MAROC
09/07/2019 13h:16 CET

Génération Taragalte: "On ne chante pas notre musique, on la vit" (ENTRETIEN)

Le groupe était en concert le 7 juillet à Casablanca, dans le cadre du festival Jazzablanca.

CULTURE - Neuf ans après sa formation, le groupe Génération Taragalte poursuit sa percée sur la scène musicale marocaine. Composé de quatre jeunes hommes, tous originaires de M’hamid El Ghizlane, commune rurale de la province de Zagora, le groupe est connu des amoureux de la musique touareg. Le HuffPost Maroc est parti à la rencontre de ceux qui ont pu créer leur propre style, mixant musique touareg, rock, blues et de la poésie hassanie, tout en s’inspirant du fameux groupe malien Tinariwen.

“Tout a commencé en 2009, lors du festival Taragalte”, se souvient Brahim, guitariste et chanteur du groupe. “C’était la première édition de ce festival, et c’est là où on a vu Tinariwen pour la première fois. On ne connaissait pas ce groupe. On était fascinés par leur musique, au point qu’ils sont devenus notre principale source d’inspiration”, nous confie-t-il. 

Les cinq garçons ont une relation particulière avec leur musique. Dans un village comme M’hamid El Ghizlane, où la majorité des jeunes consacrent leur temps au tourisme, seule source de revenu de la région, les membres de Génération Taragalte ont préféré suivre leur passion.

Leur village, situé à la lisière du Sahara, était autrefois une étape dans le commerce transsaharien avant de devenir une véritable zone touristique, notamment le point de départ d’excursions dans le désert, vers les dunes de l’Erg Chegaga. Un endroit riche en paysages, sujet principal des chansons du groupe.

“On a eu des opportunités pour vivre dans des grandes villes, mais aussi de quitter le Maroc. Sauf que pour nous, sortir de M’hamid El Ghizlane serait un mauvais choix. C’est à M’hamid que nous écrivons nos chansons, qu’on s’inspire. On s’inspire de la beauté du désert marocain, des oasis, du sable, des palmiers...” nous explique Said, guitariste et chanteur du groupe. ”On ne peut pas quitter notre village, notre relation avec notre terre est inexplicable. On ne chante pas notre musique, on la vit”, ajoute-t-il en souriant. 

Les chansons de Génération Taragalte sont très connues des amoureux de la culture hassanie. Le groupe fusionne musique touareg, guedra et poèmes hassanis. Ces derniers parlent souvent de la vie quotidienne du désert, de l’amour, ou de la beauté de la femme, notamment “Jbit Aaala Khiam”, “Yawgi Ya Mhassar” ou encore ”Ya Samra Toubi”.

Génération Taragalte, c’est aussi l’histoire d’un groupe qui a commencé à cinq avant de poursuivre l’aventure à quatre. En avril 2018, Khalifa Balla, choriste du groupe, a perdu la vie dans un tragique accident de voiture. Un coup du sort qui n’a pas empêché Génération Taragalte de continuer. Brahim, Said, Mostapha et Mohammed n’ont pas mis leur passion entre parenthèses, et rendent toujours hommage à Khalifa. “Nous avons été choqués par sa perte. Nous pensons toujours à lui, et nous pensons que s’il était encore là, il allait être content”, lance Mostapha, bassiste du groupe.

Sarah Hickson

Concernant leurs prochains projets, le groupe nous affirme qu’un album est en préparation. ”Nous sommes en train de finaliser notre album, nous avons jusqu’ici fini les quatre premières chansons qu’on a écrites nous-mêmes. On parlera de paix, d’amour, de la beauté du désert, de nos traditions”, confie Brahim.

Rappelons que dans le cadre du festival Jazzablanca qui s’est déroulé du 2 au 7 juillet, le groupe a été invité à se produire sur la scène BMCI le dimanche, sur la place des Nations Unies à Casablanca. Un concert qui a connu la présence d’un nombre considérable de festivaliers qui ont mis une belle ambiance durant les deux heures de performance.