ALGÉRIE
13/02/2015 09h:06 CET | Actualisé 13/02/2015 10h:06 CET

Hakim Addad: "les habitants de In Salah se battent pour toute l'Algérie"

HuffPost Algérie

Hakim Addad, membre fondateur et ancien secrétaire général du Rassemblement actions jeunesse (RAJ), n’a pas arrêté son militantisme en quittant la direction de son association, pas plus depuis qu’il s’est volontairement retiré de la direction du FFS . Il reprend son bâton de bourlingueur chaque fois qu’il a besoin de se rapprocher des gens pour comprendre ce qui se passe autour de lui. C’est "ma politique", dit il.

Et c’est ce qu’il a fait la semaine derrière. Les sit in des habitants de In Salah contre l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, n’a pas cessé de l’intriguer. Voulant comprendre ce qui se trame, il séjournera quelques jours parmi les protestataires et se fait sa propre idée sur cette opposition citoyenne à l’exploitation du gaz de schiste.

HuffPost Algérie : Pourquoi êtes-vous parti à In Salah ?

Hakim Addad: Je suis parti là-bas pour m’enquérir d’abord de la situation, comprendre les enjeux en étant sur place, en écoutant les gens et en voyant de mes propres yeux ce qui s’y déroule. Je voulais aussi apporter mon soutien à ces gens du Sud qui ont prouvé une telle exemplarité dans la lutte pacifique.

Et qu’avez-vous constaté sur place ?

Le chemin par la route, était en soi intéressant. Il est surprenant de voir que toutes les wilayas que traverse la route qui mène à In Salah sont touchées par une pénurie de carburant. Dans les wilayas du Nord il manquait l’essence, le super, alors que dans celles du Sud le gasoil est introuvable. Tout le monde sait que les moyens de transport de personnes ou de marchandises carburent au gasoil. On a du mal à croire que quelques flocons de neige et ces petites intempéries ont provoqué ces pénuries. Et si la situation est vraiment due aux aléas du climat, c’est que la gestion du pays est plus hasardeuse qu’on ne le pensait.

Jeunes et moins jeunes sont convaincus de la justesse de leur cause. Ils se battent et se disent prêts à défendre leurs choix jusqu’au bout.

Leur organisation rigoureuse et disciplinée est celle qui permet aux gens du désert de survivre à la dureté du climat. La place Sommoud (place de la résistance) est le bon exemple, lieu où se tiennent des rassemblements quotidiens, des assemblées générales de masse, on y mange, on y dort et on tient les lieux dans une propreté qui fait défaut aux meilleures places publiques du Nord.

Quelles impressions vous a laissé le contact avec les protestataires ?

En un mot, respect.

Ils savent de quoi ils parlent. Ils débattent. Ils s’organisent. L’ensemble de la population y est représenté, femmes et jeunes compris.

Face à la condescendance affichée par certains gens du Nord envers nos compatriotes du Sud et ça ne date pas d’aujourd’hui, il faut peut-être rappeler, que les gens du Sud ont fait les mêmes études, les mêmes écoles, les mêmes universités et même bénéficier des mêmes formations à l’étranger. Il faut noter aussi qu’ils ont accès via le net aux mêmes informations. A cela s’ajoute la rigueur et le sérieux naturel des habitants du désert. Ceux-là même qui leur ont permis de survivre dans des conditions extrêmes.

Parmi les animateurs du mouvement et ses acteurs, on trouve des chercheurs, des techniciens, des cadres d’entreprise de pointe dans les hydrocarbures, leur connaissance dans la région étant de ses natifs et leur qualification leur arrogent le droit de parler sur le sujet autant si ce n’est plus que n’importe qui d’autre.

Il faut noter aussi, que les gens ne sont pas fondamentalement opposés à l’exploitation du gaz de schiste. Ils ont une vraie démarche politique et scientifique. Ils demandent qu’on fasse une pause sur ces explorations, un moratoire, le temps d’avoir un débat national dans le calme et la sérénité pour définir les bienfaits et les méfaits du gaz de schiste et des méthodes de son extraction.

Il faut noter que c’est une revendication d’ordre démocratique. Ils prônent, et avec justesse, une autre approche pour la gestion des affaires de la cité commune. Ils disent : arrêtons pour le moment et ouvrons le dialogue pour l’ensemble du pays, pas uniquement pour In Salah. Ils insistent sur le fait que le combat qu’ils mènent et pour tout le pays pas uniquement pour leur région.

Ils posent l’éternelle et épineuse question de la non gestion démocratique en Algérie : la population a-t-elle droit de cité dans les décisions prise en son nom. Ils pensent que non, ils veulent participer à changer cela. Ils ne peuvent qu’avoir mon modeste soutien. Ils prônent "al houkm arachad" (la bonne gouvernance), un beau et juste slogan.

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Une vraie prise de conscience citoyenne ?

Totalement. C’est une prise de conscience nationale pas régionale ni locale. D’autre gens qui se targuent d’être militants de la démocratie devraient en prendre de la graine et se bouger sur cette question pas en solidarité avec le Sud seulement mais pour leur propres intérêts, leur propre devenir. Bien sur rêvons, sans pour autant instrumentaliser cette juste revendication à des fins politiciennes, de sauvegarde ou de prise du pouvoir comme cela risque d’être le cas.

Vous avez donc rallié leur cause…

Je dirais qu’au jour d’aujourd’hui, Hakim Addad voudrait en savoir plus au même titre que les citoyens sur place qui remettent en cause l’exploration et la fracturation de la roche pour en tirer du gaz de schiste.

Une remise en cause qui peut être ponctuelle au regard des connaissances et les données dont on dispose en ce moment.

Donc, aujourd’hui oui, je suis contre les méthodes d’extraction et de fracturation hydrauliques utilisées pour obtenir ce gaz de schiste.

Je pense que c’est cela l’enjeu aujourd’hui, d’autant que l’Algérie n’en a pas besoin dans l’immédiat.

Quand nous en saurons plus et bien mieux, quand les biens faits seront plus nombreux que les risques, que ces derniers soient mineurs, quand un jour notre pays pourrait en avoir besoin et que les décisions passeront par le filtre du débat public et démocratique, à ce moment là, je reviendrais peut être sur ma copie.

Devant l’obstination affichée des pouvoirs publics à poursuivre leurs explorations, quelles seraient les suites à donner à ce mouvement ?

De mon point de vue aucun consensus national si cher à chacun aujourd’hui et si nécessaire ne pourra se réaliser sans écouter ces citoyens dans le Sud et leur revendication. Ces simples gens se battent pour l’avenir, celui de leurs enfants et des notres, celui de leur pays qui est le notre, il faut savoir les écouter, les intégrer.

De ce que j’ai pu constater sur place, ce ne sont pas des va-t-en-guerre, loin de la mais ils sont réellement décidés à se faire entendre.

Malgré le temps passé depuis son début le 31 décembre dernier, le mouvement n’a vraiment pas l’air de faiblir. Bien au contraire. Les wilayas limitrophes de Tamnrasset commencent à rallier la protestation. Ce qui renforce la mobilisation.

Pour les gens de la région, il s’agit avant tout d’une question de santé publique et d’intérêt national et personne ne veut hypothéquer ce capital.

Il est évident que certaines parties tenteront de jouer sur la durée du mouvement et son essoufflement, la manipulation bien sur, la provocation qui ne s’arrête pas, ou encore la « daéchisation» de la région. Mais ces gens mobilisées sont des hommes et des femmes du désert et ont cette ténacité qui leur a permis de survivre à ses différents dangers depuis la nuit des temps.

Je dirai il faut faire attention aux velléités internes et externes à notre pays. Les loups sont toujours à roder autours d’un poulailler.

Ce pays est le nôtre du Nord à l’extrême Sud et nous devons avoir la vigilance, l’intelligence, le devoir pour le sauvegarder tel qu’il est pour nos propres enfants. Non par le silence, non par la parole seulement mais aussi par l’action réfléchie.

Si l’ont ne fait pas attention à cette Algérie qui est nôtre, pour notre propre devenir, ces régions si « mépriser » risquent de finir par porter leur regard ailleurs et envisager d’autres solutions.

Ce n’est pas un hasard si les plus forts mouvements citoyens de ces dernières années en Algérie viennent de ces régions sud. Ces régions réputées pour être calmes et paisibles se rebiffent, c’est un signal alarmant qu’on devrait prendre en considération si l’ont ne veut pas arriver à des catastrophes. Au lieu de regarder le doigts, tous devraient plutôt regarder la lune qui est aujourd’hui du côté de In Salah et ce qui s' y joue.

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