TUNISIE
07/02/2019 13h:09 CET

FTH - ONTT: Guerre de chiffres sur les "recettes" générées par le Tourisme

La FTH accuse l'ONTT d'avoir recours à des mécanismes de calculs archaïques.

Leonid Andronov via Getty Images

“Nous allons vous présenter les vrais chiffres du secteur du tourisme...”. C’est par ces mots que le président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), Khaled Fakhfakh a commencé sa conférence de presse, tenue mercredi à Tunis.

En fixant l’année 2010 comme étant l’année de référence, les membres du bureau exécutif de la FTH ont dressé un bilan de l’évolution du secteur s’étalant sur ces huit dernières années. 

Le tourisme en Tunisie, pourtant frappé de plein fouet par le terrorisme, a visiblement réussi à remonter la pente. “Il a repris quelque peu son souffle depuis 2014”, précise la secrétaire générale de la FTH, Rym Ben Fadhel.

Elle a fait savoir, au HuffPost Tunisie, que les indicateurs de 2018 sont globalement bons par rapport à 2017 sans pour autant atteindre ceux de 2010.

Les Maghrébins, premiers visiteurs du pays

Dans le détail, les entrées touristiques en 2018 ont frôlé les 8,3 millions de visiteurs en enregistrant une hausse de 18% par rapport à l’année précédente.

D’après les statistiques, ce sont les touristes maghrébins qui s’accaparent la part du lion en 2018. En passant de 2,9 millions en 2010 à 4,3 millions en 2018, ces derniers grignotent peu à peu des parts du marché européen, principal générateur de devises.

Les chiffres révèlent que le taux de touristes européens a régressé de 49% du nombre total des entrées touristiques en 2010 à 31% en 2018. 

Ce sont, en effet, les Algériens qui constituent les premiers visiteurs du pays. Ils sont plus de 2,7 millions à avoir visité la Tunisie en 2018. Alors qu’en terme d’évolution, ce sont les Chinois qui représentent le premier marché en croissance depuis 2010 avec une hausse de 400%.

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En terme de nuitées, les Russes sont en tête 

Quant au nombre de nuitées passées dans les hôtels, ce chiffre a enregistré en 2018 une évolution de 23% comparé à l’année 2017. Avec plus de 6 millions de nuitées, ce sont les russes qui sont bien en tête. 

Alors que le taux de nuitées relatif aux touristes européens a considérablement chuté de 83% en 2010 à 62% en 2018, celui des Tunisiens est monté de 10% à 22% en 2018. 

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Record de recettes touristiques... et pourtant

Pour l’année 2018, le tourisme tunisien a généré “une recette” en devises record de 4093 millions de dinars, soit près de 1309 millions d’euros. 

La FTH estime que même en euros, et malgré la baisse continue du cours du dinar, les recettes touristiques ont augmenté pour la première fois depuis 2010.

À ses yeux, cela est essentiellement dû au retour des touristes européens, représentant les marchés les plus structurés et les plus transparents.

Tandis que les touristes maghrébins, qui représentent 68% des entrées, continuent à faire le change en dehors des circuits réguliers et donc à payer leurs séjours en dinars.

FTH

De ce fait, les revenus touristiques en devises dévoilés par l’Office national du tourisme tunisien (ONTT), ne représentent que les touristes générant des devises, soit 31% du total des visiteurs. Ils ne tiennent pas compte des dépenses des touristes maghrébins et ne répondent pas aux standards de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) en matière de calcul des recettes.

Près de 3 millions ne sont pas comptabilisés

“Ces revenus, estimés à seulement 4 milliards de dinars en 2018, devraient être près de 7,2 milliards de dinars, si nous comptabilisons les revenus de la clientèle algérienne, libyenne et tunisienne résidente à l’étranger” a fait savoir le président de la FTH.

Il a estimé que les revenus non comptabilisés en devises s’élèvent à 3,1 milliards de dinars. “Les chiffres publiés par l’ONTT excluent les recettes payées en dinar, les dépenses des tunisiens résidents à l’étranger (actuellement comptabilisés en revenus du travail), les revenus du tourisme médical, les revenus du transport aérien et maritime ainsi que les revenus de l’artisanat”.

Une dépense moyenne de 230 dinars la nuitée

Pour faire ses calculs, la FTH a procédé à des extrapolations. En excluant les marchés maghrébins, les recettes par visiteur se calculent selon, la fédération, de la façon suivante : 4093 MD/2.611.508 visiteurs non maghrébins = 1.567 dinars = 501€ = 592 US$.

Etant donné que la clientèle algérienne, libyenne, et tunisienne résidente à l’étranger paie les prestations touristiques en dinars tunisiens, la FTH a estimé ces revenus non comptabilisés en devise, à 3.106 millions de dinars, ce qui porterait le total des recettes touristiques en devise à 7.199 millions de dinars.

Les hypothèses de base sont une dépense moyenne par nuitée hôtelière de 230 dinars, comme pour les touristes européens, et une dépense moyenne par visiteur non hébergé à l’hôtel de 500 euros par séjour.

Les recettes doivent être revalorisées et adaptées aux standards

 La FTH affirme que les recettes publiées par l’ONTT doivent être revalorisées et adaptées aux standards recommandés depuis l’an 2000 par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT).

Ces standards, appelés CST (Compte Satellite du Tourisme) ajoutent aux recettes actuellement publiées: les revenus du tourisme local, les revenus des tunisiens résidents à l’étranger (actuellement comptabilisés en revenus du travail), et les revenus du transport aérien lié au tourisme.

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L’impact du tourisme sur l’économie est sous-estimé

L’objectif de ces CST est de mesurer le poids réel du tourisme dans l’économie tunisienne, souligne Mouna Ben Halima, secrétaire général adjointe de la FTH. 

Pour elle, les statistiques présentées par l’ONTT ne reflètent pas la réalité du poids du tourisme dans l’économie nationale. Une étude de 2014, toujours pas publiée par l’ONTT, établit le poids du tourisme dans le PIB à 13%, voire à 17% si on y ajoute les revenus des Tunisiens résidents à l’étranger, a-t-elle fait savoir.

“Les mécanismes de calculs sur lesquels se base l’ONTT sont archaïques” dénonce-t-elle en appelant l’INS, la BCT et l’ONTT à coordonner leurs données afin d’avoir une vision globale et fiable du secteur.

De son côté, Jalel Eddine Henchiri président de la Fédération de l’hôtellerie Sud Est Djerba Zarzis et président de la commission financière de la FTH a estimé que le potentiel du tourisme en Tunisie est sous exploité. Basé essentiellement sur le tourisme balnéaire, la Tunisie a toujours souffert de la courte durée de la saison. “C’est une entrave à une bonne profitabilité”, estime-il en précisant que la stratégie d’offre non diversifiée et presque exclusivement basée sur le tourisme balnéaire a montré ses limites.

Pour lui, élargir la saison touristique est une excellente piste pour attirer plus de touristes et booster l’économie du pays. “Une restructuration du secteur s’impose” martèle-t-il.

Pour ce faire, Henchiri a souligné la nécessité d’améliorer l’infrastructure du pays, une priorité pour la sécurité, la propreté et la qualité de services.

 

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