MAROC
16/10/2019 12h:30 CET

France: La femme voilée prise à partie par Odoul témoigne: "Ils ont détruit ma vie"

Fatima E. a été prise à partie par un élu RN lors d'une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne France-Comté.

VOILE - “Ils ont détruit ma vie”. La mère de famille voilée qui avait été sommée de retirer son voile lors d’une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, dans l’est de la France, s’est enfin exprimée sur la polémique. Prise à partie devant l’assemblée par l’élu Rassemblement national (RN) Julien Odoul, la femme de 35 ans dit aujourd’hui avoir “peur de tout” et s’inquiète pour la suite.

Fatima E. s’est confiée au Collectif contre l’islamophobie dans une interview reprise pas Le Parisien. Elle explique tout d’abord qu’elle n’avait pas prévu de venir à cette sortie jusqu’à ce que son fils le lui demande avec insistance. Elle finit par s’y rendre, mais dès le début de la séance, l’élu régional RN Julien Odoul demande au micro à ce que la présidente socialiste de région lui demande d’ôter son voile “au nom de nos principes laïcs”. Agitation dans la salle, interruption de séance. “J’entends quelqu’un dire Au nom de la laïcité, puis j’entends des personnes qui commencent à crier, s’énerver. Franchement, j’étais là sans être là. La seule chose que j’ai vue, c’était la détresse des enfants. Ils étaient vraiment choqués et traumatisés”, relate-t-elle au Collectif contre l’islamophobie. 

Hésitant à sortir, elle est encouragée à rester par plusieurs élus régionaux. “Je souriais. Ce n’était pas pour narguer, comme j’ai pu entendre certains le dire. Je souriais d’abord à la bêtise de Julien Odoul”. Mais de leur côté, les enfants ne comprennent pas ce qu’ils se passe et le fils de Fatima E. se rapproche de sa mère. “Quand j’ai vu mon fils en train de craquer, je leur ai dit que je ne pourrai plus rester. J’avais aussi besoin de me retrouver toute seule. Je tremblais de la tête aux pieds et je me sentais en train de tomber. Je ne voulais pas craquer devant les enfants, donc je suis sortie”, explique-t-elle. 

“On va gagner. Les Russes vont arriver!”

Sortie de la salle, elle descend les escaliers et son malaise se poursuit. “Je tombe face à Karine Champy [ndlr. élue qui était auparavant au FN]. Et là elle commence à m’attaquer: ‘Vous êtes contente?! Vous avez réussi votre coup’”. 

Au CCIF, elle explique que l’élue était “très énervée”.

″‘Vous allez voir, on va gagner. Les Russes vont arriver!’. Je vous avoue que je n’ai pas du tout compris pourquoi elle m’a dit ça… Elle gesticulait beaucoup, et était à la limite de me bousculer. En y réfléchissant, je suis sûre qu’elle voulait me provoquer physiquement pour que je réagisse. J’ai gardé mon calme et je n’ai pas répondu à sa provocation. Ça ne l’a pas empêchée de continuer: ‘Tu veux que je te pousse, c’est ça? Tu veux que je te pousse?!’. Je vous assure, elle avait un regard… Quand je ferme les yeux, je le vois. Cette image, elle me hante. Jacqueline Ferrari, qui est également une élue, a assisté à la scène et a demandé à Karine Champy de se calmer. Il y avait aussi un vigile qui est intervenu, et qui m’a rassurée.”

“Sincèrement, ils ont détruit ma vie”, poursuit la mère de famille, inquiète pour l’avenir. “J’ai senti un rejet que je n’avais pas senti avant. Et cela va avoir des conséquences”. 

“Quand on est sortis du conseil régional, les enfants sont venus vers moi pour me dire: ’Tu vois, on te l’avait dit! Ils ne nous aiment pas!”. Et là, je ne pouvais même plus parler. Les enfants sont venus là pour apprendre: qu’ont-ils appris?”, s’interroge-t-elle sombrement. 

Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France.