ALGÉRIE
21/01/2015 10h:26 CET | Actualisé 19/02/2015 16h:37 CET

Gaz de Schiste: chronologie d'une mobilisation citoyenne (PHOTOS, VIDÉOS)

Facebook/In Salah Sun & Power
Sit In devant la Daïra de In Salah

Tout commence par une annonce passée inaperçue du PDG par intérim de la compagnie Sonatrach, Saïd Sahnoun, le 12 décembre 2014.

A Londres, en marge du forum algéro-britannique sur le commerce et l’investissement, le PDG de Sonatrach faisait état de l’achèvement des opérations de forage et de compression du gaz de schiste effectuées dans le puits-pilote d’Ahnet (In Salah).

Quelques jours plus tôt, le 8 décembre 2014, il annonçait, à l'occasion du sommet nord-africain du pétrole et du gaz tenu à Alger, que l’exploitation du gaz de schiste commencera en 2022.

Le patron de Sonatrach avait déjà tout dit pratiquement. Le 27 décembre 2014 ne sera qu'une confirmation officielle, en présence de M.Youcef Yousfi, ministre de l'énergie, de la réalisation avec "succès" du premier forage pilote de gaz de schiste dans le bassin d’Ahnet.

Une contestation sans précédent

Trois jours plus tard, c'est le début d'une mobilisation citoyenne sans précédent des habitants de In Salah qui s'étend progressivement à toutes les villes du sud du pays. Avec un mot d'ordre rassembleur du rejet du gaz de schiste.

Le mouvement est lancé le 31 décembre par des associations écologiques notamment Shams et In Salah Sun & Power. Il prend rapidement racine chez une population outrée d'une décision prise, de haut, sans réel débat sur l'impact environnemental de l'exploitation du gaz de schiste.

De nombreux habitants d'In Salah suivent le mouvement et refusent d'être "des cobayes". Le mouvement a essaimé par la suite à d'autres villes du sud qui ont exprimé leur solidarité avec In Salah. De Tamanrasset, capitale de la wilaya, à Ouargla, en passant par Adrar, Ghardaïa, lllizi et Laghouat, le mot d'ordre était le même: "Non au Gaz de schiste".

La suite après le diaporama:

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Signe que le mouvement de contestation est large et profond, même des élus du FLN, parti du pouvoir, s'opposent publiquement à l'exploitation du gaz de schiste. Les autorités, locales et centrales, semblent avoir été prises de court par un mouvement organisé, discipliné et déterminé.

Le 5 janvier un groupe d'experts et à leur tête l'ancien ministre des ressources en eau et ex-PDG de Sonatrach, Abdelmajid Attar, arrive à In Salah pour tenter de convaincre les contestataires de la non-nocivité de l'exploitation du gaz de schiste projetée dans leur région.

Un dialogue de sourds. Le groupe d'experts rentrera bredouille, dépassé par une contestation à dimension politique à laquelle ils n'ont pas de réponse.

Les contestataires qui organisent des sit-in à la place de la Daïra de In Salah, rebaptisée à l'occasion, "Place de la Résistance (Al Soumoud), ont refusé de les rencontrer. Ils ne voudront pas moins qu'un haut responsable de l'Etat comme interlocuteur.

Youcef Yousfi, ministre de l'Energie, fait le déplacement en personne trois jours plus tard. Le 8 janvier, il rencontre les représentants des protestataires et échoue à son tour à les convaincre. Il défend le gaz de schiste et les contestataires le refusent. Le dialogue tourne court.

Le 12 janvier, Said Sahnoun annonce à la radio que Sonatrach investira "70 milliards (mds) de dollars sur 20 ans pour produire 20 mds de m3 de gaz de schiste par an" en assurant que cela créera 50.000 emplois. Une annonce qui sonne comme une fin de non-recevoir en direction des contestataires, lesquels y ont vu une provocation.

In Salah attend le "Rassmi"

L'annonce du PDG de Sonatrach n'a fait que renforcer le mouvement de contestation qui ont décidé de s'adresser directement au chef de l'Etat. Les protestations se sont poursuivies de nuit comme de jour et le sit-in de In Salah mobilise de plus en plus. Une impasse qui ne pouvait être débloquée qu'au niveau politique.

Le 18 janvier, le chef de l'Etat décide de dépêcher un émissaire pour rencontrer les protestataires du Sud. Le Directeur général de la sécurité nationale (DGSN) Abdelghani El Hamel, arrive à In Salah pour écouter les contestataires et transmettre leur revendication au président de la République.

Il se montre plus flexible. Compréhensif même de l'avis de ceux qui l'ont rencontré. Il leur promet qu'il reviendra avant la fin de semaine pour leur apporter, éventuellement, de bonne nouvelle. Le 19 janvier des informations circulent à la place de la résistance. Bouteflika aurait décidé un moratoire sur le gaz de schiste. Entre optimisme et scepticisme, In Salah ne crie pas victoire trop vite. Elle attend le "rassmi", "l'officiel".

Le 21 janvier , le Premier Ministre, Abdelmalek Sellal, annonce à la télévision, qu’il n’y aura pas d’autres forages au cours des quatre prochaines années et que Sonatrach va se contenter de faire des études expérimentales sur les deux puits déjà forés. Les mots tant attendus par les manifestants de la "place de la résistance" comme "gel", "suspension" ou "moratoire" ne sont pas prononcés.

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Le 26 janvier, le wali de Tamanrasset, Mahmoud Djamaâ, se rend à In Salah pour rencontrer des représentants de la société civile et tenter de convaincre les manifestants d'arrêter la contestation et de reprendre le travail. Sans succès.

Dans une intervention, demandée depuis le début par les opposants au gaz de schiste, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, déclare, le 27 janvier, à l'issue d’un Conseil des ministres restreint que "les forages tests initiés à In Salah, seront achevés à très brève échéance", en "confirmant" que l’exploitation proprement dite de "cette énergie nouvelle n'est pas encore à l'ordre du jour". Un discours qui ne diffère pas du Premier ministre et déçoit les manifestants d'In Salah.

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