MAROC
17/01/2019 20h:42 CET

Football: un journaliste d’investigation tué par balles au Ghana

Il avait permis de révéler l’an dernier un énorme scandale de corruption et de matchs truqués.

CRISTINA ALDEHUELA via Getty Images

FOOTBALL - Ahmed Husein, journaliste d’investigation ghanéen, qui avait mené une grande enquête sur la corruption dans le football africain, a été tué par balles mercredi soir alors qu’il rentrait chez lui à Accra.

Le journaliste était membre de l’équipe de reporters infiltrés dirigée par le célèbre journaliste ghanéen Anas Aremeyaw Anas, qui a fait éclater l’an dernier un énorme scandale de corruption et de matchs truqués.

La disparition brutale d’Ahmed Husein est probablement liée à “Number 12”, un documentaire explosif sorti en juin 2018, piégeant des dizaines d’arbitres ghanéens et du continent, ainsi que plusieurs dirigeants de la Fédération ghanéenne de football, dont son président Kwesi Nyantakyi, en leur proposant des pots-de-vin.

Suite à ce scandale, plus de cinquante arbitres africains ont été suspendus par la Confédération africaine de football (CAF). Kwesi Nyantakyi, avait été filmé avec des “investisseurs” potentiels (des journalistes infiltrés) à qui il faisait miroiter de juteux contrats avec le gouvernement ghanéen, en échange de plusieurs millions de dollars. L’ex-patron du football ghanéen avait démissionné de ses fonctions après avoir été suspendu pour trois mois par la Fédération internationale de football (FIFA).

La commission nationale des médias a condamné l’assassinat du journaliste et a appelé la police à mener une enquête approfondie. La victime avait récemment déposé plainte après qu’un député du parti au pouvoir, nommé Kennedy Agyapong et qui est proche de Kwesi Nyantakyi, a diffusé sa photo à la télévision nationale, promettant une récompense à qui le passerait à tabac.

“Le garçon qui est très dangereux, il vit ici à Madina. Si vous le rencontrez quelque part, cassez-lui les oreilles (…), tabassez-le. Quoi qu’il arrive, je vais payer, parce qu’il est mauvais”, avait déclaré le politicien lors d’une émission diffusée l’an dernier sur une chaîne privée ghanéenne.

L’avocat d’Ahmed Husein avait qualifié les propos du parlementaire de “criminels”, tout en dénonçant l’absence de réaction des autorités face aux menaces dont son client avait fait l’objet.

Se prononçant sur le mode opératoire et l’assassinat du journaliste, un officier de police a expliqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que le journaliste avait reçu des balles à la poitrine et au cou dans sa voiture, tirées par des hommes qui n’ont toujours pas été identifiés.

“Il est dans l’intérêt de la nation d’arrêter les auteurs de ce crime”, a déclaré Yaw Boadu Ayeboafo, éditeur de presse et président de la Commission nationale des médias.

De nombreux journalistes ghanéens ont également condamné sur les réseaux sociaux l’assassinat du journaliste âgé de 34 ans, qui a joué un rôle clé dans la récente enquête d’Anas Aremeyaw Anas. leur documentaire avait dévoilé la vraie face du football africain

 “Number 12” n’est que le dernier d’une série d’enquêtes explosives de l’équipe de journalistes d’investigation dirigée par Anas, spécialisé dans l’usage des caméras cachées pour traquer des personnes qu’il soupçonne d’être impliquées dans divers crimes. Ses investigations l’ont conduit plusieurs fois au-delà du Ghana, en Afrique, mais aussi en Asie.