MAROC
08/05/2019 18h:10 CET

France: Une enquête de SOS Racisme dévoile les discriminations raciales au logement

Maghrébins et Subsahariens sont particulièrement discriminés.

SOS Racisme
L'association française a tenu un colloque intitulé “Discriminations au logement, ça suffit! Nos résultats, nos solutions” pour présenter ses résultats.

RACISME - En février dernier, le tribunal d’Evry, dans la région parisienne, condamnait deux agents immobiliers pour discrimination raciale. Ils refusaient la location de biens immobiliers à “tout ce qui n’est pas blanc”. “Pas de locataires blacks, pas d’Arabes, pas de Japs”, disait l’un d’eux. 

Le cas, aussi affligeant soit-il, n’est pas isolé et l’association française SOS Racisme a dévoilé l’ampleur du phénomène ce mardi 7 mai. Pendant un an, elle a enquêté dans la région Ile-de-France, en s’intéressant à la discrimination raciale au logement pour les jeunes actifs et étudiants, sur les plateformes de mise en relation entre particuliers ou encore l’acceptation des consignes discriminatoires par les agences immobilières.

Pour obtenir ses résultats, l’association a utilisé la méthode des testings. Elle a répondu à des offres grâce à des profils fictifs réunissant les mêmes critères pour chacun sauf le nom qui, par sa consonance, laisse apparaître des origines étrangères ou des origines françaises anciennes. Le but: montrer que “la différence de traitement ne peut résulter que d’une décision fondée sur la consonance du nom des personnes”. “L’enquête montre que les personnes d’origine maghrébine et subsaharienne ont 30 à 50% de chance de moins de trouver un logement que les personnes d’origine française”, souligne au HuffPost Maroc Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Un handicap au logement dès les premiers pas dans la vie active 

SOS Racisme

On pourrait penser que les refus de location aux étrangers jeunes actifs ou étudiants tiennent de leurs difficultés à trouver un garant, ou à remplir d’autres conditions, à peine arrivés en France.

Après avoir envoyé 775 candidatures pour des logements dans tous les départements d’Ile-de-France, l’association a découvert que, chez les jeunes actifs, le profil d’origine française ancienne est le plus favorable.

Celui-ci a reçu 16% de retours positifs contre 10% pour le profil d’origine maghrébine et 9,5% pour les profils d’origines ultra-marine et subsaharienne. “Cela signifie qu’un jeune actif d’origine ultra-marine ou subsaharienne a 40% de chance en moins d’avoir un logement qu’un jeune actif d’origine française ancienne. Un jeune actif d’origine maghrébine a 37% de chance en moins qu’un jeune actif d’origine française ancienne”, souligne SOS Racisme.

Même constat pour les étudiants: le profil d’origine française ancienne a obtenu
17,5% de retours positifs contre 14% pour le profil maghrébin et 11% pour les profils d’origines ultra-marine et subsaharienne. Ainsi, un étudiant d’origine maghrébine a 20% de chance en moins de trouver un logement qu’un étudiant d’origine française ancienne.

Les plateformes pour particuliers sont éminemment discriminatoires

Pour la deuxième partie de son enquête, SOS Racisme s’est intéressée aux plateformes dédiées à la vente et location entre particuliers, PAP et LeBonCoin. 250 tests ont suffit à montrer qu’elles sont particulèrement discriminatoires. “Un phénomène nouveau, avec l’arrivée du digital. Ce milieu est encore un far-west au niveau législatif car il n’est pas encore correctement encadré”, précise Dominique Sopo.

Le profil d’origine française ancienne a obtenu le plus grand nombre de retours positifs (48%), suivi de près par le profil asiatique (46%). Le fossé se creuse pour le profil d’origine maghrébine qui a reçu seulement 15% de retours positifs et le profil d’origine d’Afrique subsaharienne avec 12% de retours positifs. Ils n’ont respectivement que 50% et 55% de chance de trouver un logement par rapport au profil à consonance française.

SOS Racisme

Les agences immobilières entretiennent la discrimination

Les agences immobilières ne sont pas en reste dans la discrimination raciale au logement. Dans une troisième partie, SOS Racisme a déterminé “si les professionnels de l’immobilier acceptaient les critères discriminatoires raciaux demandés par les propriétaires”. Une nouvelle fois, les résultats sont accablants. Auprès de 90 agences immobilières d’Ile-de-France, l’association s’est faite passée pour un propriétaire fictif dont le nom laisse apparaitre des origines françaises anciennes, souhaitant mettre en location un bien et ayant des exigences discriminatoires par rapport à la sélection des locataires. Ils demandaient systématiquement aux agences immobilières s’il était possible pour l’agence de sélectionner les dossiers en fonction de l’origine des candidats et de ne leur présenter que les dossiers de locataires européens, détaille SOS Racisme.

“L’analyse des réponses apportées par les agences immobilières à ces demandes discriminatoires est alarmante. 51% des agences immobilières acceptent des pratiques discriminatoires en indiquant au propriétaire qu’ils pourront procéder eux-mêmes à la sélection ou en laissant le propriétaire sélectionner lui-même le candidat sur la base de ces critères discriminatoires raciaux”, dévoile l’association. L’agence immobilière Era France arrive en tête des agences qui acceptent ces pratiques (80%). Guy Hoquet (40%) prend la deuxième position.

Une campagne de sensibilisation et des formations

“Nous avons réalisé cette enquête dans la région Ile-de-France qui connaît une situation du logement particulièrement tendue. Peut-être que si nous faisions la même enquête dans une région où il n’y a pas de crise du logement, il y aurait moins de discrimination”, tempère Dominique Sopo. 

Néanmoins, la discrimination raciale au logement est une réalité en France. Et SOS Racisme a émis des recommandations en matière de prévention et de sanction aux pouvoirs publics pour que les choses changent. “Nous voulons, au-delà des condamnations ponctuelles, que les pouvoirs publics mettent en place une action sur le long terme”, souligne le président.

Entre autres solutions proposées pour enrayer ce problème: mener de larges campagnes de sensibilisation à destination du grand public, mettre en place une formation obligatoire à la non-discrimination au logement pour les agents immobiliers, “assortie de sanctions financières et du retrait de la carte professionnelle en cas de non-respect”, développer l’anonymisation du dossier pour les professionnels de l’immobilier et de procédures transparentes ou encore le renforcement des sanctions pénales en cas de discriminations sur le modèle des sanctions pour le logement insalubre.