MAROC
18/06/2019 17h:51 CET

GMT+1: L'impact sur le corps reste limité, selon un rapport d'évaluation ministériel

Une heure de soleil en plus pour le bien des citoyens.

Doucefleur via Getty Images

RAPPORT - Impact négatif sur la santé, mais seulement aux premiers jours du changement d’heure. L’adoption du GMT+1 semble avoir plus de points positifs que négatifs, à en croire le rapport d’évaluation d’impact menée par le ministère de la Réforme de l’administration et de la Fonction publique sur la période allant d’octobre 2018 à mars 2019.

Le ministère explique avoir consulté des médecins avant d’arriver à la conclusion que “certaines fonctions du corps humain sont impactées négativement durant les premiers jours suivant le changement d’heure”. Et de préciser que cet impact touche “en premier le sommeil, soit l’horloge biologique de l’organisme, ce qui suscite différents troubles de santé”. Le rapport n’apporte pas de détails sur ces derniers, mais il est à souligner que le sommeil stimule une série de mécanismes biologiques dans l’organisme, dont la division cellulaire ou encore la fabrication de protéines. 

A ce trouble du sommeil s’ajoutent “d’autres risques sur le cœur, les vaisseaux sanguins, la tension... au cours des premiers jours suivant tout changement d’heure surtout chez les enfants et les personnes âgées”, indique ce rapport. Et de rassurer qu’à “l’exception de ces premiers jours, le rendement du corps humain n’est pas censé s’altérer par une heure de plus ou de moins puisqu’il s’adapte au changement des saisons”. 

Pour les fonctionnaires et salariés, le rapport rappelle que le gouvernement avait mis en place une flexibilité afin de leur permettre de remplir leur mission tout en s’adaptant à l’horaire d’été. Mais la gestion des horaires dans les administrations publiques n’a pas donné lieu à des notes d’orientation sur les modes d’application de cette flexibilité, relève le rapport. Il n’est pas possible non plus, pour le moment, de mesurer l’impact de l’adoption de l’horaire d’été dans les administrations “en l’absence de données sur terrain”, ajoute ce document, précisant que les systèmes de contrôle de présence (pointage) ne sont pas généralisés à toutes les administrations.

Toutefois, le rapport assure que l’horaire d’été représente un avantage pour les citoyens actifs en leur permettant de disposer “du troisième temps”. GMT+1 équivaut donc à “une heure de soleil en plus” chaque jour, souligne cette évaluation qui affirme que le fait d’adopter le même horaire toute l’année apporte une stabilité sociale.

Et cette stabilité est également constatée au niveau des moyens de transport urbain, mais aussi aérien et ferroviaire. Le changement d’heure, lui, suscite des turbulences aux conséquences onéreuses surtout dans le transport aérien nécessitant des changements de billets, la mobilisation d’équipes spécialisées et la prise en charge des clients touchés, tient à souligner ce rapport.

Mais à l’école, cette stabilité est loin d’être acquise. L’évaluation menée dans six établissements dans différents horizons constate une hausse d’absence des élèves au cours des premières semaines suivant l’adoption du GMT+1, estimant que les protestations observées à l’époque en sont à l’origine.    

Ne relevant aucune différence par rapport aux précédentes années scolaires, le rapport précise, cependant, qu’après l’adoption de l’horaire d’été, une marge de retard a été accordée aux élèves durant l’hiver dans différents établissements scolaires. Et de recommander le renforcement des mesures d’accompagnement de l’entrée en vigueur du GMT+1 notamment en assurant l’éclairage public et le transport scolaire dans le milieu rural. 

Quant au secteur énergétique, le bilan du GMT+1 ne laisse aucun doute sur son impact 100% positif. Selon le rapport, le pic de la demande en énergie a baissé de 110MW. Une économie supplémentaire d’énergie en hiver a atteint 37,6 GW/h, soit 0,3% de la consommation nationale annuelle. Et d’ajouter que l’économie de consommation de carburants a permis d’épargner une dépense de 33,9 millions de dirhams au cours de cette période. Quant à l’environnement, l’étude annonce la réduction d’émissions de CO2 pendant la période hivernale de 11.444 tonnes.

La valeur ajoutée sectorielle ne subit aucune altération. L’horaire d’été semble même bénéfique pour les filiales opérant dans l’offshoring mais aussi pour la croissance économique grâce à une demande intérieure qui a connu une augmentation de 2% au dernier trimestre de 2018.

Mais pour que cet horaire puisse démontrer toute son efficacité, des efforts doivent être consentis à différents niveaux, estime le rapport. Ce dernier recommande ainsi que les mesures de flexibilité des horaires de travail dans la fonction publique soient mieux détaillées et plus ciblées et qu’une évaluation périodique soit réalisée durant les 5 prochaines années.

Pour l’enseignement, il est recommandé que des horaires scolaires fixes soient adoptés pour toute l’année scolaire et les cycles. Les emplois de temps doivent, eux, être établis selon toutes les formules existantes. 

Autres recommandations: le renforcement de l’éclairage public dans le milieu rural en veillant sur l’entretien technique et la généralisation de la détection automatique de luminosité. Les fonctionnaires des administrations publiques doivent, eux, être soumis au système de pointage afin que la continuité des services publics ne soit pas interrompue par la flexibilité des horaires.

Et pour réussir ces objectifs, une meilleure communication autour de l’horaire adopté et/ou tout changement éventuel dans les différents domaines s’impose. C’est ce que conseille cette étude estimant que cette action doit intervenir de manière proactive. Le gouvernement aurait retenu la leçon? Le conseil de gouvernement du 26 octobre a adopté de façon précipitée le projet de décret n°2.18.855 relatif à l’heure légale. Le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, avait d’ailleurs reconnu que cette décision a “accusé un retard qui a suscité un certain embarras et plusieurs réactions”. Et parmi celles-ci, les citoyens avaient pointé du doigt une absence de consultation et une prise de décision hâtive. L’étude d’impact qui devait servir d’argument légitimant l’adoption de l’heure d’été a, elle, pris plusieurs mois avant qu’un résumé en soit dévoilé une dizaine de jours après l’entrée en vigueur du GMT+1.