ALGÉRIE
25/03/2016 08h:02 CET | Actualisé 25/03/2016 08h:03 CET

La boutique de Sid Ali à Riadh El Feth, repère des professionnels de musique

latifa abada

Située à l’office Riadh El Feth, la boutique de guitares richement achalandée égaye l’atmosphère morne de ce lieu.

Si certains penseraient que cette boutique est pour les professionnels, Sid Ali son propriétaire n’a pas cette prétention. "J’ose espérer que depuis son ouverture ma boutique a été le début d’une passion de quelques personnes", lance-t-il amusé.

Mandoline, violon, guitare électrique, Banjo ou encore El-Oud, tous ces bijoux musicaux trônent dans cet espace musical qui ne laisse aucun passant indifférent.

S’ils rentrent timides, évitant tout mouvement brusque, les visiteurs sont rapidement mis à l’aise. Sid Ali les invite à prendre ces belles pièces et même à en jouer. Chose qui ravit les visiteurs du lieu.

Outre les instruments à vendre, la boutique propose, cordes, onglets, médiators, barres, capots, et autres pièces de rechange. "Avec l’usage certains éléments de la guitare sont amenés à être abîmés à l’image des frettes qui sont la petite barrette métallique placée perpendiculairement aux cordes sur le manche d’une guitare. Celle –ci est très demandée donc j’essaie d’avoir toutes les petites composantes de l’instrument de musique pour satisfaire le client", explique Sid Ali.

Mais le clou du lieu, c’est son propriétaire. Sid Ali même s’il n’en joue pas est passionné d’instruments de musique et en particulier de guitares. "Je m’émerveille pour cet objet depuis toujours. Son timbre, son bois, la résonance du son…etc. tous ces détails donnent à cet instrument une identité unique", raconte Sid Ali.

Cette boutique de guitares, a ouvert dans les années 80 à l’office Riadh El Feth. Le frère de Sid Ali y vendait des produits audiovisuels. Quelques années plus tard, Sid Ali propose à son frère de changer la vocation de la boutique est d’y vendre la sonorisation. Le commerce est alors florissant et les deux frères élargissent leur activité à la vente d’instruments de musique à savoir piano, violent et guitares…etc.

Sid Ali ne se contente pas de montrer aux visiteurs les différents instruments dont il dispose, mais s’engage souvent dans un récit qui semble plaire aux visiteurs qui s’y attardent dans la boutique volontiers.

Sid Ali explique que le répertoire de la musique Algérienne dispose d’un riche patrimoine qui est joué d’instruments dont certains puisent leurs origines dans le patrimoine musical algérien. "On doit l’existence du “mandole” au précurseur de la musique chaabie, l’illustre Hadj El Anka qui s’est rendu chez un artisan luthier dans les années 20 et lui a confié qu’il n’était pas à l’aise lorsqu’il jouait avec la mandoline, et lui a demandé de s’inspirer de cet instrument et lui en faire un plus grand. Et c’est ainsi que la mandole a vu le jour", raconte Sid Ali.

Cette histoire lui a été racontée par le chanteur Algérien Abdelmadjid Meskoud, qui est un ami à lui. Cet artiste qu’il considère comme un frère l’a beaucoup initié à la musique. "On avait à peine 17 ans lorsqu’on a commencé avec Abdelmadjid Meskoud à animer des soirées de mariage. Lui était chanteur et jouait la mandole et moi je jouais au târ (instrument de percussion) accompagné d’autres amis qui maitrisaient d’autres instruments. Ensuite nous avons passé notre service militaire ensemble, et pendant cette période, cet artiste m’a appris à identifier en les dénommant les sons musicaux", se souvient encore Sid Ali.

À l’âge de 30 ans, il s’oriente vers la sonorisation et continue à accompagner des chanteurs comme Sid Ali Driss ou encore Bahdja Rahal.

C’est justement cette proximité avec les chanteurs, dit-il, qui lui a permis d’acquérir les connaissances techniques dont il dispose aujourd’hui et qui lui permettent d’identifier un instrument de bonne qualité.

Sid Ali s’approvisionne souvent chez des artisans luthier. El Oud ce vieil instrument qu’il affectionne particulièrement est fabriqué en Algérie par des artisans luthier très talentueux, souligne Sid Ali.

"El Oud est l’ancêtre des Luths occidentaux, il permet l’usage du quart de ton propre à la musique arabe traditionnelle. En Algérie il y le Luth de Tlemcen et de Constantine qui sont assez différent. Il faut savoir que c’est le bois qui détermine la qualité de la guitare et les meilleures sont celles fabriquées de bois noble", précise-t-il encore.

Seulement, l’approvisionnement en instrument de musique demeure difficile, manque de relève chez les artisans luthier et certains gardent jalousement leur savoir raconte Sid Ali. "J’ai eu récemment la visite de Abdelkader Chaou à la recherche d’un mandole, il en a commandé un, il y a 8 mois et ne l’a toujours pas eu".

Dans la boutique de Sid Ali il y a aussi Le Qanun un instrument de forme trapézoïdale avec une tessiture moyenne de trois octaves. Composé de 64 et 82 cordes, l’instrumaliste le pose sur ses genoux pour en jouer. Le rabab est un autre instrument emblématique de la musique arabo-andalouse…etc.

Sid Ali invite souvent des musiciens à jouer avec les guitares de la boutique pour les entretenir. "Plus le bois de la guitare vieillit plus la résonance de la guitare s’améliore", explique Sid Ali.

Prochainement la boutique de Sid Ahmed sera agrandie pour lui permettre d’élargir sa gamme de guitares. "Une cliente est venue la dernière fois à la recherche d’un Qanun, j’ai dû le commander d’Egypte. Ce qui prend un peu de temps. En Ayant plus d’espace dans la boutique, on pourra offrir un meilleur choix à nos clients", confie Sid Ali.

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