ALGÉRIE
16/05/2018 17h:55 CET | Actualisé 16/05/2018 18h:58 CET

Gaza, cœur battant du combat palestinien, a payé un lourd tribut

Les Palestiniens sont seuls et les condamnations du carnage commis par Israël à Gaza restent en général très timorées. Les réprobations occidentales se sont faites timides, les Arabes n’assurent même plus le service minimum de la condamnation verbale

Ibraheem Abu Mustafa / Reuters

183 morts, plus de 4000 blessés. Encerclés depuis plus dix ans dans l’enclave de Gaza transformée en prison ouverte, les Gazaouis, ont, en payant une nouvelle fois un lourd tribut, remis la question palestinienne à la une des médias internationaux.

Les manifestations pour le droit au retour, entamées le 30 mars dernier et qui ont culminé le 14 mai dans un carnage qui a révulsé l’opinion mondiale. Ce jour-là, les États-Unis de Donald Trump, totalement alignés sur la politique de Netanyahu et flattant dans le sens du poils des évangélistes américains, inauguraient en grande pompe l’ambassade US à Jérusalem.

Sur les réseaux sociaux, l’image de la fille de Trump inaugurant l’ambassade juxtaposée à celles de victimes palestiniennes ensanglantées a constitué pour beaucoup le résumé de la situation intenable des Palestiniens.

Les images de la fille du président américain tout sourire devant la plaque de l’ambassade se sont retrouvées juxtaposées, en un saisissant contraste en direct sur les écrans de télévision, avec celles des Palestiniens évacuant leurs morts dans les fumées et le chaos.

Les États-Unis de Donald Trump ont mis fin, estime un spécialiste algérien de la question du Proche-Orient, aux illusions d’une solution négociée entretenue pendant un quart de siècle par le processus d’Oslo.  

Gaza, ainsi que l’avait déjà noté feu Mahmoud Darwich, confirme qu’elle est le “cœur battant” de la résistance des Palestiniens pour la récupération de leurs droits.  Ces dernières semaines, c’est avec l’énergie du désespoir qu’ils ont manifesté pour attirer l’attention de la communauté internationale.

“Comme Bush avec l’Irak”, Trump est entrain de semer “les grandes turbulences!”  a souligné Mohamed Saadoune.

La franche hostilité de l’administration Trump aux Palestiniens – il a désigné un sioniste militant comme ambassadeur -  et l’alignement des pays du Golfe, obsédés par l’Iran, n’augurent pas d’une relance des efforts pour résoudre la question palestinienne.

Les Etats-Unis, qui sont clairement  un partenaire de la colonisation des territoires palestiniens  et non un parrain du processus de paix comme l’a souligné le très modéré Mahmoud Abbas, ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité réclamant une enquête.

Les Palestiniens sont seuls et les condamnations du carnage commis par Israël à Gaza restent en général très timorées. Les réprobations occidentales se sont faites timides, les Arabes n’assurent même plus le service minimum de la condamnation verbale.

Seuls quelques pays ont qualifié le massacre de Gaza par son nom, les pays du Maghreb, le Liban et l’Irak. Les autres pays arabes attendaient formellement la réunion de la ligue arabe mercredi

L’autorité palestinienne, qui maltraite aussi Gaza, est dans l’impasse tout en continuant de croire qu’une démarche multilatérale serait possible malgré l’hostilité américaine.  Le processus de réconciliation entre le Fatah et le Hamas est, à chaque fois, bloqué à la dernière minute.

La mobilisation contre le blocus israélien et pour le droit au retour sur les terres dont ils ont été chassés à la création de l’État hébreu en 1948 s’est achevée théoriquement mardi.

La revendication du “droit au retour” s’est doublée lundi de la protestation contre l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Le chef de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas qui tergiverse sur la réconciliation et qui hésite toujours à saisir la justice internationale est dans une situation intenable.

Mardi, les manifestations, au lendemain de dizaines de cortèges funèbres, ont baissé d’ampleur. Demain, les habitants de Gaza entameront le ramadan.  Les Palestiniens et surtout les jeunes ne baissent pas les bras.

Près de la barrière de séparation, Mutassim Hajjaj, 26 ans, exhibe des vidéos le montrant essayer de franchir les grillages lundi. Il dit sa satisfaction d’avoir à distance troublé la fête américaine.

“C’est une victoire pour nous, le peuple palestinien, cela a fait rejaillir la question du droit au retour”, dit-il en faisant valoir que Gaza a éclipsé le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et l’a montré sous un jour sinistre.

Certains ont republié un texte de Mahmoud Darwich qui explique combien Gaza est le cœur battant de la Palestine:

“Pas d’énigme dans le secret de la résistance. Elle est populaire, voilà tout. (Ce qu’elle veut, c’est expulser l’ennemi hors de ses propres habits.) Et la résistance adhère à la population comme la peau aux os. Nul n’y est l’élève et l’autre le maître. ” 

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