MAROC
26/11/2018 17h:54 CET

"Game of Thrones" saison 8 : "La sécurité du tournage était digne de la Gestapo"

David Nutter, le réalisateur de l'épisode 1 de la saison finale, parle au "HuffPost".

The Independent

Si les projets de spin-offs de “Game of Thrones” ne cessent de surgir tels une armée de Marcheurs blancs, l’original refermera l’an prochain les portes de sa salle du trône, au bout des six épisodes de la saison 8. Pour ses acteurs, réalisateurs et showrunners, l’heure est venue de se tourner vers d’autres horizons.

Pour David Nutter, aux commandes de la moitié de ces ultimes volets (y compris le tout premier), la vie après “GoT” commence avec “Rising”. Tout premier court-métrage produit par l’association Ad Council, il s’inscrit dans son initiative Love Has No Labels, une campagne de promotion de la diversité lauréate d’un Emmy Award, et aujourd’hui officiellement éligible pour une nomination aux Oscars. Ce film écrit par Lena Waithe, elle aussi récompensée aux Emmy Awards, nous pose cette grande question: “Pourquoi faut-il une catastrophe pour parvenir à nous unir?”

Le réalisateur de bientôt 60 ans nous parle de cette expérience, ainsi que de son retour dans “Game of Thrones” et de la sécurité digne de la “Gestapo” du tournage.

ATTENTION SPOILERS

Cette interview revient sur plusieurs passages de la série, et divulgue notamment un élément clé de la fin de la saison 7, que nous vous conseillons ainsi d’avoir vue.

 

Qu’est-ce que cela vous a fait de revenir pour l’ultime saison de “Game of Thrones”, après avoir manqué les deux précédentes?

 

Après la saison 5, en 2015, j’ai dû subir plusieurs opérations du dos qui m’ont forcé à me mettre en retrait. Ça m’a vraiment brisé le cœur. Entre la kinésithérapie et le reste, on ne s’imagine pas tout ce qu’on doit endurer pour une intervention de ce type... La rééducation me faisait parfois atrocement souffrir, au point de me demander si je pourrais jamais travailler à nouveau sur quelque projet que ce soit — sans même parler de revenir pour “Game of Thrones”! Mais heureusement, j’en ai finalement été capable, une fois entièrement remis. L’équipe m’a accueilli à bras ouverts, non pas en se contentant de se réjouir pour moi, mais en me proposant carrément de réaliser trois des six épisodes [de la saison 8].

Il s’est produit beaucoup de choses depuis votre départ. Nous savons à présent officiellement que Jon et Dany sont de la même famille. Qu’est-ce que ça vous a inspiré de vous attaquer à cette relation, à la fois dans le premier épisode et deux de ceux qui le suivront?

Franchement, c’est un immense honneur de participer à une série d’une telle qualité — dans l’écriture comme la performance des acteurs et le déroulement de l’intrigue. Rien que de pénétrer dans cet univers ressemble déjà à un miracle! J’ai vraiment adoré travailler avec [les showrunners David Benioff et Dan Weiss]. Ce sont de formidables partenaires et de véritables mentors, dotés d’un vrai sens de la transmission. Sur bien des plans, la chance de pouvoir participer à leur œuvre a été pour moi un aspect essentiel.

Cette année, on a beaucoup entendu parler du tournage de fausses scènes. En tant que réalisateur, vous savez d’avance ce qu’il en est?

Oh oui, bien sûr.

Tout ça est spécialement pensé pour garder le secret. Comment avez-vous vécu cet extrême niveau de sécurité? Liam Cunningham m’a raconté qu’il n’arrivait même pas à accéder à son texte sur les iPad ultra-protégés [fournis aux acteurs].

Eh bien, les paparazzis allaient parfois se fourrer dans les endroits les plus incroyables pour essayer d’apercevoir des choses — on en a vu sur des grues, et j’en passe. Ils étaient partout, toujours à essayer de trouver un scoop. Mais c’est sûr qu’il n’y avait jamais de papier sur le tournage, [entre autres précautions]. [La production] voulait que personne ne soit vraiment au fait de l’intrigue, et comme toujours avec cette série, ils ont regardé jusqu’au plus petit détail. À ce stade, on se serait cru à la Gestapo! Pas facile d’avoir des réponses.

Bien sûr, chacun a sa théorie sur l’issue de la série. Vous qui savez ce qu’il en est, que pouvez-vous dire à tous ces fans en attente?

Tout ce que je sais, c’est que David et Dan ont mis beaucoup d’efforts dans la conduite de l’histoire jusqu’à son dénouement, et que le public en sera pleinement satisfait. Le résultat ne répondra pas aux espoirs de tous, mais pour moi, la direction choisie conviendra à nos fidèles. Je peux vous le promettre, l’aboutissement sera à la hauteur de tout ce qui l’a précédé.

Comment vous êtes-vous préparé à réaliser le premier épisode de la saison 8? En regardant des anciens?

Entre autres choses, certainement. Je voulais avant tout atteindre le niveau de Jeremy Podeswa (un autre réalisateur de GoT). Certaines de ses ouvertures étaient franchement géniales, surtout celle de la saison 7. C’est un excellent ami, et un professionnel de grand talent... J’espère m’être montré capable de reprendre le flambeau après lui.

Vous êtes maintenant impliqué depuis la saison 2. Que vous inspire toute cette progression?

Pouvoir travailler avec tous les membres du casting a été une expérience très enrichissante. Depuis sa première rencontre avec le Limier, Sophie a réellement pris toute l’envergure d’une reine. Arya, cette très jeune fille n’aspirant au départ qu’à ce qu’on la remarque, est elle aussi devenue une figure assez redoutable. Le développement de cette famille a été un processus passionnant, et j’ai beaucoup apprécié de collaborer avec tant de gens formidables et de merveilleux nouveaux acteurs. Des séquences comme celle de la fosse de Daznak, et bien sûr la Marche de la honte et les Noces pourpres, sont de grands moments qui ont marqué ma carrière — je n’oublierai jamais tout ça.

Pour la sortie de votre nouveau film “Rising”, vous avez donné une interview Ask Me Anything [“Demandez-moi tout ce que vous voulez”, un entretien en live, N.D.T.] sur la page Reddit de “Game of Thrones”. Comment s’est passée cette expérience?

C’était vraiment amusant et intéressant, une première pour moi. En gros, on vous pose juste des questions très directement... J’ai participé aux premières saisons de “X-Files”, et il nous arrivait d’organiser des chats avec les fans.

Comment vous êtes-vous retrouvé à la réalisation [de “Rising”]?

La société de production avait quelqu’un d’autre en tête, mais il n’a finalement pas pu se rendre disponible et comme j’avais déjà travaillé avec eux, j’ai été contacté. J’ai tout de suite dit “Mon Dieu, bien sûr que j’adorerais participer!” Rien ne m’exalte plus que de me consacrer à une initiative réellement utile, porteuse d’un message dans lequel, je l’espère, les gens pourront se retrouver.

Justement, quel est ce message?

Qui que soit le spectateur, quelles que soient ses opinions ou son point de vue sur n’importe quel sujet, le but est de l’amener vers une autre vision de son voisin, des gens qu’il croise dans la rue, de lui-même. C’est de l’aveuglement que jaillissent les préjugés. Je dirais que ce que je souhaitais vraiment, c’était que les gens en tirent chacun leur propre réaction. Du fait de la longueur du projet, qui dépasse un peu celle d’une campagne habituelle, nous voulions donner au public l’occasion d’un plus grand investissement émotionnel.

Pourquoi faut-il une catastrophe pour parvenir à nous unir?

Notre société semble entièrement soumise au règne de la confrontation, de la peur et des incompréhensions... On n’est pas assez attentifs les uns aux autres. Pour notre part, nous jugeons que le plus important dans la vie est de ne jamais cesser de grandir, d’écouter et d’apprendre.

L’un de vos personnages, un mécanicien, semble être un véritable archétype du sympathisant de Donald Trump. D’où vous est-il venu, et que cherchiez-vous à faire en le créant?

Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’on peut voir un peu tout ce qu’on veut dans ce personnage. Voilà un homme en train d’écouter de la musique tout en travaillant sur sa voiture. Un jeune garçon arrive. Il se retourne pour le regarder, coupe sa chanson... L’interprétation qu’on en fait dépend vraiment de notre identité et de notre vécu, notre vision personnelle des choses. Et ce qu’il y a de fascinant, [c’est que] chacune des personnes qui visionnera [le film] s’en fera une opinion différente. Du coup, je n’ai réellement jamais cherché à introduire le moindre stéréotype. Les gens ne rentrent pas dans des cases... Mon objectif était d’arriver à un maximum de réalisme.

Si le président [des États-Unis] en venait à regarder ce film, que souhaiteriez-vous qu’il en retienne?

Déjà, qu’il prenne le temps de la réflexion — c’est sans doute le maximum qu’on puisse attendre. Et puis qu’il le regarde seul, pour que sa réaction ne soit pas guettée de tous, car c’est une histoire très personnelle. Je pense que nous sommes tous pareils face à une telle situation. Nous sommes tous égaux, nous devons tous nous respecter et pour moi, nous avons besoin les uns des autres pour survivre. S’il pouvait en être ainsi, si cela pouvait seulement le faire réfléchir et s’arrêter un instant de tweeter... Pour moi, on aurait déjà réussi quelque chose.

Cet article, publié à l’origine sur le HuffPost américain, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast For Word.