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19/03/2019 14h:43 CET | Actualisé 19/03/2019 14h:43 CET

France: L’islamophobie et... ces gens-là

Le président Macron, le gouvernement et l’Etat doivent donner une définition politique et juridique de l’islamophobie pour en faire un instrument de répression de cette plaie française appelée racisme antimusulman.

CHRISTOPHE SIMON via Getty Images

L’islamophobie existe bien et elle tue ...Suivre le débat public français de ces dernières années permettait d’apprendre, qu’au fond, l’islamophobie n’existait pas.

La bataille était sémantique: le mot était, selon ses détracteurs, un piège inventé pour annihiler toute critique de l’islam, tant externe qu’interne, et le concept, imaginaire créé pour imposer l’islamisation de notre beau pays, voiler les filles, circoncire les fils, abolir le porc et l’alcool, ériger partout des mosquées aux minarets comme autant de missiles idéologiques dévolus à la destruction de l’identité française, du saucisson et de la mini-jupe.

L’islamophobie était donc une farce, agitée par les futurs maîtres de la France — les Frères musulmans, nous disait-on —, pour mieux la soumettre en culpabilisant ses élites et son peuple.

Par un incroyable subterfuge, les musulmans de France étaient tous devenus des dominants, arrogants, sans-gênes, faisant régner terreur et charia en banlieue, commettant des attentats meurtriers, du Bataclan à Trèbes. Peut-être bien que quelques “Mouloud” se faisaient injustement discriminer dans l’accès à l’emploi et au logement, mais cela ne pouvait rien peser face à l’ampleur de la menace.

Ce discours n’est pas celui de Renaud Camus, théoricien — ou plutôt idéologue — du “grand remplacement”. Il est celui, à mots plus ou moins couverts, d’une bonne partie de la classe politico-médiatique, même de gauche.

De ces “gens-là”  sponsorisant le premier “collabeur” — ou la première “collabeuratrice” — venu cracher sur les musulmans. 

De ces “gens-là” qui jouent avec les mots et qui donnent une origine du terme islamophobie qui remonterait aux “mollahs iraniens”.

De ces “gens-là” qui estiment qu’il “ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe”, qu’être islamophobe serait presque un devoir de résistance. 

De ces “gens-là” qui définissent l’islamophobie comme étant la peur de l’islam comme on peut avoir peur des araignées… et donc un droit.

De ces “gens-là” qui font de l’étymologie de comptoir sur le mot “communauté” quand elle est musulmane.

De ces “gens-là” qui veulent réformer des versets du Coran alors qu’ils feraient mieux d’aller manifester pour marier leurs curés afin d’éradiquer cette pédophilie abjecte qui gangrène l’Eglise. 

De ces “gens-là” qui débattent à longueur d’années sur nous autres, musulmans, et souvent sur des plateaux de télévision desquels nous sommes décidément toujours les absents.

De ces “gens-là” qui, alors que les corps des victimes de Christchurch étaient encore chauds, n’ont pu cacher ce qui s’apparente en dernière instance à une jubilation.

De ces “gens-là” — comme cette élue au Conseil régional de Bretagne — qui osent un « Œil pour œil » sur Tweeter pour parler du massacre de Christchurch, finalement prêts à instaurer leur propre loi divine dans notre pays.

De ces “gens-là” qui osent sans aucune honte ni pudeur comparer le terrorisme à de vulgaires matches de Ligue des Champion en affirmant qu’« on est pas encore à l’équilibre comptable » avec nos morts à nous — comprenez les morts non-musulmans — et qu’il ne faut donc « pas s’aventurer sur le terrain du match retour », comme l’a déclaré un journaliste du Figaro invité sur LCI par David Pujadas. 

De ces “gens-là” qui réfutent le mot “islamophobie” pour banaliser le racisme spécifique contre les musulmans, voire plus globalement contre les Arabes.

A tous ces “gens-là”, philosophes de pacotille, journalistes inféodés et sous la baguette d’actionnaires politiquement hostiles aux musulmans, je leur dis : Oui, l’islamophobie est un racisme antimusulman.

A ces “gens-là”, je dis que donner une autre définition à l’islamophobie, c’est vouloir exprimer son racisme antimusulman en toute liberté et vouloir écarter toute critique possible de ce racisme.

Au lieu d’horrifier, ces attentats réjouissent vaguement la plupart et enthousiasment certains. C’est l’acte I de la contre-attaque. La contre-attaque de qui? Contre quoi? La contre-attaque des blancs? Tous les blancs seraient donc nazis, camarades de Brenton Tarrant? Contre les terroristes islamistes? Tous les musulmans seraient donc des soutiens des djihadistes? 

Délirant, et surtout dangereux. Comme si la guerre civile qui vient était un futur désirable et portait en elle quelque chose d’excitant.

Elle est excitante, car les musulmans sont devenus des cibles déshumanisées à force d’amalgames. L’islamophobie n’est pas un mythe, pas une farce, pas un outil d’oppression et de conquête utilisé par les musulmans. Elle tue. Elle les tue. Les dizaines de victimes de Christchurch sont mortes parce que Brenton Tarrant était islamophobe, comme d’autres sont morts précisément et exclusivement car leurs bourreaux étaient antisémites.

Plus que jamais, le combat contre l’islamophobie est un combat à mener. Un combat pour la réhumanisation des musulmans, tous amalgamés aux décapiteurs fous de Raqqa, à force de déclarations irresponsables des dominants, eux, bien réels, qui de Wauquiez à Zemmour voient dans chaque voile ou chaque barbe une haine qui n’est que la projection de la leur.

Le président Macron, le gouvernement et l’Etat doivent donner une définition politique et juridique de l’islamophobie pour en faire un instrument de répression de cette plaie française appelée racisme antimusulman qui n’est pas définie par la loi et n’est pas réprimée par les tribunaux de notre pays.

Les mots ont une importance et notre vocabulaire est riche, et les islamophobes devraient méditer sur ce proverbe arabe qui dit : “Mets les mots à leur place, à la tienne ils te remettront.”

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