MAROC
13/03/2019 17h:09 CET

France: L'association "Dynamic Maroc" réclame une révision du procès d'Omar Raddad au tribunal de Nice

Les soutiens d'Omar Raddad demandent une analyse de l'ADN des proches de la victime.

Capture d'écran / Dynamic Maroc

JUSTICE - La mobilisation continue pour Omar Raddad, le jardinier marocain condamné pour un meurtre avant d’être partiellement gracié par la justice française. Ce mardi 12 mars à Nice, l’association Dynamic Maroc a organisé une conférence de presse face au palais de justice de la ville pour demander la révision du procès et la prise en compte de nouveaux éléments ADN dans l’affaire. 

Omar Raddad, ses soutiens et son avocate ne lâchent pas l’affaire. Condamné en 1994 à dix-huit ans de prison pour le meurtre de Ghislaine Marchal qui l’employait comme jardinier dans sa villa à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, il avait été gracié partiellement avant de demander une révision de procès pour un crime qu’il prétend n’avoir jamais commis. Sur la scène du crime, les premiers témoins affirment avoir vu sur un mur le tristement célèbre message “Omar m’a tuer (sic.)” écrit avec le sang de la victime. A l’époque, il n’était pas possible de faire appel juridiquement. Mais quatre ans après le début de l’affaire, le présumé coupable a bénéficié d’une libération conditionnelle à la suite d’une grâce présidentielle partielle de Jacques Chirac, à la demande du roi Hassan II appuyé par le célèbre avocat Jacques Vergès. 

Après une pétition en ligne lancée le 22 novembre dernier par Najwa El Haïte, juriste et adjointe au maire en charge de la culture à Évry et Dynamic Maroc, qui a obtenue plus de 3000 signatures, la société civile, qui soutient l’homme aujourd’hui âgé de 56 ans, continue de sensibiliser l’opinion publique sur cette affaire. Omar Raddad espère obtenir de nouvelles auditions et de nouveaux prélèvements pour prouver son innocence, plus de 26 ans après les faits.

“Nous avons souhaité nous mobiliser devant le tribunal de Grande instance de Nice car l’affaire part de là et nous attendons des résultats d’analyses ADN qui ont été retrouvés sur  la scène de crime. Nous insistons dessus car l’avocate et nous, les membres de l’association, soulignons qu’aucune trace de l’ADN d’Omar Raddad n’a été retrouvée sur la scène de crime. Cela veut dire qu’il a été condamné seulement à cause de la phrase ‘Omar m’a tuer’” explique au HuffPost Maroc Najwa El Haïte. “Il était important d’être symboliquement à Nice”.  

Une contre-expertise demandée 

“L’ADN relevé sur la porte où est inscrit “Omar m’a tuer” correspond à l’empreinte d’un individu fiché. Une demande de contre-expertise est en cours. Nous réclamons également que les ADN retrouvés soient comparés à ceux des proches de la victime. Si ces analyses sont considérées comme des éléments nouveaux, on pourra saisir la cour de révision”, nous affirme-t-elle. Toutefois, le procureur a rappelé, lors d’une rencontre avec la presse, que la science ne permet pas, pour l’instant, de dater l’apparition de différents ADN mélangés retrouvés sur les portes et le chevron, rapporte Nice Matin. 

“C’est faux, rétorque la juriste. Déjà, nous ne comprenons par ces sorties médiatiques alors qu’il est procureur de Nice et n’est plus en charge du dossier qui est maintenant entre les mains du procureur général d’Aix-en-Provence. Ensuite, ce monsieur prolifère des mensonges et dit par exemple que Me Vergès a touché de ses propres mains la phrase ’Omar m’a tuer (sic)” alors que ce dernier a catégoriquement démenti avoir mis les mains sur cette phrase écrite avec le sang de la victime. Donc on s’interroge sur le rôle de la justice dans cette affaire, on a l’impression qu’ils veulent la clore pour de bon.”

“Surtout, la justice demande un minimum de preuves pour accuser une personne. Aujourd’hui il n’en existe aucune hormis cette phrase, et le travail d’analyse a été partiellement fait”, rappelle Najwa El Haïte. 

L’avocate de Raddad, Me Sylvie Noachovich, qui a obtenu la réouverture de l’enquête en octobre 2016, a également sollicité la contre expertise d’une trace ADN qui a “matché” avec l’une de celles qui figurent dans le Fichier National des Empreintes Digitales, nous préciseNajwa El Haïte. “Nous attendons des résultats très prochainement” ajoute-t-elle. “Nous restons prudents et souhaitons mettre de la lumière sur beaucoup de zones d’ombres en alertant l’opinion publique.”

Y’a-t-il de l’espoir pour Omar Raddad? “À l’époque, tout le monde s’attendait à ce que Omar Raddad soit considéré innocent au bénéfice du doute mais ça n’a pas été le cas. Pour l’heure nous demandons une justice pragmatique. Mr. Raddad est anéanti, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Cette affaire l’a détruit et a détruit sa famille, c’est un homme qui est psychologiquement très fragile. Son avocate est très prudente et essaye de ne pas faire renaître un grand espoir en lui disant qu’on va y arriver car il y a beaucoup d’incohérences dans cette affaire, le pire peut arriver”, estime la juriste et porte-parole de l’association.

En attendant la demande de révision de son procès, la pétition sera remise au président de la République française Emmanuel Macron et à la ministre de la justice Nicole Belloubet.