TUNISIE
17/05/2019 19h:32 CET | Actualisé 17/05/2019 23h:50 CET

Ghanem Zrelli: À la rencontre d'un acteur passionné (INTERVIEW)

Avec son rôle de Younes dans "El Maestro", il a pris pas mal de monde à contrepied.

Stephane Cardinale - Corbis via Getty Images

Les yeux clairs étincelants, le teint bronzé et le sourire paisible lui confèrent un air soyeux. Ghanem Zrelli avait des atouts pour ses rôles dans “Thala, mon amour” de Mehdi Hmili ou encore “La belle et la meute” de Khaouther Ben Hania. Il aurait pu se contenter d’être l’archétype du beau gosse épatant, mais son talent, son jeu d’acteur, confirmé avec son interprétation dans le feuilleton “El Maestro” de Lassad Oueslati, s’est dévoilé au grand public et a pris pas mal de monde à contrepied.

La genèse d’un parcours 

Ghanem Zrelli, 34 ans, a choisi de faire de sa passion son métier. Très jeune, il évolue dans le monde du théâtre amateur, à Korba (Cap-Bon). Il peaufine son talent en intégrant l’Institut supérieur des arts dramatiques. Ce n’est en 2007, qu’il est propulsé en tant qu’acteur cinéma, appelé par Fadhel Jaziri pour son film “Thalathoun”, raconte-t-il au HuffPost Tunisie. “Avec ‘Thalathoun’, c’était la découverte pour moi de l’acteur-dramaturge que je pourrais et j’aimais être devant la caméra”, confie-t-il.

Les rôles s’enchaînent par la suite aussi bien dans des feuilletons (Njoum Ellil en 2009, “Flashback” de Mourad Ben Cheikh en 2016 ...) qu’au cinéma (“Narcisse” de Sonia Chemkhi ou encore “Or noir” de Jean-Jacques Annaud). Une carrière d’acteur confirmé se profile et il s’y plait. “Les fondements rationnels du théâtre (les techniques, la maîtrise des plans) que je nourrissais tant, je les ai trouvés en tant qu’acteur”, explique-t-il.

L’acteur voue encore une passion pour son premier amour: le théâtre, mais il se dit “traumatisé“ par son expérience avec la troupe amateur de Korba “avortée en 2013 pour des raisons politiques” lorsque le festival national du théâtre amateur de Korba, tenu, selon lui, par des extrémistes, a annulé plusieurs de ses représentations. Il garde toutefois toujours l’espoir de renouer avec cet art.

“Ceux qui se déplacent pour voir une pièce de théâtre sont très peu nombreux. Le théâtre, un art d’ouverture et de communication avec l’autre, s’est renfermé sur lui-même. Beaucoup optent pour des traductions de textes anciens et les horizons d’évolution se sont rétrécis par rapport à l’effervescence des années 90”, souligne Ghanem Zrelli. Et de nuancer: “Des motifs d’espoir proviennent tout de même de quelques œuvres du théâtre national ces dernières années”. 

 Des choix étudiés

En attendant un éventuel retour aux sources théâtrales, Ghanem Zrelli poursuit son chemin en tant qu’acteur et avec “El Maestro”, c’est aussi pour lui une réconciliation avec la télévision. “C’est un vrai tournant par rapport à mes précédents rôles. C’est un rôle bien écrit et composé. J’ai dû puiser dans ma mémoire et dans la mémoire collective marquée par la violence pour m’inspirer. Younes (NDL: son personnage dans “El Maestro”) est à la fois le produit et l’incarnation du système que nous connaissons tous”, explique-t-il. Et de poursuivre: “En Tunisie, on tombe souvent dans la facilité de solliciter un acteur pour les mêmes rôles, cette fois-ci, c’était différent”. 

Interrogé sur son expérience avec une pointure comme Fethi Haddaoui, Ghanem Zrelli ne tarit pas d’éloges sur un acteur qui a marqué, selon lui, le paysage télévisuel: “Un tel acteur, en l’observant, tu peux apprendre beaucoup”. 

Ghanem Zrelli continue son bonhomme de chemin vers la renommée puisqu’il  sera bientôt à l’affiche du nouveau film de Nouri Bouzid.

L’acteur n’est pas en quête d’une ascension rapide et facile: “Je n’opte pas pour une présence massive mais factice. Je ne suis pas dans toutes les productions, ni sur tous les plateaux. J’étudie mes pas, mes rôles”, explique-t-il.

En choisissant ce trajet, l’acteur sacrifie au passage une manne financière importante mais il ne se plaint pas: “C’est vrai qu’il m’est impossible avec ce choix de vivre de mon métier en Tunisie sans mes rôles dans des œuvres à l’étranger”, dit-il. 

En effet, l’acteur tunisien mène aussi une carrière à l’international. Il a joué ainsi dans la série “Omar” avec Hatem Ali en 2012 (diffusée sur MBC). Il a récidivé avec le même réalisateur en jouant dans sa série “Orkidea”, en 2017. Récemment, il a collaboré avec le réalisateur britannique, Anthony Waller, dans sa série “The trader”.

Concernant la Tunisie, Ghanem Zrelli se dit optimiste en observant le bouillonnement de la scène artistique: “Mon pessimisme d’avant se dissipe peu à peu en voyant toute une génération montante d’acteurs, réalisateurs et techniciens qui sortent des sentiers battus”, conclut-il. 

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