ALGÉRIE
09/07/2015 10h:27 CET | Actualisé 09/07/2015 14h:46 CET

Le CPP de Radio M au chevet de Ghardaïa: la grande défaillance de l'Etat (VIDÉO)

Au lendemain des violents affrontements à Ghardaïa qui ont fait 22 morts et une centaine de blessés en 72 heures, le constat du Café presse politique (CPP) de Radio M, enregistré mercredi 8 juillet, est sans appel : L’Etat est défaillant.

"Instruments archaïques", "déliquescence","incompétence", les qualificatifs étaient sévères, ce mercredi, au CPP pour dénoncer l’incapacité du régime à prendre en charge et à régler la situation explosive dans la vallée du M’zab.

"Le fond du problème est une vraie défaillance de l’Etat dans tous les sens du terme, que ce soit au niveau de l’aménagement du territoire, de la mise en action effective des forces de l’ordre, etc", a d’emblée pointé Saïd Djaafer, directeur du Huffington Post Algérie.

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Cette incapacité du régime s’accompagne d’une incompréhension générale, ont relevé les intervenants du CPP présenté par Khaled Drareni

"Il faut avoir l’honnêteté de le dire : on est tous gênés car ce qui se passe à Ghardaïa, on ne le comprend pas réellement", a déclaré Saïd Djaafer en dénonçant les visions manichéennes des médias : "le pauvre mozabite agressé par l’arabe, dans la presse francophone, l’inverse dans la presse arabophone".

Rappelant que l’éclatement de la flambée de violence est intervenue, quatre jours seulement après la visite à Ghardaïa du ministre de l’Intérieur, Nouredine Bedoui, un enfant du Sud originaire de Ouargla, les journalistes du CPP ont relevé l’obsolescence des vieilles méthodes de gestion via les clientèles.

"Les mêmes clientèles, mozabites ou chaambi, n’ont plus prise sur des jeunes qui sont dans une forme de radicalisme éthniciste, très violent", a affirmé Saïd Djaafer.

"Nous sommes dans une société qui est en train d’exploser", a renchéri Abed Charef, journaliste free-lance, "elle vit sous l’emprise de la tradition, plus la religion et à côté il y a un salafisme puissant qui est en train de s’imposer et une modernité avec un développement extraordinaire des moyens de communication".

Réponses inadaptées

Pour Abed Charef, l’Etat a jusqu’à présent fait une fausse lecture de la situation et n'a donc apporté que de mauvaises solutions. "Cette communauté a effectué 1000 kilomètres dans le désert pour aller vivre en communauté", a-t-il rappelé.

Ce qui fait dire à Ihsane El Kadi, directeur de publication Maghreb Emergent que l’Etat algérien a fait une grosse erreur d’aménagement du territoire. "Il fallait entretenir une exception dans la vallée du M’zab en maintenant une majorité forte des mozabites".

Autre réponse inopérante essayé par le pouvoir: la distribution d’argent. "Pour la première fois, la réponse par l’argent, utilisée depuis le printemps noir kabyle pour récupérer des situations de crises ou les prévenir, n’a pas fonctionné".

Le retour de l’ordre : une priorité

Face à l’escalade de violence et de morts, l’urgence est au rétablissement de la paix et de la sécurité ont unanimement plaidé les intervenant du CPP. La police ayant perdu sa crédibilité pour une partie de la population, c’est l’armée qui est présentée comme étant plus apte à gérer la situation, a relevé Saïd Djaafer.

Faux, estime Abed Charef : "Aujourd’hui on pense que l’armée va rétablir la paix, l’ordre, la sécurité, le liant dans la société, c’est faux, l’armée ne peut pas le faire".

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Même constat pour Akram Kharief, journaliste à El Watan week-end et créateur du blog Secret Difa3. "L’armée n’est pas outillée et ne le sera jamais pour gérer un conflit entre civils, la seule chose qu’elle peut faire, c’est apporter un soutien logistique et humanitaire. N’oublions pas qu’il fait 48°C et que c’est ramadan".

Certains journalistes du CPP ont relevé qu'il était anormal que le général Hamel, DG de la sûreté nationale ait été maintenu à son poste alors qu'il y a eu une retentissante grève des policiers. "Pourquoi il n’y a pas en Algérie cette culture de changer les gens, le wali, le chef de sûreté, le chef de région ?", a interrogé Khaled Drareni.

Ce que Ghardaïa montre est que la démocratie est devenue une impératif de sécurité nationale, note Saïd Djaafer. "Le régime fait fausse route en croyant que la démocratie est un luxe. C’est une question de survie dans ce pays car c’est par que la démocratie que la nation se régénère et s’entretient", a-t-il relevé avant de mettre en garde contre les divisions : "Sinon on va tous devenir des tribus, des huma, et on va tous s’entre-tuer".

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