ALGÉRIE
06/11/2018 11h:52 CET | Actualisé 06/11/2018 11h:59 CET

Gilles Manceron appelle la France à lire l’histoire de son passé colonial

Archives/ Biblio

L’Historien français Gilles Manceron a appelé une nouvelle fois la France à regarder son histoire en face pour les exactions et les “crimes de guerre”, qu’elle a commis durant les 132 années de domination de l’Algérie.

Invité de la rédaction de la chaine 3 de la Radio Algérienne, il estime que “pour tourner la page” il faudrait que la France lise l’histoire de son passé colonial “afin de régler ce contentieux historique avec l’Algérie” et d’autres pays à avoir été dominés par elle.

Pour lui, cette reconnaissance devrait permettre “une ère nouvelle, une normalisation” des relations, chose, dit-il, qui ne pourrait véritablement se faire, “tant qu’il n’y a pas une reconnaissance complète du crime qu’a été la colonisation”.

Parmi les crimes de guerre commis en Algérie “par la République Française”, Gilles Manceron mentionne la “pratique organisée de la torture”, de même que les disparitions et assassinats “dissimulés”, laissant des familles dans l’ignorance de ce qui est arrivé à leurs proches.

De la récente reconnaissance du meurtre, par l’Armée Française, du militant anticolonialiste, Maurice Audin, l’intervenant la considère comme un premier pas, “très tardif”, mettant fin à 61 ans de “mensonges d’Etat”, en même temps qu’une reconnaissance de la “pratique organisée de la torture” en Algérie.

Commentant, par ailleurs, le “décompte” fait par l’ancien préfet d’Alger, Paul Teidjen, à propos de la disparition “brutale” de plus de 3.000 Algériens, durant la seule Bataille d’Alger, il souligne que ces derniers attendent qu’on mette enfin des noms sur leur visage. Il signale, à cet effet, qu’un site internet dénommé 1000autres.org, reçoit régulièrement des quantités de témoignages et de photographies qu’il met en ligne.

Pour cet l’historien, il y a nécessité pour les chercheurs, Français et Algériens, d’avoir accès aux archives, aux fonds, ainsi qu’aux témoignages de soldats, auxquels l’Armée Française a imposé une “consigne de silence”. “Il y a, dit-il, des appelés qui ont découvert des choses qu’ils ne soupçonnaient pas” et dont les Français sont encore ignorants.

Pour ce militant de défense des Droits de l’Homme, la colonisation comme ”œuvre civilisatrice” et de diffusion de la “civilisation” a été un mensonge, un discours “falsifié”. La belle devise de la Révolution Française, “Liberté, égalité, fraternité”  n’a, signale-t-il, pas été mise en pratique dans les colonies, notamment pour ce qui concerne l’Algérie.