MAROC
05/12/2018 10h:20 CET

"Green Book: Sur les routes du sud" ovationné au Festival international du film de Marrakech

Plongée dans l'époque ségrégationniste des États-Unis.

Universal

FIFM - Pas d’hommage, mardi 4 décembre au Festival international du film de Marrakech (FIFM), mais une projection plus qu’attendue: le dernier film de Peter Farrelly (produit cette fois sans son frère Bobby), “Green Book: Sur les routes du sud”.

Une heure avant la diffusion, une queue était déjà formée devant le palais des Congrès par un public pressé de voir ce film biographique sur le pianiste américain Don Shirley. Juste à côté, de nouvelles stars ont défilé sur le tapis rouge pour cette 4ème journée de festival. L’acteur et réalisateur américain Laurence Fishburne, Maduka Funa, l’actrice du film “Lionheart” ou encore Viggo Mortensen, venu présenter “Green Book”, ont foulé le red carpet.

Ce dernier a d’ailleurs pris le temps d’aller serrer la main à tous les curieux installés derrière les barrières. Un geste applaudi du côté du public qui patientait dans le palais des Congrès.

Hommage à Samuel Hadida

A l’occasion des “séances spéciales”, “Green Book: Sur les routes du sud”, succède à la projection de “Roma”, le film d’Alfonso Cuaron produit par Netflix, dans la salle des ministres. “Avant de débuter, nous avons une pensée pour le producteur et distributeur Samuel Hadida, qui nous a quittés il y a quelques jours. Son enthousiasme et ses projets vont nous manquer”, annoncent les maîtres de cérémonie. 

Viggo Mortensen arrive sur scène et ses premiers mots vont également vers le défunt producteur. “J’aime ‘Sami’ pour sa façon d’être, son optimisme. Il était un homme de bien. On a travaillé ensemble pour des films distribués en France. Je me suis toujours senti appuyé et aimé par ‘Sami’”, souligne l’acteur. Avant de conclure: “Bon voyage. Je vais suivre ton exemple, celui de dire oui à la vie et de faire du bon cinéma”. 

En parlant de bon cinéma, Viggo Mortensen enchaîne sur “Green Book: Sur les routes du sud”. “J’espère que vous allez aimer ce film comme je l’aime”, lance-t-il. Et n’oublie pas, au passage, “son copain de tournage”, Mahershala Ali, avec qui il tient le rôle principal.

Un film sur le racisme, inspiré de faits réels

Les films qui se battent contre le racisme et les discriminations sont devenus presque ordinaires. On retrouve souvent la même chute, un “noir” et un “blanc” devenus amis malgré les préjugés. Pour “Green Book”, c’est presque le même schéma. Mais l’histoire est vraie. C’est celle d’un des pianistes les plus talentueux du monde, le noir américain Don Shirley.

Pour le film, Peter Farrelly a choisi un moment très particulier dans la vie de l’artiste. Sa tournée dans le sud des États-Unis (dans les États les plus racistes, les États ségrégationnistes), en 1962, en compagnie de Tony “Lip” Vallelonga, un chauffeur et ancien videur italo-américain qui accepte ce travail bien payé.

Les deux personnages ne se connaissent pas, mais partent sillonner les routes du sud pour deux mois, munis du “Negro Motorist Green Book”, livre qui a donné son nom au film et qui, des années 30 à 60, indique aux afro-américains qui prennent la route les hébergements qui acceptent les “noirs” dans chaque État.

Les premiers temps seront difficiles. Don Shirley est financièrement aisé, porte des tenues soignées, utilise un langage soutenu. Tony, lui, est tout son contraire.

Cet italo-américain qui a passé toute sa vie dans le Bronx fait des paris pour gagner un peu d’argent et ne se lasse pas d’injurier à tout va. Il est également plein de clichés, comme lorsqu’il s’étonne que le pianiste ne connaisse pas Aretha Franklin et n’ait jamais goûté au poulet frit. Mais le voyage n’est pas fini.

“Je suis plus noir que toi. J’ai vécu toute ma vie dans le Bronx, tous mes proches vivent dans le Bronx. Je ne donne pas de concerts à des personnes riches. Ma vie est plus noire que toi”, analyse Tony après déjà plusieurs semaines de voyage. Le chauffeur, un peu raciste au début, commence également à comprendre ce que vit un noir aux États-Unis durant ces années ségrégationnistes. De son côté, loin des réceptions mondaines de New-York, Don Shirley est confronté à deux mondes où il n’est pas accepté: celui des “blancs” de ces États racistes, pour qui il est trop “noir”. Et celui des “noirs” qu’il rencontre en chemin, pour qui il est trop “blanc”.

Ovation pour le long-métrage

Si l’histoire tire parfois sur le drame, “Green Book” a fait rire le public durant toute la projection. Parfois, des applaudissements ont retenti avant-même le générique de fin. Parce que l’histoire de Don Shirley résonne encore dans l’actualité. 

Avant la projection, Viggo Mortensen précisait d’ailleurs qu’il était toujours difficile, aujourd’hui, de proposer des films sur ce thème, mais que “c’est nécessaire. Tous les États doivent s’engager pour lutter contre les discriminations et le racisme. Même si c’est une chose qui existera toujours”. Mais comme le dit si bien le musicien qui accompagne Don Shirley, “le génie ne suffit pas. Il faut du courage pour pouvoir changer les choses”.

Le message est en tout cas bien passé dans le public, debout juste après les dernières secondes du long-métrage, qui a déjà obtenu le prix du public au Festival de Toronto et qui est désormais en lice pour les prochains Oscars.