MAROC
10/09/2019 12h:30 CET

Hajar Raissouni: le CNDH fera des "recommandations d’amendement" sur la question des libertés individuelles

Le Conseil national des droits de l’homme s'est exprimé sur cette affaire.

ASSOCIATED PRESS
People stage a demonstration outside a court in solidarity with detained journalist Hajar Raissouni, in Rabat, Morocco, Monday, Sept. 9, 2019. Banners in Arabic read "Free Hajar" and "No to aborting free journalism". (AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

CNDH - Alors que l’arrestation et l’emprisonnement de la journaliste marocaine Hajar Raissouni continue d’alimenter un large débat sur les libertés individuelles et celles de la presse, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) s’est exprimé sur le sujet.

Dans un communiqué publié le 9 septembre, le conseil, qui condamne “les attaques et insultes, de nature discriminatoire, proférées par certains contre la personne concernée”, a annoncé avoir “enregistré les réflexions et positions de l’opinion publique concernant la question des libertés individuelles et de la vie privée”.

“Le CNDH informe l’opinion publique qu’il présentera, au cours des jours à venir, ses recommandations d’amendement du Code pénal, en cours de discussion au sein de la commission de la législation et des droits de l’Homme de la Chambre des représentants”, explique l’organisme. 

Selon le communiqué, le CNDH, qui espère compter sur “le soutien et l’appui des concitoyens”, se référera notamment au paragraphe 1er de l’article 24 de la constitution marocaine, garantissant à toute personne le “droit à la protection de sa vie privée”.

“En espérant que la remise en liberté de Hajar Raissouni et de son partenaire pourra se faire de manière prompte, le CNDH s’attend à ce que les débats et les expressions publiques puissent constituer un tournant mettant fin à l’hésitation des acteurs politiques quant à l’harmonisation du cadre législatif de notre pays avec les dispositions de sa Constitution et l’adaptation de celui-ci aux pratiques sociétales”, continue le communiqué qui conclut en annonçant 
la désignation d’un représentant pour l’observation du procès de Hajar Raissouni et de son fiancé Refaat Amin.

Une annonce faite quelques heures après l’annonce du report du procès de la jeune journaliste au 16 septembre prochain et son maintien en détention.

Ces derniers jours, la jeune femme a obtenu le soutien officiel d’Amnesty International, Human Rights Watch ou encore Reporters Sans Frontières (RSF). Dans un communiqué publié le 6 septembre dernier, le directeur régional de RSF, Souhaieb Khayati, a notamment condamné “l’immiscion dans la vie privée des journalistes et l’utilisation d’informations personnelles pour porter atteinte à leur réputation et à celle des médias pour lesquels ils travaillent”.

Hajar Raissouni a été arrêtée samedi 31 août par la police alors qu’elle quittait le cabinet de son gynécologue à Rabat “où elle s’était rendue d’urgence pour une hémorragie”, affirme sa défense. Selon le contre-examen médical diligenté par la police, que le HuffPost Maroc a choisi de ne pas divulguer par respect pour sa vie privée, la jeune femme aurait subi un avortement. 

“L’enquête en question n’a rien à voir avec la profession de journaliste, mais concerne des actes constituant des infractions pénales au regard du droit pénal, à savoir la pratique de l’avortement, l’acceptation et la participation à des avortements par des tiers et la corruption”, a indiqué le procureur du roi près le tribunal de première instance de Rabat dans un communiqué.

Face aux accusations “d’avortement illégal” et de “relations sexuelles hors mariage”, Hajar Raissouni risque deux ans de prison ferme, rappelle sa défense.