ALGÉRIE
31/07/2019 12h:18 CET

Gaïd Salah torpille l’action de l’instance nationale de dialogue

Getty Editorial

C’est l’embarras au sein du panel du dialogue et de la médiation et d’une partie de la classe politique après les propos tenus par le Général-Major Ahmed Gaïd Salah, lors de son allocution de mardi au cours de laquelle il a rejeté catégoriquement les conditions posées au pouvoir par la nouvelle “Instance nationale de dialogue” chargée de mener des consultations sur les modalités de la future élection présidentielle devant sortir l’Algérie de la crise. 

Première victime collatérale de l’intervention de M Gaïd Salah : l’instance nationale de dialogue. En refusant d’accéder aux revendications du panel des personnalités, le chef de l’armée donne le coup de grâce à une instance qui était déjà critiquée par les manifestants et qui comptait beaucoup sur la libération des détenus d’opinion pour crédibiliser son action. Malgré le niet de M. Gaïd Salah, Karim Younes veut croire qu’il peut encore infléchir la position du pouvoir. Cité par la quotidien Liberté de ce matin, il semblait disposer à continuer sa mission, mais sous les mêmes conditions, soit la satisfaction des préalables posés. “Nous maintenons les préalables. Abdelkader Bensalah nous a donné des assurances”, répète-il. Karim Younes assure qu’une décision sera prise ce week-end en fonction de l’évolution de la situation, mais ne ferme plus la porte à un départ. “L’histoire jugera que nous avons fait le maximum”, a-t-il expliqué.

Smail Lalmas, membre de l’instance a préféré claquer la porte “en l’absence d’une réponse positive aux revendications populaires relatives aux mesures d’apaisement nécessaires pour la réussite du processus de dialogue et en raison des pressions que j’ai subies depuis l’annonce de la composition du comité, j’ai décidé de me retirer et de démissionner sur le champ du Panel de dialogue, et ce à partir de cet instant”, a écrit M. Lalmas sur sa page.

Deuxième victime collatérale : les partis et personnalités qui ont voulu ménager le patron de l’armée et s’attacher les faveurs des manifestants. C’est le cas de Ali Benflis qui n’a jamais loupé une occasion pour faire l’éloge du commandement de l’armée et d’afficher son rapprochement avec la démarche qu’il prône, en considérant que “l’impasse politique actuelle a mis l’institution militaire devant une responsabilité historique pour accompagner, faciliter et garantir une solution à la crise”. 

Après les propos de mardi, Ali Benflis préfère temporiser et se refuse de commenter à chaud les propos du chef de l’armée. “Cette question sera soumise à débat au sein de l’instance du parti et c’est à partir de là que nous ferons connaître notre réaction”, a-t-il déclaré au Huffpost Algérie. Les autres personnalités contactées étaient toutes injoignables.

Le chef de l’armée avait attaqué frontalement toute la démarche du panel présidé par Karim Younes. “Concernant l’appel suspect et illogique portant sur l’atténuation des mesures sécuritaires entreprises au niveau des entrées de la capitale et des grandes villes, je tiens à indiquer que ces mesures préventives prises par les services de sécurité pour la sécurisation des marches sont des mesures prises pour l’intérêt du peuple et non le contraire”, a martelé la chef de l’armée et homme fort du régime, lors d’une cérémonie.  

“Il n’est plus question de perdre davantage de temps”, a-t-il estimé et a fustigé «“a méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats. “certaines idées empoisonnées que véhicule la bande et qu’adoptent certains porte-voix qui orbitent autour d’elle, notamment l’appel à l’élargissement des détenus, qualifiés à tort comme des prisonniers d’opinion, l’atténuation des mesures sécuritaires entreprises au niveau des entrées de la capitale et des grandes villes et les tentatives de porter atteinte à la crédibilité et à la performance des institutions de l’Etat, à travers des rumeurs qui visent à tromper l’opinion publique et à compromettre les efforts des responsables intègres et dévoués”.