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17/04/2018 17h:46 CET | Actualisé 17/04/2018 17h:46 CET

Firmus de Thagaste (Souk Ahras), ou comment est né le "droit d'asile"

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Le concept de de Droit d’asile serait-il d’origine romano-numide (algérienne aujourd’hui) ? Si l’on en croit cette anecdote historique, rapportée dans le “Dictionnaire historique d’éducation” de Jean-Jacques Filassier (1818), Epaminondas (418-362 av.J.-C.), homme d’Etat grec, l’un des plus grands personnages de la Grèce antique, avait tant d’amour pour la vérité, qu’il se faisait -paradoxalement- un scrupule de mentir, même par jeu et par divertissement.                                                                                  

C’est ainsi que dans le “Dictionnaire historique d’éducation” en question, ce grand personnage est cité par l’auteur de l’ouvrage en ce que, parlant de vérité et de mensonge, il rapporte le cas de Firmus, évêque de Thagaste en Algérie (Souk Ahras aujourd’hui). Pour cet évêque donc, cela se passe en 289 ap. J.-C. Il faut dire, au passage, que Firmus, inconnu aujourd’hui de bon nombre de nos compatriotes, donna, grâce à son courage, son nom à un édit international sur le droit d’asile, ainsi que sur l’inviolabilité des lieux de culte et l’extraterritorialité des représentations étrangères. Et, pardi, ce n’est pas peu ! En cela, on peut se demander si le concept de droit d’asile ne serait pas d’origine romano-berbère. Plus précisément romano-numide...Mais là est une tout autre histoire, sur laquelle on reviendra ultérieurement...  

Revenons-en pour l’instant à Epaminondas qui, au Chapitre intitulé “Vérité”, de ce dictionnaire (Page 511),  agrémente son récit en couvrant d’éloges l’évêque en question : “Firmus (…) montra, par sa généreuse fermeté, qu’il était véritablement digne de son nom. On persécutait les Chrétiens, par ordre de l’Empereur (Maximien Aurelius Valerius Hercules, ndlr).

Et les inquisiteurs à la solde du Prince, ayant appris qu’un homme originaire de Kabylie et répondant au nom de D’hia, natif de Ruzasus (aujourd’hui Azeffoun), un “rebelle” donc aux yeux de ces inquisiteurs, rebelle qui professait la religion proscrite, avait cherché un asile chez le saint prélat, vinrent presser ce dernier de le leur livrer.

Firmus leur répondit : “Je ne puis ni mentir, ni découvrir celui que vous cherchez ; je l’ai caché ; mais vous ne saurez jamais le lieu de sa retraite”.

Ces officiers, pleins d’indignation, le saisirent lui-mème, et lui firent souffrir les tourments les plus cruels, afin de l’obliger à découvrir le chrétien qu’il recelait. L’évèque, au milieu des plus affreuses tortures, se contentait de leur répondre : “Je vais mourir ; mais je ne sais  point parler”. 

 

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L’Edit de Firmus, un privilège et un droit toujours d’actualité

Epaminondas poursuit son récit en ces termes : “L’empereur (Maximien Aurelius Valerius Hercules, ndlr) fut instruit de cette héroique constance. Il fit venir le pontife, qui lui parut si digne d’admiration qu’il lui accorda la gràce et  celle de celui qu’il avait caché. “Que de courage ! Que de vertu ! S’écrie Saint-Augustin (1) : Quels éloges ne mérite pas ce saint évèque, qui aima la vérité jusqu’au point de tout souffrir, plutot que de la trahir par un mensonge, et qui porta la charité jusqu’à s’exposer aux plus horribles supplices, plutot que de découvrir un malheureux dont on a voulu la mort ?”.                                                  

Depuis cette affaire, Maximien Hercules ordonna de “ne plus s’attaquer aux lieux de culte même si des criminels y trouvent refuge”. C’est le fameux Edit de Firmus, un privilège et un droit toujours d’actualité (2), qui consacra cette nouvelle donne, notamment au plan politico-religieux. A telle enseigne d’ailleurs que, de retour à Thagaste (Souk Ahras), D’hia émit le souhait d’y rester et y habiter, chose qui lui fut accordée. 

On apprend ensuite d’Alypius (3) de Thagaste, le successeur de Firmus, que D’hia, désormais “citoyen” thagastois, est devenu un homme très riche et grand propriétaire terrien. Au fil des années, la famille D’hia est devenue la plus grande famille de Souk Ahras, selon monseigneur Toulotte (4), dernier Évêque de Souk Ahras et grand historien spécialiste de la Numidie dans l’empire romain.           

 

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Le texte intégral de Saint Augustin 

Saint Augustin avait parlé de Firmus où il avait loué son courage et son hospitalité. Voici le texte intégral de Saint Augustin :

“Voilà ce que fit autrefois un évêque de Thagaste, Firmus de son nom, plus ferme encore de volonté; car les appariteurs lui ayant porté l’ordre de l’Empereur d’avoir à livrer un homme qu’ils cherchaient et qu’il cachait dans sa maison, où il s’était réfugié ; avec tout le.soin dont il était capable, il répondit à ceux qui demandaient cet homme, qu’il ne pouvait ni mentir ni le leur livrer, et quelque torture qu’on lui fit subir (car les Empereurs n’étaient pas encore chrétiens, ndlr), il persista dans sa résolution. Conduit ensuite devant l’Empereur, il lui parut si digne d’admiration qu’il en obtint sans peine la grâce de celui qu’il avait recueilli”.

-D’après “De mendacio” (Du mensonge), XIII, XXIII”, in “Oeuvres de Saint Augustin”, Bibliothèque augustinienne, vol. 2, Paris 1948)

Notes :

(1): Saint-Augustin est également cité par Epaminondas dans la mème anecdote historique rapportée dans le “Dictionnaire historique d’éducation”.

(2): La preuve tangible : l’Algérie, toujours respectueuse de ce droit d’asile qui est né il y a plus de deux millénaires sur son territoire, toujours solidaire constitutionnellement envers les peuples opprimés dans son voisinage immédiat et mème au-delà, est toujours et tout  à fait dans son role en accordant de nos jours au peuple sahraoui opprimé l’asile à Tindouf, région mitoyenne du Sahara Occidental occupé et cela, conformément aux résolutions pertinentes que les plus hautes institutions internationales officielles -dont l’ONU- ont consacrées depuis de nombreuses décennies.

(3): Ami de Saint Augustin.Originaire lui-aussi de Thagaste.

(4): Évêque de Souk Ahras de 1892 à 1897, Mgr Toulotte avait démissionné de son poste d’évêque à Souk Ahras en 1897 suite aux énormes pressions que l’administration coloniale française excerçait sur lui. Il était soupçonné d’être très proche des musulmans.Toujours fidèle à Saint Augustin, il  avait une relation très particulière avec les musulmans de Souk Ahras. Il avait même “osé” enseigner le Coran au sein même de l’Église, chose qui avait déplu au maire Deyron qui voyait mal des enfants musulmans sortir de l’Église où ils prenaient des cours sur l’Islam.