MAROC
09/03/2019 10h:31 CET

France: Une femme voilée porte plainte contre la ville de Béziers qui interdit son stand

Elle poursuit la ville dirigée par Robert Ménard pour "discrimination" et "préjudice financier et professionnel."

MEHDI FEDOUACH VIA GETTY IMAGES
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a fait interdire un stand tenu par une femme voilée lors du Salon de la Femme et du bien-être qui se déroule dans sa ville le 8 et 9 mars. (photo d'illustration de Robert Ménard arrivant au tribunal de Bordeaux le 15 février 2019)

POLITIQUE - Ce vendredi 8 et samedi 9 mars, la ville de Béziers accueille au Palais des Congrès son “Salon de la femme et du bien-être”. Un événement au cours duquel les visiteurs peuvent découvrir divers stands sur les thèmes de la beauté, de la santé ou de la mode... moins un: celui tenu par “des femmes portant un voile islamique” et qui a été interdit par la municipalité, au grand dam de la gérante du stand qui annonce au HuffPost France avoir déposé plainte.

Dans un communiqué publié ce vendredi, le maire Robert Ménard (soutenu par le Rassemblement national) indique avoir appris la présence de ce stand ”à la veille du salon”. “Défilé de femmes voilées à Béziers pendant la Journée de la Femme! Nous avons dit non!”, écrit le maire sur Twitter, oubliant au passage que le 8 mars n’est pas la journée de la femme mais la journée internationale des droits des femmes.

Le stand et le défilé en question étaient organisés par la boutique “L’atelier de la Robe”, située dans la ville voisine de Narbonne et qui propose des locations de robes de soirée ou de mariage. Sur le programme disponible sur le site de la ville, la boutique proposait trois activités: un défilé de robes de soirée, une démonstration de henné et une démonstration de maquillage.

“Il est inacceptable, lors d’un salon consacré aux femmes qui, de plus, coïncide avec la Journée internationale des femmes, de tolérer une telle manifestation contraire aux valeurs françaises de liberté et d’émancipation”, peut-on lire dans le communiqué relayé par Robert Ménard. “La défense des valeurs de la civilisation française ne peut souffrir d’aucun accommodement avec ce genre de pratiques qui relèguent la femme dans un état de soumission contraire aux valeurs de la République”, ajoute-t-il.

“Sous le choc”, la responsable du stand a porté plainte

Contactée par Le HuffPost France, Morgane Demarcy, propriétaire de la boutique, se dit “sous le choc”. Elle nous annonce avoir porté plainte, après avoir pris conseil auprès du Collectif contre l’Islamophobie. Elle poursuit la mairie de Béziers pour discrimination, délit de faciès, préjudice financier et préjudice professionnel. Démentant formellement le communiqué de la municipalité qui évoque “un défilé de femmes voilées”, elle indique que sur la vingtaine de personnes prévues sur son stand, seulement deux sont voilées: elle et une de ses mannequins.

“J’ai justement voulu faire ce salon pour montrer qu’on est des femmes comme les autres, que ce n’est pas parce que je porte le voile qu’on est différente”, explique-t-elle. “Les robes que je mets en location touchent autant les femmes voilées que les filles non voilées”, précise-t-elle dans une publication sur sa page Facebook. Et d’ajouter, indignée, auprès du HuffPost France: “Il n’y a même pas de femmes voilées parmi les photos publiées sur Facebook!”

La propriétaire de l’enseigne affirme également que la question du voile n’a jamais été soulevée lors des entretiens préalables avec les responsables du salon. “A aucun moment ça n’a posé de problème, ce n’est même pas venu dans la conversation”, nous raconte-t-elle. Jusqu’à la répétition du 7 mars, aucune remarque ne leur a été faite.

“Mais ce matin, les mannequins, les maquilleuses ont été obligées de rester sur le trottoir devant le Palais des Congrès pendant une heure. Quand je suis arrivée, j’ai été convoquée et on m’a dit ‘à Béziers, une femme voilée ne participera pas à un salon pour la journée de la femme’”, raconte Morgane Demarcy. “J’ai été escortée jusqu’à la loge, j’ai pu récupérer 10 robes sur 50.”

Cet article a initialement été publié sur le HuffPost France.