MAROC
04/12/2018 11h:49 CET

Guillermo Del Toro: "Le cinéma n’est pas fini, il change"

Guillermo Del Toro fait désormais partie de la liste grandissante des auteurs ayant conclut un contrat avec Netflix.

Dominique Charriau via Getty Images

CINÉMA - Cette année, le Festival International du Film de Marrakech (FIFM) a accueilli Guillermo Del Toro à l’occasion de son nouveau rendez-vous “Conversation with...”. Le réalisateur mexicain oscarisé en 2018 pour “La Forme de l’eau”, a accueilli quelques jours avant son rendez-vous avec le public la presse dans les jardins de la Mamounia. Entretien au cours duquel le cinéaste a raconté sa passion des monstres, sa relation aux sites de streaming ou encore ses futurs projets.

“Le cinéma n’est pas fini, il change”

Guillermo Del Toro fait désormais partie de la liste grandissante des auteurs ayant conclut un contrat avec Netflix. En effet, le réalisateur mexicain, à l’instar de son compatriote Alfonso Cuaron avec “Roma”, ou encore Martin Scorsese avec “The Irishman”, prépare un film pour le géant mondial du streaming, une adaptation en stop-motion du conte “Pinocchio”, qui se déroulera en Italie pendant la montée de Mussolini. Si Netflix inquiète certains distributeurs, notamment français, Guillermo Del Toro est, lui, bien moins inquiet sur la question: “Le paysage cinématographie a énormément changé ces cinq dernières années. Tous les studios sont en train de créer leur plateforme de streaming, ce n’est pas la question d’une entité, du tout.”

“J’ai 54 ans, j’aime les films et je peux vous dire que quand le cinema muet est devenu parlant, tout le monde a dit que c’était la fin du cinéma. Même situation quand la télévision est arrivée. Le cinéma n’est pas fini, il change”, poursuit-il. “Nous avons l’obligation de continuer à raconter des histoires et l’angle le plus important est celui de l’ambition de ces histoires et la liberté qu’on a de la raconter”. Guillermo Del Toro avoue cependant volontiers ne pas être au fait de l’algorithme de Netflix.

Le réalisateur est aussi revenu sur sa carrière, dont les début au Mexique était loin d’être évidents: “Dans les années 80, le cinéma mexicain était brutalement suffoqué. La cinémathèque a pris feu, pour des raison officiellement accidentelles. Il y avait une brutale pression sur cinéma mexicain. Avec Alfonso Cuaron, on travaillait pour d’autres réalisateurs. J’était assistant du réalisateur, responsable des costumes, assistant, designer, je tenais le micro… Nous essayions tous de faire de l’art et ensuite quelque chose est arrivée. Les syndicats on été créés, nous pouvions faire des choses au niveau professionnel.”

 “J’ai commencé à comprendre le monde avec des monstres”

Guillermo Del Toro est revenu aussi sur sa fascination pour les monstres, dont son cinéma est peuplé. “La forme de l’eau”,“Le Labyrinthe de Pan”... Dans les films de Del Toro, ce ne sont pas les monstres les méchants, mais les êtres humains, notamment les figures d’autorité. Le réalisateur vit d’ailleurs littéralement dans une maison peuplée de monstres, entouré notamment de reproductions plus vraies que nature de héros de films d’horreur.

“Je pense que c’est quelque chose de commun chez les enfants. J’ai commencé à comprendre le monde avec des monstres, j’allais à l’église et les saints n’avaient pas de sens pour moi, mais Frankenstein, oui. Certains choisissent la musique, moi, les monstres ”.

Son futur héros, “Pinocchio”, rappelle d’ailleurs à Del Toro une de ses créatures préférée, Frankenstein: “il n’est pas une créature parfaite, c’est un enfant difficile, c’est une créature similaire à Frankenstein. Un être créé par des moyens surnaturels, par un père dont il s’éloigne, et doit apprendre la vie en échouant et souffrant”.

“Il y a une connexion avec lui”, poursuit-il, “en tant qu’enfant, j’ai senti une tension avec la figure de Pinocchio, mais pas de manière joyeuse. Je me demandais pourquoi il ne peut pas être aimé tel qu’il est, une marionnette, pourquoi doit-il devenir un vrai garçon? Pourquoi ne pouvons-vous pas être les enfants imparfaits de parents aimant?”

Quant à l’idée de ne jamais voir son “Pinocchio” sur un grand écran, elle ne suscite aucune inquiétude pour le cinéaste. “J’ai plus peur de ne pas le faire. Pourquoi mourir pour un Dieu qui ne veille pas sur vous?”, conclut Guillermo Del Toro.