MAROC
13/06/2019 18h:10 CET

Habibi Funk sort de l'oubli un groupe de "gnawa funk" marocain

Un album inédit remasterisé sortira le 12 juillet.

HABIBI FUNK

MUSIQUE - La musique funk marocaine des années 60 sort du placard. Après avoir remasterisé en 2015 un album du “James Brown” marocain Fadoul, le label allemand Habibi Funk s’apprête à dépoussiérer l’opus inédit d’un autre groupe de funk made in Morocco, baptisé Attarazat Addahabia & Faradjallah.

Le groupe fondé en 1968 par le chanteur casablancais Abdelakabir Faradjallah, qui évoluait dans les mêmes cercles que Fadoul, rassemblait 14 membres de la même famille. Ils se produisaient régulièrement sur diverses scènes de la ville blanche dans les années 70, comme le Théâtre Municipal et le stade du Vélodrome.

Leur premier album, “Al Hadaoui”, sortira en version remasterisée le 12 juillet prochain. Il avait été enregistré aux studios Boussiphone à Casablanca en 1972, mais n’est jamais sorti. “Personne ne semble se souvenir de la raison exacte pour laquelle Boussiphone a fini par décider de ne pas sortir l’album”, explique Habibi Funk dans un communiqué.

Ci-dessous, le premier titre de l’album:

Il aura donc fallu attendre près d’un demi-siècle pour que le label Habibi Funk découvre les bobines de l’album grâce à Radio Martiko, un label belge qui collabore avec Boussiphone, et décide de le restaurer.

“Nous ne connaissions rien de ce groupe. (...) Ce que nous savions c’est que la musique était incroyable et vraiment unique”, explique Habibi Funk. “Des sons gnawas étaient combinés avec des guitares électriques funky, des couches très denses de percussions et des voix de femmes rappelant des styles musicaux plus méridionaux que le Maroc”.

Pour comprendre l’histoire derrière ce groupe et cet album, le DJ berlinois Jannis Stürz, fondateur du label Habibi Funk, s’est rendu au Maroc pour mener sa petite enquête. C’est grâce à un chanteur marocain, Tony Day, qu’il a pu retrouver la trace de Abdelakabir Faradjallah.

HABIBI FUNK/DR

Né en 1942, Faradjallah a commencé tôt la musique, notamment grâce à son beau-frère qui ramenait de France quelques instruments. Il s’en est même fabriqué certains qu’il ne pouvait pas se permettre d’acheter, dont une guitare espagnole et une percussion en bois et en peau de mouton.

Pendant les années 50, il se produisait dans des “surprise parties” chez des amis, avant d’écrire ses premières chansons dont “L’gnawi” pour rendre hommage, à sa manière, au patrimoine musical gnawa.

HABIBI FUNK/DR

Son groupe Attarazat Addahabia s’est produit jusque dans les années 90 avec un break de quatre ans pendant les années 80. Le batteur du groupe, un certain Zaki, les avait quittés pendant ce laps de temps après être tombé amoureux d’une jeune fille de Mohammedia que ses compères soupçonnaient de lui avoir fait du s’hor et de l’avoir rendu malade...

En plus d’être musicien, Faradjallah a réalisé quelques affiches de films à la main et il a même aidé Habibi Funk, en 2018, à créer des visuels calligraphiques lors d’une exposition du label à Dubaï.