MAROC
14/08/2018 14h:00 CET | Actualisé 14/08/2018 14h:07 CET

France: Lorsqu'avoir un nom maghrébin empêche de réserver des logements en ligne

Beaucoup d'usagers usent de parades et de noms "français" pour réserver sur certaines plateformes.

TOSHIFUMI KITAMURA via Getty Images

POLÉMIQUE - Avoir un nom d’origine maghrébine peut vous handicaper dans la réservation d’un logement en ligne, sur des sites tels que Airbnb, Abritel ou encore le géant français des petites annonces, Le Bon Coin. C’est ce que révèle une enquête de franceinfo publiée ce mardi 14 août, appuyée par des témoignages de personnes s’étant vu refuser la location de logements au profit de noms à consonance occidentale. 

Réserver un hébergement en ligne relève du parcours du combattant lorsqu’on s’appelle Merwane Mehadji. Ce jeune homme de 23 ans souhaitait planifier des vacances en famille près de Marseille, dans les calanques. Il contacte alors quelques propriétaires de maisons, sur les sites Airbnb et Abritel, et effectue trois demandes de réservations qui se solderont toutes par un refus. “Est-ce son nom qui dérange?” s’interroge franceinfo. Pour le jeune homme la réponse est évidente. “Souvent, il est difficile de prouver qu’on est victime de racisme. Mais quand on pousse un peu, il suffit de revenir sur l’annonce le lendemain et on peut voir les dates que j’avais sélectionnées auparavant qui sont de nouveau disponibles”, déclare-t-il au média français. 

Ne souhaitant pas crier au racisme trop vite, il tente toutefois d’effectuer, à nouveau, une réservation identique avec l’aide d’une amie dont le nom n’a rien d’étranger. “Elle a reçu une réponse dans la demi-heure avec confirmation que c’était bien disponible. Je pense que je vais finir par prendre un hôtel. Ça va être plus cher et ce n’était pas exactement l’esprit des vacances que j’imaginais, mais à une semaine de la date de départ, je n’ai plus trop le temps” poursuit le jeune homme dans ses déclarations à franceinfo. 

Sur Twitter, il pousse un coup de gueule et interpelle les entreprises de réservations, très réactives sur les réseaux. 

Pour Abritel, contactée par le média, ce refus de réservation s’expliquerait par un problème d’ordre technique. Le site de réservation affirme que jusque-là, “aucune action judiciaire à l’encontre d’Abritel n’a été engagée pour des cas liés à de la discrimination.

Même son de cloche du côté d’Airbnb qui bataille régulièrement contre toutes formes de discriminations sur son site en prenant les mesures nécessaires pour lutter contre “ce genre de comportements odieux”, précise la plateforme. 

Un cas fréquent

Rapidement, les témoignages se sont multipliés sur les réseaux où d’autres usagers ont fait part d’expériences similaires. Pour beaucoup, leur nom de famille freine les démarches pour réserver des logements auprès de particuliers. Ainsi, Salima, Hakim, Rached ou encore Madjid, révèlent à franceinfo devoir utiliser des patronymes français, passer par le biais d’amis français et utiliser d’autres parades pour réserver un logement en ligne après plusieurs refus injustifiés par des annonceurs sur ces plateformes. 

“Bon voilà j’ai jamais réussi à louer un seul appart sur Airbnb et j’ai essayé dix fois”, expliquait l’humoriste Jhon Rachid sur Facebook. “Loin de moi l’idée que c’est à cause de mon appartenance ethnique mais quand même... et la seule fois où j’ai réussi à avoir un appartement c’est en le faisant louer par des amis avec un nom plus euhh doux” ajoute-t-il.

Certains parfois ne prennent pas la peine de masquer le caractère discriminatoire de leurs refus de louer leur bien à des personnes d’origine maghrébine ou musulmanes, comme le cas de cette annonce de location de maison près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) sur Airbnb où les hôtes avaient tout simplement indiqué: “Pas de halal chez nous” dans une partie de l’annonce à l’attention des voyageurs, rapporte franceinfo. “J’ai dû échanger un grand nombre de fois avec Airbnb pour leur faire comprendre que cette annonce était inadmissible”, indique au site d’information Pierre, qui avait fait cette découverte il y a deux ans, alors qu’il cherchait une maison de vacances. “Le seul résultat obtenu, ce fut une suppression de la phrase raciste, mais pas de l’annonce” affirme-t-il.

Saisir la justice 

Bien qu’il soit difficile de prouver le caractère discriminatoire de certains refus par les hôtes, il est nécessaire pour plusieurs utilisateurs de ces plateformes de saisir la justice et mettre en place un testing, un moyen d’investigation en situation réelle notamment utilisé par le Défenseur des droits. 

“Le Défenseur des droits est l’autorité naturelle pour traiter ces requêtes” déclare l’avocat Grégoire Hervet à franceinfo. “Les personnes concernées peuvent le saisir directement sur le site internet, puis le Défenseur des droits peut ouvrir une enquête et rendre une décision avec une transaction pénale” poursuit-il. D’après un rapport de l’autorité, 14% des personnes ayant cherché un logement à louer sur ces sites déclarent avoir été confrontées à une discrimination. 

Et le chiffre augmente rapidement selon les origines: jusqu’à 30% parmi les personnes perçues comme arabes et jusqu’à 40% parmi les personnes perçues comme noires. “Les plateformes en ligne ne sont pas épargnées par les annonces discriminatoires, et le Défenseur des droits s’attache à ce qu’elles ne constituent pas une zone de non-droit” conclut l’autorité. 

Si pour l’instant aucune condamnation pour litige à caractère discriminatoire n’a été prononcée, les choses pourraient changer grâce à la mobilisation de plusieurs usagers qui s’activent sur les réseaux et auprès des instances juridiques.