MAROC
09/11/2018 17h:31 CET

Fusillade en Californie: la piste du stress post-traumatique étudiée

À Thousand Oaks, Ian Long, un ancien soldat de 28 ans, a abattu douze personnes dans un bar.

APU GOMES via Getty Images

ÉTATS-UNIS - Le stress post-traumatique est-il en cause dans la fusillade qui a fait 12 morts à Thousand Oaks en Californie? C’est à ce jour l’une des pistes principales étudiées afin de déterminer le mobile déclencheur de cette tuerie, perpétrée près de Los Angeles le 7 novembre. Selon plusieurs sources, le tireur, Ian Long, était un ancien soldat qui présentait des symptômes de stress post-traumatique, à l’instar de nombreux vétérans. Et comme beaucoup d’entre eux, il n’a pas bénéficié des soins adéquats à son retour de la guerre.

Selon les policiers, Ian Long ne semblait pas avoir de cible spécifique à l’intérieur du bar et aucune thèse n’est privilégiée à ce stade des investigations. “Il serait prématuré de spéculer sur les motivations du tueur”, a annoncé au lendemain de la tuerie Geoff Dean, le shérif du comté, précisant que si Ian Long était connu des services de police, rien ne laisse envisager un quelconque lien terroriste. Toutefois, des faits interpellent les enquêteurs: selon ses voisins et des policiers qui ont eu affaire à lui, Ian Long semblait souffrir de stress post-traumatique.

Ian Long était “furieux” et “irrationnel”

En effet, l’ex-militaire (2008 à 2013) avait servi dans le corps d’élite des Marines et notamment été déployé en Afghanistan durant sept mois. Dans un communiqué repéré par la BBC, l’US Marine Corp a confirmé qu’il avait été mitrailleur de 2008 à 2013 et avait atteint le rang de caporal. Il avait servi en Afghanistan de novembre 2010 à juin 2011 et reçu la médaille de bonne conduite du corps des Marines, la médaille de la campagne afghane et la médaille de service de la guerre mondiale contre le terrorisme.

Mais une fois de retour à la vie civile, les choses ont changé. La police a déclaré avoir eu plusieurs contacts mineurs avec Ian Long au cours des dernières années, notamment en avril 2018, lorsqu’ils ont été convoqués à son domicile après des informations faisant état de troubles psychiques.

 

Au cours de ces entretiens avec la police, il a semblé “un peu furieux, agissant un peu irrationnellement”, a déclaré le shérif. Une équipe d’intervention policière en situation de crise l’a interrogé et a déterminé qu’il n’était pas nécessaire de le retenir contre sa volonté dans un établissement psychiatrique.

S’il n’a pas été arrêté ni interné, Ian Long a laissé aux forces de l’ordre l’impression qu’il souffrait de stress post-traumatique, vraisemblablement lié à ses antécédents militaires. Une impression que partageaient également ses voisins, selon le Los Angeles Times. Plusieurs d’entre eux ont affirmé qu’il s’était déjà fait remarquer en donnant de violents coups dans les murs de sa maison.

Le stress post-traumatique, le fléau des vétérans

Il n’est pas rare que des vétérans souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique. Les horreurs de la guerre laissent des marques et peuvent provoquer des traumatismes et troubles psychiques. Ce syndrome ne nécessite pas forcément d’avoir été blessé soi-même. Une personne peut le développer après avoir vu d’autres personnes - un ami, un membre de sa famille, voire un étranger - blessées ou menacées. De nombreux symptômes peuvent ainsi être observés: troubles dépressifs, paniques, anxiété, nervosité, insomnies, dissociation des événements...

Pour les soldats par exemple, après avoir été témoin de moments traumatisants comme une explosion ou une fusillade, le vétéran peut souffrir de stress post-traumatique et avoir des crises de paniques aigües en entendant un claquement de porte, une voiture qui freine, des pétards ou encore des gens qui crient. Cela peut aussi se rapporter aux odeurs, aux impressions, aux situations qui vont, d’un coup, le ramener au moment traumatisant qu’il a vécu.

Certains vétérans s’empêchent également de dormir afin de ne pas faire de cauchemars, explique l’Institut de Victimologie. Parfois encore, le souvenir peut se superposer la réalité et ainsi plonger la personne dans un état de dissociation.

Ian long n’a pas bénéficié des soins accordés aux vétérans 

Les États-Unis, qui ont été très fortement mobilisés dans les conflits au Moyen-Orient et dans les pays du Golf, comptent un nombre considérable de vétérans blessés physiquement et mentalement. Selon un article du Washington Post, en 2014-2015 plus de la moitié des 2,6 millions d’Américains affectés aux guerres d’Irak et d’Afghanistan étaient aux prises avec des problèmes de santé physique ou mentale dus à leur service. “Il se sentent déconnectés de la vie civile et pensent que le gouvernement ne parvient pas à satisfaire les besoins des anciens combattants de cette génération”, expliquait le média en se basant sur un sondage réalisé en partenariat avec la Kaiser Family Foundation.

Avec un nombre aussi élevé d’anciens combattants, le gouvernement et l’Administration des Vétérans ont mis en place un programme de soins afin de faciliter leur transition vers la vie civile. Il s’agit notamment d’effectuer un suivi des militaires qui reviennent aux pays, afin de s’assurer qu’ils ne souffrent pas de stress post-traumatique, le cas échéant les soigner, puis les aider à se réinsérer.

Toutefois le nombre de ces vétérans à réellement en bénéficier est faible: seulement 25% d’entre eux y ont vraiment recours. D’ailleurs, l’Administration des Vétérans à Washington DC a assuré mercredi 7 novembre que Ian Long n’était pas inscrit dans ses listes. Il n’a donc jamais bénéficié de leurs soins.

Le colonel à la retraite de l’USMC Willy Buhl, interviewé par le Daily Bulletin,tente d’expliquer cette faille: pourquoi un ancien combattant souffrant visiblement de stress post-traumatique n’a pas été pris en charge à son retour d’Afghanistan?“Nous ne pouvons pas les obliger à voir qui que ce soit lorsqu’ils quittent l’armée. [...] De plus, surveiller les membres actifs du service pour les problèmes de santé mentale, y compris le syndrome de stress post-traumatique, est une initiative relativement nouvelle du corps des Marines”, explique-t-il. Nouveau et donc à perfectionner.

Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France.