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09/11/2019 14h:17 CET | Actualisé 09/11/2019 14h:17 CET

Fracture nationale

RYAD KRAMDI via Getty Images
Algerian protesters, draped in their national flag, rally in the centre of the capital Algiers as anti-government demonstrations continue on November 8, 2019. - The protests, initially against president Abdelaziz Bouteflika's bid for a fifth term, forced the veteran leader to quit in April, but demonstrators have continued to demand sweeping reforms and reject a December poll to select Bouteflika's successor. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP) (Photo by RYAD KRAMDI/AFP via Getty Images)

Le plan des tenants de la Présidentielle à n’importe quel prix atteint une nouvelle phase, la création d’un contre mouvement populaire. Ainsi, pour rivaliser avec le puissant Mouvement populaire du HIRAK, des manifestations de soutien à la Présidentielle et au Chef d’état-major sont suscitées ça et là. Ces contre-manifestations ne supportent pas la comparaison avec le HIRAK. Mais l’entêtement des autorités en place peut les empêcher de saisir la conséquence grave et irresponsable de leurs manipulations : la FRACTURE NATIONALE que le pays court le risque de subir.

Le HIRAK, puissant mouvement d’unité nationale

Le Mouvement populaire du 22 Février 2019 possède une vertu qui fait sa grandeur et sa richesse. Il n’a pas développé de sentiments haineux à l’encontre d’une région, de classes sociales, des femmes, de particularismes linguistiques ou religieux. Il a concentré son hostilité contre les « issabas » que l’on traduit par maffias. Ces « issabas » sont perçues comme des coalitions de délinquants politiques et affairistes qui n’engagent que des individus. Par cette définition singulière, le Mouvement populaire s’est présenté comme un rassembleur. Il a opéré un dépassement de nombreux clivages qui entravaient l’émergence d’un mouvement populaire unitaire et salutaire pour le pays. La culture du patriotisme, le culte des couleurs nationales, l’hommage aux glorieux martyrs de la Révolution du 1er Novembre 54 expriment son ADN. Le HIRAK s’inscrit dans l’affirmation de la Nation algérienne par son émancipation moderne avec la revendication d’un Etat de droit fondateur et protecteur des libertés individuelles pour toutes les Algériennes et tous les Algériens sans exception aucune. Il continue avec une farouche détermination le combat libérateur du 1er Novembre 1954.

Des contre-manifestations “préfabriquées”

Les images diffusées ne trompent pas. Les méthodes de « mobilisation » et les moyens mis à leur disposition sont caractéristiques des traditionnelles manifestations organisées ou inspirées par les autorités. Les contre-manifestants ne chantent pas la liberté. Ils revendiquent la servitude. Ils sont à l’opposé du HIRAK tant par les valeurs affichées que par le suivisme vis à vis des autorités en place. L’Algérie a besoin de citoyens libres et responsables pour sortir de la crise politique et économique dans laquelle l’a placée le pouvoir autoritaire toujours en place malgré le changement mineur de personnel. Ainsi au lieu de suivre leurs compatriotes du HIRAK qui leur ont ouvert la voie du redressement national, ils sont désorientés et entrainés dans la voie de la soumission. Ils sont utilisés comme masse de manœuvre pour un objectif dont ils ne peuvent distinguer les avantages. Alors que le HIRAK essuie les accusations infamantes de « manipulation de l’étranger », les autorités en place montrent bien que leurs accusations projettent leurs croyances et leurs méthodes, leur absence totale de confiance dans le Mouvement populaire.

L’Armée Nationale ne peut cautionner une fracture nationale

Dans le cadre d’une démocratie apaisée, il aurait été normal de voir des citoyens choisir librement de manifester leur accord ou désaccord avec des orientations et des revendications. Ces citoyens auraient été libres de s’associer pour se faire entendre. Dans tous les cas, ce sont des forces politiques, des organisations associatives de toute nature qui les auraient appelés ou mobilisés. Ces confrontations pacifiques sont naturelles. Elles se déroulent dans un système politique ou les principes fondamentaux de liberté et de démocratie sont pour l’essentiel réglés. Les questions économiques, sociales ou de société sont discutées dans ce cadre. Dans la situation présente, l’Algérie se trouve à la croisée des chemins. Le choix porte sur l’alternative suivante : continuer dans le cadre du régime autoritaire en place depuis l’Indépendance ou créer les conditions de l’avènement d’un Etat de droit protecteur des libertés individuelles et susceptible de remettre l’Algérie dans la voie de la croissance économique et du bien être de ses citoyens. Le choix d’un des termes de cette alternative se pose pacifiquement, sans violence, sans affrontement, sans risque de guerre civile. Il y a là aucun motif de prise de position de l’Armée. Mais malheureusement les contre-manifestations revendiquent leur lien avec l’état-major par leurs mots d’ordre et leurs banderoles. Les déclarations du Chef d’état-major de l’ANP sont un encouragement à ces contre-manifestations. Devant le risque de fracture nationale que présente la mise en œuvre forcée de la Présidentielle du 12 Décembre 2019, une institution nationale par excellence, une institution à vocation consensuelle comme l’Armée nationale ne peut se voir impliquée dans une opération contre nature, négatrice de son engagement à servir l’unité nationale.