MAROC
30/10/2018 17h:50 CET | Actualisé 30/10/2018 18h:27 CET

GMT+1: Sur fond de communication ratée, PwC et le ministère se rejettent la faute

"“En interne, nous ne sommes pas surpris de l’écho négatif de cette réforme".

sasun1990 via Getty Images

ÉCONOMIE - La décision du gouvernement a “accusé un retard qui a suscité un certain embarras et plusieurs réactions”. La sortie médiatique du chef du gouvernement, suite au cafouillage qu’a créé le maintien surprise de GMT+1, en dit long sur la situation. 

Qu’est-ce qui a poussé le Conseil de gouvernement du 26 octobre à adopter de façon si précipitée le projet de décret n°2.18.855 relatif à l’heure légale? Selon nos informations, au vu de la surmédiatisation de l’affaire, deux parties se renvoient la balle. Le cabinet d’audit PwC, en charge de l’étude d’impact qui a motivé la décision de changement, d’une part, et le ministère de la Réforme de l’Administration et de la Fonction Publique d’autre part. 

Contacté par le HuffPost Maroc, une source chez PwC Maroc assure avoir livré les résultats dans les délais impartis. “Nous avons livré nos résultats mi-septembre et conseillé au ministère de l’Administration de mener une campagne de communication en amont, afin de préparer l’opinion publique au changement et de mettre en avant les avantages socio-économiques d’une telle décision”.

“Nous préconisions également d’expliquer le plus clairement possible qu’il ne s’agit pas d’un maintien de l’heure d’été mais bien d’un changement de fuseau horaire que le royaume opère, avec tout ce que cela implique”, poursuit notre source sous couvert d’anonymat. “En interne, nous ne sommes pas surpris de l’écho négatif de cette réforme, bien que nous soyons intimement convaincus de son bien-fondé. Nous avons été chargés de l’étude, nous n’avons malheureusement pas la main sur l’application et c’est là que le bât blesse”, regrette encore notre source.

Une décision motivée par... 

Selon Saad-Eddine El Otmani, “cette décision est liée à la consommation d’énergie”. “Le passage à un nouveau fuseau horaire permettra d’économiser 240 millions de DH par an de facture énergétique”, argumente le chef du gouvernement. 

D’autre part, “un des volets de l’étude portait sur les quatre changements d’heure par an. Plus de 60% des Marocains sondés assurent y être opposés. Les Marocains préfèrent qu’il n’y ait aucun changement d’heure tout au long de l’année”, assure au HuffPost Maroc Mohamed Benabdelkader, ministre délégué chargé de la Réforme de l’Administration et de la Fonction publique. Une source anonyme au ministère de Benabdelkader assure toutefois que le gouvernement est quasi sûr des retombés bénéfiques de ce changement, bien qu’il reconnaisse que l’annonce aurait pu être mieux gérée.

L’alignement du royaume sur les fuseaux horaires de partenaires économiques comme la France a également joué un rôle dans l’adoption de cette mesure. “Le Maroc a décidé de miser sur des métiers mondiaux. L’adoption permanente de GMT+1 est un avantage pour des secteurs devenus clés pour le royaume tel que l’aéronautique ou l’automobile”, poursuit notre source.   

Être sur le même fuseau horaire que la France, l’Espagne, ou encore l’Algérie et la Tunisie ne servira donc plus à réaliser des économies d’énergie, mais à opérer une intégration économique avec les partenaires traditionnels du pays, France et Espagne en tête.

Crise de communication

Comme sur le dossier du service militaire, nombre de Marocains ont pointé du doigt une absence de consultation des citoyens et une prise de décision hâtive. Concernant le changement de fuseau horaire, le modus operandi et la communication tranchent avec ceux employés par la commission européenne. Cette dernière a lancé une consultation publique sur le changement d’heure chaque été et chaque hiver. Une enquête organisée à la suite de plusieurs demandes du Parlement européen et de pétitions citoyennes en faveur de la suppression du changement d’heure.

Si certains médias occidentaux juge la participation limitée avec “seulement” 4,6 millions d’Européens ayant donné leur avis, le taux de participation est le plus élevé jamais enregistré pour une consultation publique de la commission. À noter qu’une majorité des États membres souhaite une suppression “très rapide” de l’heure d’été. La mesure devrait vraisemblablement être adoptée en 2021, estime Jean-Claude Juncker, président de la Commission.