MAROC
17/10/2019 18h:16 CET

Gracié par le souverain, Dr Belkeziz regrette l'absence de soutien de ses confrères

"C'est honteux!" s'exclame-t-il.

Capture d'écran
Mohamed Jamal Belkeziz

TÉMOIGNAGE - Soulagé mais triste. Le gynécologue Mohamed Jamal Belkeziz, qui avait été condamné, dans le cadre de l’affaire Hajar Raissouni, le 30 septembre, à deux ans de prison ferme et deux ans d’interdiction d’exercice de ses fonctions pour avortement illégal a quitté la prison, hier, après avoir bénéficié de la grâce royale.

En détention depuis son arrestation le 31 août avec la journaliste Hajar Raissouni, le fiancé de celle-ci, et son équipe composée de sa secrétaire et d’un anesthésiste, le gynécologue dit avoir vécu un véritable calvaire. “Ma dignité en a pâti, mais la grâce royale me l’a restituée. Je remercie le souverain”, dit-il, ému, au micro du site arabophone Al 3omk.

Dans un entretien accordé à ce dernier, l’homme dénonce “une injustice dont il a été victime” et regrette surtout de n’avoir pas trouvé auprès des médecins de sa spécialité et du conseil de l’ordre des médecins le soutien auquel il s’attentait. “J’avais siégé pendant près de 6 ans au conseil de l’ordre des médecins de Rabat. Et face à des cas comme le mien, nous constituions un comité d’experts pour établir un constat scientifique qu’on remettait à la justice même si celle-ci ne nous le demandait pas”, raconte-t-il, exprimant son indignation quant à l’absence de l’ordre et de la communauté des gynécologues à l’exception de quelques uns. 

“C’est honteux!”, s’exclame-t-il, amer, rappelant avoir exercé son travail pendant 40 ans avec abnégation et honnêteté. “Jamais au cours de ma vie professionnelle une patiente ne m’a fait de reproche”, tient-il à préciser, estimant que le fait de se retrouver en prison l’a anéanti. “A un moment, j’avais déposé les armes, comme on dit. Aujourd’hui, la grâce royale m’a redonné force”, confie le médecin promettant qu’il n’arrêtera pas son parcours professionnel. “Je vais reprendre, mais pas pour le moment. Je me donne le temps de me reposer et de retrouver ma famille qui a souffert”. 

Sur la condamnation du Dr. Belkeziz, Chafik Chraibi, gynécologue et président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC), avait déclaré auHuffPost Maroc qu’il était “scandaleux d’enfermer un médecin alors que nous avons besoin de médecins pour traiter des gens dehors, leur place n’est pas à l’intérieur des prisons”. Et de regretter, de son côté, que des médecins ne soient pas intervenus pour soutenir leur collègue par “peur d’être mêlés à cette histoire. Ils ne veulent pas attirer des foudres sur eux, et c’est dommage”.

Pour Chraïbi, “les médecins auraient pu constituer un comité avec l’Association des gynécologues, ou la société savante des gynécologues” ou “se manifester comme l’ont fait les quatre associations des médecins, qui n’ont rien à voir avec la gynécologie, à savoir les cardiologues, les endocrinologues, les gastro-entérologues... qui ont sorti un communiqué de solidarité avec le médecin”.