ALGÉRIE
21/05/2018 08h:48 CET

Gaza-Egypte : à Rafah, la frontière s’ouvre mais les barbelés s’élèvent toujours

La zone tampon créée par le régime égyptien pour hermétiquement séparer Gaza du territoire égyptien a nécessité démolitions de maisons et abattage d'arbres.

Anadolu Agency via Getty Images
Khan Younes à Gaza le 28 avril 2018 après l'annonce de l'ouverture temporaire du passage vers l'Egypte, les Palestiniens attendent leurs passeports pour tenter de sortir de Gaza.

Tout en ouvrant le poste-frontières de Rafah, l’Egypte érige des barbelés délimitant la zone- tampon, longue de treize kilomètres et large de cinq, séparant son territoire de la bande de Gaza.

L’Egypte est en train d’ériger dans la région de Rafah (Nord-Sinaï) une clôture barbelée marquant la limite de la zone-tampon séparant son territoire de la bande de Gaza. C’est ce que rapporte le journal égyptien Mada Masr citant des « témoins oculaires » selon lesquels cette opération a commencé il y a quelque deux semaines.

Cette clôture barbelée vient doubler, sur le sol égyptien, une autre érigée sur le tracé des frontières entre l’Egypte et Gaza, territoire soumis par l’Etat d’Israël à un siège meurtrier depuis que le mouvement Hamas en a pris le contrôle, en 2007. Les sources citées par le journal électronique égyptien indiquent qu’elle a été achevée sur une longueur d’un kilomètre.

Pour rappel, la décision de créer cette zone-tampon a été prise le 29 octobre 2014 par l’ancien chef du gouvernement égyptien Ibrahim Mehleb suite à une attaque meurtrière contre des forces de sécurité dans la ville de cheikh Zoweid (Nord-Sinaï) le 24 octobre 2014.

Zone-tampon: au moins 2.090 habitations démolies

Aux termes de cette décision publiée dans le Journal officiel, la zone-tampon doit être vidée de ses habitants, au besoin par « l’usage de la force » et la « saisie des biens meubles et immeubles » des récalcitrants.

La constitution de cette zone, longue de treize kilomètres, a nécessité des opérations de démolition d’habitations et d’arrachage d’arbres. Celle-ci a atteint en 2017 sa largeur maximale de 5 km, rappelle Mada Masr, qui rapporte un bilan officiel publié en 2016 selon lequel ces opérations se sont soldées par la démolition de 2.090 habitations et l’arrachage de quelque 213.000 arbres.

Le nombre d’habitations démolies jusqu’à la publication de ce bilan provisoire s’élève ainsi à presque le tiers des habitations officiellement recensées dans la ville de Rafah par le gouvernorat du Nord-Sinaï et estimées à 6.628, dont 2.298 appartenant à l’Etat et 4.530 privées.

Une frontière strictement contrôlée

Les informations sur la réalisation de cette seconde clôture barbelée, censée rendre parfaitement inaccessible la zone-tampon depuis le territoire égyptien, ont été publiées alors qu’en Egypte, la presse gouvernementale et pro-gouvernementale ne cesse de saluer la décision d’Abdelfattah Sissi de maintenir ouvert jusqu’à la fin du mois de ramadan le poste-frontières de Rafah.

Fermé officiellement pour des raisons de sécurité, ce point de passage a été ouvert le 12 mai 2018 afin d’acheminer des aides humanitaires vers Gaza et accueillir malades et blessés palestiniens, à un moment où le bilan de la répression israélienne contre la « Marche du retour des réfugiés » s’alourdissait de jour en jour. Jeudi dernier, le président Al Sissi a annoncé qu’il resterait ouvert pendant tout le mois de jeûne.

Le passage des frontières entre Gaza et l’Egypte fait l’objet d’une coordination stricte entre le mouvement Hamas, qui gouverne ce territoire palestinien assiégé par l’armée israélienne, et les autorités égyptiennes.

La priorité est accordée aux malades et aux blessés et les médias palestiniens publient régulièrement la liste des personnes autorisées à franchir la frontière comme, par exemple, celle-ci concernant la journée d’hier (20 mai 2018).