23/12/2015 08h:18 CET | Actualisé 23/12/2015 08h:18 CET

Le gouvernement propose de relever l'âge de départ à la retraite à 63 ans en 2019

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Benkirane propose de relever l'âge de départ à la retraite à 63 ans en 2019

RETRAITES - Le chef du gouvernement a proposé, mardi 22 décembre devant la Chambre des représentants, que l'âge légal de départ à la retraite soit relevé à 63 ans à l'horizon 2019. Ce projet de réforme, présenté par le gouvernement et discuté à plusieurs reprises depuis un an, se fera de manière progressive, comme l'avait indiqué au HuffPost Maroc une source au sein du cabinet de Abdelilah Benkirane début novembre.

L'âge de départ à la retraite sera ainsi relevé à 61 ans à partir du 1er janvier 2017, puis à 62 ans à partir du 1er janvier 2018 et enfin à 63 ans à partir du 1er janvier 2019, a confirmé Benkirane lors de la séance mensuelle relative à la politique générale du gouvernement.

"Trois ans après l'entrée en vigueur de cette réforme, l'autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale procèdera, sur la base de la nouvelle évaluation de la situation financière des pensions civiles, à la présentation des recommandations appropriées", a précisé le chef du gouvernement, ajoutant que "suivant cette même logique, l'âge de la retraite anticipée passera de 15 à 18 ans (de service effectif) pour les femmes, et de 21 à 24 ans pour les hommes".

Augmenter les cotisations, baisser les pensions…

Outre le relèvement de l’âge minimum de départ à la retraite, le projet de réforme propose d’augmenter les cotisations et de baisser les pensions de retraite. Il s’agit de relever la contribution de l'Etat et des affiliés à raison de 4 points chacun durant quatre ans à compter de la date de la réforme et d'adopter, progressivement pendant quatre ans à partir du 1er janvier 2017, le salaire moyen des huit dernières années de travail comme base de calcul de la pension.

Il est aussi question de baisser le ratio d'annuité pour le calcul des pensions de 2,5% à 2% pour tous les droits qui seront acquis à compter du 1er janvier 2017, et de relever progressivement pendant 3 ans, à compter de l'entrée en vigueur de la réforme, le seuil minimal des pensions civiles et militaires et le régime collectif d'allocation de retraite (RCAR) de 1.000 à 1.500 dirhams par mois.

Principal argument avancé par Benkirane: "l'amélioration constante de l'indice de l'espérance de vie de la population, qui impacte négativement les équilibres budgétaires de ces régimes en prolongeant la période d'allocation des retraites". Au Maroc, 3,3 millions de personnes ont plus de 60 ans, soit environ un dixième de la population. Selon les prévisions du rapport "Global Age Watch" établi par l’ONU et l’ONG HelpAge début septembre, les personnes âgées devraient représenter 15,1% de la population en 2030 et 23,4% en 2050.

Pour appuyer sa proposition, le chef du gouvernement a d’ailleurs rappelé que l'âge de départ à la retraite est fixé à 67 ans en Allemagne, à 66 ans au Portugal, en Italie et en Irlande et à 65 ans en Espagne, en Slovénie ou en Pologne.

Grogne syndicale

La réforme des retraites est le principal point de discorde entre les syndicats et le gouvernement. Les quatre principales centrales syndicales ont récemment organisé plusieurs grèves et manifestations. Dernière date: la grève du 10 décembre contre la gestion du dossier de la réforme des retraites par l'Exécutif. "Le gouvernement fait ses réformes sans impliquer les partenaires sociaux et ceci est contraire à la Constitution de 2011", indiquait au HuffPost Maroc Abderrahim Ikbal, de l’Union marocaine du travail (UMT).

L'UMT recommande notamment de prendre en compte la pénibilité du travail, de faire en sorte que le prolongement de la durée du travail soit facultatif et que cette réforme englobe toutes les caisses, notamment dans le secteur public. Les syndicats ne sont pas prêts à baisser les bras: selon Abderrahim Ikbal, ils pourraient organiser une nouvelle grève en janvier si leurs revendications ne sont pas entendues par le gouvernement. Une grève qui devrait concerner cette fois les secteurs privés et publics.

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