MAROC
13/03/2019 18h:29 CET

#FreeNasrin: La condamnation d'une avocate iranienne mobilise la communauté internationale

Elle a écopé d'une peine de prison de 38 ans et de 148 coups de fouets.

Getty Editorial

JUSTICE - Alors qu’elle purge actuellement une peine de cinq ans de prison, l’avocate des Droits de l’Homme et militante féministe iranienne Nasrin Sotoudeh écope de 33 ans supplémentaires et 148 coups de fouets pour son combat de défense des droits des femmes en Iran et de protestation contre les lois sur le port obligatoire du hijab. Sa condamnation a choqué la communauté internationale qui appelle à sa libération.

Depuis le 13 juin 2018, Nasrin Sotoudeh, 55 ans, est en détention à Téhéran après avoir été condamnée par la justice iranienne. Selon son mari, dans une publication Facebook, elle aurait écopé de peines maximales pour sept autres chefs d’accusations, portant ainsi sa peine à 38 ans de prison. Elle a été condamnée à dix ans pour “incitation à la débauche”, a-t-il indiqué à l’AFP, précisant que “seule la peine [d’emprisonnement] la plus longue s’applique”, en l’occurrence celle pour “incitation à la débauche”. 

La militante avait appris après son emprisonnement en juin 2018 qu’elle avait été condamnée à cinq ans de prison pour espionnage, selon un de ses avocats à la même source. Parmi les autres chefs d’accusations, “conspiration” et “propagande contre le système” politique de la République islamique, appartenance à une organisation de défense des droits humains interdite, participation à une campagne pour l’abolition progressive de la peine de mort en Iran ou encore “atteinte à l’ordre public”. 

La lourde peine de prison s’accompagnera d’une condamnation à 148 coups de fouet liée notamment au fait que Nasrin Sotoudeh s’était présentée au tribunal par le passé sans le voile islamique obligatoire pour les femmes dans l’espace public, précise l’agence de presse française. 

“Une injustice scandaleuse”

“Les femmes et les filles en Iran ne sont pas autorisées à sortir de chez elles à moins de se couvrir les cheveux avec un foulard et de se couvrir les bras et les jambes avec des vêtements amples. Nasrin voulait changer cela et elle a été emprisonnée pour cela”, écrit Amnesty International qui s’est mobilisé pour défendre l’avocate et a appelé la communauté internationale à réagir. 

“C’est la peine la plus sévère à l’encontre d’un défenseur des droits de l’homme en Iran ces dernières années, ce qui suggère que les autorités renforcent leur répression. Ces peines maintiennent Nasrin séparée de son mari et de ses deux enfants et l’empêchent de pouvoir mener à bien son important travail d’avocat spécialiste des droits de l’homme”, poursuit l’organisme de défense des Droits de l’Homme qui qualifie, dans un communiqué, cette décision d’“injustice scandaleuse”. 

En France, quelques heures après l’annonce de sa peine mardi soir, le Conseil national des barreaux a lancé une pétition en ligne, déjà signée par près de 8.000 personnes, implorant Emmanuel Macron d’exiger de Téhéran la libération de la militante. Le Quai d’Orsay a également réagi à l’affaire dans un communiqué: “La France est préoccupée par ces informations et réitère son attachement à la liberté d’opinion et d’expression et au droit de chacun à un procès équitable”.

Federica Mogherini, la vice-présidente de la Commission européenne chargée des Affaires étrangères, a demandé le “réexamen immédiat” de la condamnation de l’avocate.

Récompensée en 2012 du Prix Sakharov décerné par le Parlement européen, Nasrin Sotoudeh a passé trois ans en prison, de 2010 à 2013, après avoir défendu des opposants arrêtés lors de manifestations en 2009. Elle avait également volé au secours de plusieurs femmes arrêtées entre décembre 2017 et janvier 2018 pour avoir enlevé leur foulard en public afin de protester contre l’obligation faite aux femmes de porter le voile.