MAROC
04/06/2018 12h:44 CET

France: les Chibanis de la SNCF portent plainte contre leur avocate pour "abus de confiance"

Elle refuse d'adresser à ses clients les fonds qui leur reviennent.

STEPHANE DE SAKUTIN via Getty Images

JUSTICE - Les cheminots marocains qui avaient obtenu gain de cause en janvier dernier face à la Société nationale française des chemins de fer (SNCF) , suite à une plainte collective pour discrimination, ont porté plainte contre leur avocate dans cette affaire, Maître Clélie de Lesquen-Jonas pour “abus de confiance”. 

Le 31 janvier 2018, la cour d’appel de Paris avait condamné la SNCF à verser plus de 150 millions d’euros de dommages et intérêts à 848 anciens cheminots de nationalité ou d’origine marocaine. Parmi eux, 22 ont porté plainte contre leur avocate car elle refuse “d’adresser à ses clients les fonds leur revenant”. Les indemnités de la SNCF ont été versées sur le compte professionnel de Me de Lesquen-Jonas qui ne les reversera seulement ”à la signature d’une convention comportant un honoraire de résultat de 5%”.

Selon la plainte, enregistrée par le parquet de Paris le 7 mai, l’avocate avait déjà “facturé forfaitairement son intervention”, à hauteur de 6.000 euros devant le conseil de prud’hommes et de 30.000 euros devant la Cour d’appel. Des sommes qui auraient été acquittées, selon le document.

“Je n’ai jamais conditionné la remise des fonds à la signature d’une convention”, a réagi l’avocate dans des déclarations rapportées par les médias français, ajoutant que le “processus de règlement des clients est forcément long quand vous avez 850 clients”.

L’avocate stipule par ailleurs que la plainte est le fruit d’une “minorité agissante manipulée par une société basée au Maroc créée en mars”, rapporte Le Parisien. La société en question, BBA, a été selon elle créée par Abdelkader Bendali, “un consultant marocain qui était aux côtés des Chibanis au début de leur procédure contre la SNCF, et a récemment ‘envoyé plus de 800 factures’ aux Chibanis”, poursuit la même source. 

Abdelkader Bendali, qui indique pour sa part avoir “pendant dix ans, organisé le dossier” des Chibanis contre la SNCF, précise qu’il prépare une assignation contre Maître Clélie de Lesquen-Jonas qu’il accuse d’escroquerie. 

Les sommes dues aux plaignants ont été réglées vendredi, en y retranchant toutefois “la note d’honoraires qui fait l’objet aujourd’hui du contentieux” dont est saisi le bâtonnier, a-t-elle expliqué. Selon la plainte, les plaignants devaient toucher des sommes allant de 17.000 à 287.000 euros.

Dans cette affaire, les anciens cheminots dits “Chibanis” accusent l’entreprise française de les avoir délibérément “cantonnés” aux plus bas niveaux de qualification et de salaires, ce qui les a ensuite pénalisés à l’heure de la retraite. 

Embauchés entre 1970 et 1983 comme contractuels par une SNCF en manque de main d’oeuvre, les plaignants étaient pour une grande majorité contractuels et n’ont pas pu bénéficier du statut particulier des cheminots, plus avantageux et relevant d’une caisse de retraite spécifique.