement et qu’il était hors de question de lui accorder la présidence de cette Chambre parlementaire.

Une réaction incompréhensible pour le leader PJDiste qui y voit “une décrédibilisation de la charte de la majorité”. “Nous ne cherchions pas à présider la Chambre des conseillers en présentant un candidat, nous l’avions fait pour qu’il n’y ait pas un seul candidat à l’élection”, tient-il à souligner de nouveau, estimant que cette situation serait devenue une forme “d’allégeance ni plus ni moins pour Benchamach”, si le PJD n’avait pas décidé de se présenter. 

Ce qui semble le plus tracasser ce leader, c’est le choix des partis de la majorité de s’opposer au PJD sans motif apparent. “Ils n’avaient pas à voter tous pour l’opposition. Ils auraient pu le faire mais pas à l’unanimité. Le RNI aurait pu, par exemple, voter seul pour le PAM, alors que le MP et l’USFP pouvaient s’abstenir. Mais, l’état actuel des choses montre que ces partis sont alliés contre nous”, constate-t-il.

Quant à la décision du PI d’assister à l’élection, mais de ne pas y participer, Hamidine affirme que la position du parti de la Balance reste “compréhensible”. “Le PI a retiré son candidat pensant ne pas avoir de grandes chances pour arriver au perchoir et étant dans l’opposition, il ne pouvait pas non plus voter pour nous”, rappelle Hamidine. Et de préciser que “si le PI avait voté pour nous, cela aurait été un message politique fort”.    

Une audace dont le PI n’a pas fait preuve mais que le PJD ne peut pas non plus lui reprocher. “Le problème se trouve dans la majorité. Elle doit se reconstruire quitte à ce qu’on organise des élections anticipées”, affirme avec conviction Hamidine, en annonçant à notre rédaction qu’il travaille en ce moment sur cette question. 

Des élections anticipées s’imposeraient, aux yeux de notre interlocuteur pour qui il est désormais “impossible de continuer ainsi au moment où les discours du roi appellent à des réformes surtout sociales. Le gouvernement qui doit les concrétiser n’est ni homogène, ni d’accord sur les fondements de base”. 

L’élection de Benchamach rappelle à Hamidine un fait similaire qui a eu lieu sous la coupole du Parlement. “Le président de la Chambre des représentants a été élu avec des voix de l’opposition, alors qu’une partie essentielle de la majorité, à savoir le PJD, n’avait pas voté pour lui. C’est là où la panne de la majorité avait commencé”, estime-t-il. Et de confier qu’à ce moment là “le chef du gouvernement de l’époque, Abdelilah Benkirane, aurait dû démissionner, sauf que le contexte politique et régional, notamment le retour du Maroc à l’Union africaine, ne le lui aurait pas permis. Aujourd’hui, on ne peut plus continuer ainsi”.